Et si, tout compte fait, c’est le Deuil qui « nous » faisait… ?

par Martine Compagnon

Boris et ses lunettes, Émile et son couteau, Titi et ses cahiers calligraphiés, nous étions plus que 10 participants, au 104 forum lors du 1er atelier conduit par Catherine Mengelle à Paris sur le thème du deuil et du changement.

Des personnes expérimentées dans l’accompagnement du deuil, en milieu hospitalier, en entreprise, en famille… se trouvaient dans la salle, en chair et en os. Nous y avons également accueilli nos absents-présents, personnes décédées comptant pour nous, certaines ayant très récemment franchi le seuil de cette porte impensable.

Nous avons partagé avec émotion et sincérité nos croyances sur la mort et la vie.
J’y repars plus riche de convictions multicolores, et guidée par un indien sur la montagne que je ne connaissais pas.

Cette conversation proposée par Catherine est un instant d’une puissance rare, que j’imagine, au vu de mon histoire, possible de partager avec des adultes, des enfants, des personnes en fin de vie. Merci aux personnes qui ont accepté de me nourrir de leurs visions au cours de ce travail en petit groupe.

Nous y avons aussi réinvité des membres « perdus de vue » dans notre club de vie actuel.
Ce fut un temps de re-membrement orienté vers « dire bonjour à nouveau » à des personnes, moments, ou entités importantes. Dans le trio avec lequel je travaillais, Montaigne et Baudelaire se sont ainsi croisés… Décidément, pour moi, Poésie et Narrative ont des choses à se dire !

Des questions restent soulevées à l’issue de cet atelier, qui seront passionnantes à creuser par la suite avec d’autres praticien.ne.s :

  • Que faire lorsqu’une personne disparait de la vie de quelqu’un, sans laisser de trace ? Comment dépasser ce moment suspendu, le possible sentiment d’abandon, d’injustice, d’incompréhension ?
  • Comment accompagner un deuil périnatal, le deuil d’une personne ou d’un projet à qui il s’agit de dire « bonjour » avant de dire « adieu » ?
  • Est-il possible et pertinent d’ouvrir en deux jours le sujet aux deuils tels que « changement d’identité professionnel », « changement d’organisation », « changement de cadre de vie » ? Si oui, sous quelle forme ?
  • Qu’en est-il des deuils en entreprise, suite à des accidents, suicide, maladie ? Sur ce point nous avons partagé l’article de Sophie Poupard-Bonnet, qui était parmi nous.

Merci Catherine pour cette incursion délicate et décidée dans un thème qui me tient à cœur. Il est si vaste que le travail et la recherche continuent. Je repars revigorée de cet atelier et curieuse de poursuivre la réflexion.

Le prochain atelier programmé est le 24 et 25 mai à Bordeaux. Je vous conseille de vous y associer !

Les 3èmes journées francophones seront aussi l’occasion d’entendre témoigner des personnes ayant des ateliers sur le sujet : Marion Faingnaert, Linda Moxley, entre autres.

8 réflexions au sujet de « Et si, tout compte fait, c’est le Deuil qui « nous » faisait… ? »

  1. Bonjour à tous,

    Merci Martine d’avoir initié ce partage.
    Merci Catherine de nous avoir proposé de réfléchir, partager et créer sur la mort et le deuil et son accompagnement.
    J’ai été touchée par toutes les personnes qui nous ont rejoint pendant ces deux jours auxquelles nous avons dit bonjour à nouveau.
    Nous avons partagé la joie profonde de présenter et d’être presentés à des être chers.
    En enrichissant les histoires racontées sur ces personnes, en se passionnant pour leur vie , cela permet de ré-éclairer le passé, le nôtre, celui de la famille, de nos proches. Et par là même, des ressources pour notre avenir.
    Ce fut aussi la joie de partager les récits sur la mort qui irriguent nos vies.

    La joie d’être encouragés à oser transmettre à nos enfants, à nos proches, des histoires qui pourraient sembler lourdes et encombrantes et qui nous sont apparues grâce à nos conversations, belles et salvatrices.

    C’est la joie de dire bonjour à nouveau à des personnes que nous avons profondément aimées et à d’autres personnes moins proches que nous souhaitons rapprocher de notre club de vie.

    Nous sommes tous repartis avec nos précieuses documentations. Pour ma part, aussi, les yeux rouges et le coeur plus grand !

  2. Merci Martine, Merci Catherine, Merci les autres participant.e.s, Merci les revenants lors de l’atelier. Merci d’être et/ou d’avoir été là « à nouveau ».

  3. Merci pour cet article. Depuis 3 semaines que je parcours avec ravissement les multiples territoires de l’Approche Narrative (lecture d’Alice Morgan, articles, émissions de radio (- https://www.rts.ch/religion/a-vue-d-esprit/6429106-se-soigner-par-le-recit-1-5-.html -), et notre discussion Fabrice, je suis émerveillée de toutes mes découvertes. J’ai des histoires à partager autour du deuil périnatal et aurai plaisir à contribuer à vos réflexions sous toute forme qui vous semblera pertinente. A bientôt, Caroline
    PS: en résonance avec le thème du deuil, du visible et de l’invisible, je vous livre la phrase choc de mon début de lecture de Foucault
    « si on veut maintenir ouvert le rapport du langage et du visible, si on veut parler non pas à l’encontre mais à partir de leur incompatibilité, de manière à rester au plus proche de l’un et de l’autre, alors il faut effacer les noms propres et se main­tenir dans l’infini de la tâche. C’est peut‑être par l’intermédiaire de ce langage gris, anonyme, toujours méticuleux et répétitif parce que trop large, que la peinture, petit à petit, allumera ses clartés »…

  4. Très bel article sur un atelier qui prend tout son sens pour nous, les personnes et des groupes que nous accompagnons car le deuil, quelque soit sa forme, fait partie de notre processus de vie.
    Martine, les questions que tu soulèves sont très pertinentes et je m’associerais bien à ces futurs échanges quand j’aurai moi-même pu bénéficier de ces 2 jours d’ateliers.
    A suivre donc… et de près !

  5. Plus que ravie de lire cet enthousiasmant retour, merci Martine !

    Ainsi que pour les questions qui ouvrent des champs à explorer.

    Bravo Catherine pour l’animation de l’atelier que j’imagine excellente !

  6. Bravo ! Il y a aussi un livre collectif sur le deuil à paraître à la rentrée, avec une nouvelle traduction de « sayIng hullo again » par Catherine et une dizaine d’articles de praticiens et praticiennes qui utilisent les idées narratives dans le contexte d’acCompagnement de personnes ou de groupes après un deuil. Où peut-on trouver l’article de Sophie auquel tu fais référence ? Bises, Pierre

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