Tous les articles par Catherine Mengelle

“Faire le pas” en 2021

Par Catherine Mengelle

Toute l’équipe de la Fabrique Narrative vous présente ses meilleurs vœux pour 2021, et pour commencer l’année en beauté, voici une très courte et très jolie conversation de 10 minutes qui s’est tenue lors d’une journée découverte des Pratiques Narratives, entre une participante volontaire et moi.

Elle a accepté que cette conversation soit utilisée à des fins pédagogiques et je l’en remercie beaucoup. On trouve dans cette conversation :

  • La négociation du nom du problème : sentiment d’illégitimité ? Morte de trouille ? Ne pas arriver à faire le pas ?
  • La suite de la carte de prise de position (la fameuse JEEP de Fabrice : Problème, Effet, Évaluation, Justification) à partir d’un effet du problème : la paralysie, avec une prise de position très forte suivie d’une explication non moins forte.
  • Un tout petit travail d’enquête sur la vie du problème, qui l’externalise et permet de le territorialiser dans le temps (« depuis que je veux ce titre de coach »).
    Pour poursuivre cette conversation narrative, j’aurais eu le choix entre plusieurs pistes. Voici celles que j’aurais aimé suivre si la conversation avait duré plus longtemps :

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Le sens des mots

Par Catherine Mengelle

L’autre jour, j’animais avec Fabrice une journée découverte des Pratiques Narratives.

Quand nous présentons les idées narratives, les personnes se raccrochent à ce qu’elles connaissent et font des liens avec d’autres approches. Parfois, ces liens me paraissent réels, d’autres fois beaucoup moins. Or si elles dépensent des sous pour s’informer ou se former à des idées nouvelles, ce n’est pas pour que nous les brossions dans le sens du poil. Je suis donc attentive à ces liens et cherche toujours à en vérifier le bien fondé. C’est ainsi qu’une participante a pensé « recadrage » lorsque nous parlions de l’histoire alternative, faisant référence à des choses déjà connues d’elle. Ce mot m’a heurté, je ne le trouvais pas juste. Je me suis retrouvée à recadrer (pour le coup) une collègue et je n’ai pas aimé le faire. Depuis, j’ai réfléchi à ma réaction, je me suis demandée pourquoi ce terme « recadrage » ne me convenait pas. Bien entendu, cela va bien au-delà de la seule posture narrative.

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Du pas de côté à l’engagement communautaire

Par Catherine Mengelle.

Je viens de participer à Paris à une journée du SPIsC (Séminaire pour la Promotion de l’Intervention sociale Communautaire), conviée par Valérie Thérain et Fabrice Morand (FMVT Conseils), tous les deux élèves actuels de la Fabrique Narrative et acteurs de l’action sociale et communautaire, qui souhaitaient y faire entendre les voix de Michael White et de David Denborough.

J’ai entendu des gens parler, avec ferveur, des mêmes choses qui animent les fondateurs de notre approche et, j’espère, les praticiens narratifs formés aujourd’hui dans le monde entier.

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Je viens pour qu’on m’apprivoise

J’étais perchée sur un des tréteaux abandonnés sur la terrasse sablonneuse derrière la maison et Tina, un petit cocker noir aux longues oreilles, sautait tout autour en aboyant pour essayer de me rejoindre. L’automne n’avait pas encore tout à fait envie d’en finir. Il faisait très bon. Mon père avait pourtant rentré les planches de contreplaqué vert qui tenaient lieu à la fois de table de ping-pong de circonstance et de table à manger extérieure. Il espérait leur éviter le gondolement excessif qui nous empêcherait cette fois définitivement d’oser défier nos copains en tournoi à domicile ! Il ne restait donc que les tréteaux. Et moi, hissée sur l’un des deux, me prenant pour Nadia Comaneci, esquissant des pas de danse sur ma poutre improvisée et opérant aux deux extrémités des demi-tours que j’espérais pleins de grâce.

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Le flocon de neige

Le brouillard était tombé, épais, et il neigeait à gros flocons. C’était la fin de l’après-midi. Tous les autres étaient rentrés se mettre à l’abri et au chaud. C’était peut-être ce qu’on appelle la descente de trop. J’étais seule sur mon télésiège, j’avais froid. Le nuage m’enveloppait totalement et noyait le paysage dans une atmosphère uniforme et ouatée. Je n’entendais plus un bruit sinon le grincement de la canne de ma nacelle lorsque nous passions sur un pylône et le crissement furtif de quelques skis hésitants un peu plus bas, que je ne distinguais même pas. Nous montions si lentement…

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Où Cyrano de Bergerac prend position pour sa vie de poète

Par Catherine Mengelle.

Voici une magnifique carte de prise de position, sous la forme d’une tirade fameuse de la littérature française. Vous pouvez la lire ci-dessous, mais vous pouvez aussi écouter comment Depardieu s’en empare (voir sur Utube, tirade des Non merci).

On y trouve l’exposé du problème : Le Bret essaie de convaincre Cyrano de devenir le poète personnel d’un personnage influent, et peut-être même un nom : Lierre Obscur.

On y trouve un public, témoin de la scène : les Cadets.

On y trouve les effets de Lierre Obscur et on y apprend ce que Cyrano pense de chacun des effets : « Non merci ! ». On ne peut émettre plus claire évaluation des effets d’un problème !

Sait-on ce que cette évaluation dit de ce qui est important pour lui, comment il explique sa prise de position ? Mais oui : toute la fin de la tirade est dédiée à son identité préférée de poète.

Nom du problème, effets du problème, évaluation des effets, explication de l’évaluation, tout ça dans une tirade en vers de la littérature… la littérature et les histoires qu’elle raconte m’en apprennent toujours beaucoup plus que les livres de développement personnel. Continuer la lecture de Où Cyrano de Bergerac prend position pour sa vie de poète 

De l’influence de la French Theory sur les pratiques narratives

what-the-foucault-892x1024Nous venons de placer sur le wiki le contenu de ma conférence de Nantes. Je la livre sous la forme d’un article, car je ne suis pas sûre que les photos que j’ai utilisées dans ma présentation sont libres de droit.
Vivement les 3ème journées francophones narratives ! Relire cette conf me replonge dans une super ambiance ! Cliquez sur Foucault !

 

 

 

Intégrer la question politique en thérapie ou en coaching : cas de force majeure ?

Combien de souffrances faut-il pour qu’un cœur chavire ? Et quand il chavire, combien de temps lui faut-il encore pour accepter de remettre en cause ce qu’il a appris et tient pour certain ?
Cet article de Richard Brouillette (psychothérapeute installé à Manhattan), posté le 15 mars 2016 dans le New York Times, porte beaucoup d’espoir. David Epston l’a envoyé à Pierre Blanc-Sahnoun et j’ai eu envie de le traduire. Les idées narratives et leurs nombreuses sœurs repoussent inexorablement les frontières de la psychologie moderne dans le monde occidental, et rien ne peut plus les arrêter.
Si j’ai choisi l’approche narrative, c’est exactement pour les raisons que décrit Richard dans cet article, lorsqu’en formation de coaching, je refusais l’idée de faire porter l’entière responsabilité de la résolution des problèmes sur la personne. Aucun des auteurs de développement personnel qu’on me prescrivait alors ne se préoccupait, comme l’a fait Michael White, du contexte « élargi », forcément politique. Leurs pratiques par conséquent ne faisaient à mes yeux que renforcer la culpabilité des personnes en difficulté. Quand j’ai lu Maps, j’ai découvert avec un immense soulagement quelque chose de très différent, dont je retrouve l’esprit dans cet article. Car comme dit David Epston (email du 18 mars 2016) : « Et il faut être clair : c’est comme des esclaves sur des galères romaines qui seraient soignés par des docteurs pour des lésions attribuables au travail répétitif. »

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Pour mieux comprendre le sens des paroles de David, lisez l’article du NYT :

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Jeu de cartes, jeu de coquin-e

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Longtemps, j’ai joué aux cartes. Sans jamais me poser d’autres questions que celles qui me permettaient de faire le pli.

En préparant l’atelier que je vais animer avec Elizabeth Feld sur la déconstruction, je suis tombée sur cette image, qui provient du site internet www.cartes-egalite.com.

Et je réalise qu’il n’a jamais fait aucun doute dans mon esprit que le roi prenait la reine, qui prenait le valet ! Et oui…

Sauf qu’il arrive dans la vie que le roi soit une “queen” et la reine un roi, ou que ce soit parfois encore bien plus compliqué que ça. Mais là… joker, n’est-ce pas ! On ne va pas parler des choses qui fâchent.

Et qu’est-ce qui fait qu’à la belote, dans la couleur d’atout, c’est le valet qui est la carte “maîtresse” ?… Maîtresse, drôle d’expression !

De quels jeux de pouvoir et de quelles prescriptions sociales est ce que ce simple jeu de cartes, que nous mettons très innocemment entre les mains des enfants, est le reflet ? 🙂

Catherine Mengelle

Un autre regard sur les idées noires

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Charlotte Crettenand (Trame Narrative) a attiré mon attention sur le projet de Joel Glenn Wixson, le Mile Wide Project. Je n’en sais pas beaucoup plus sur le projet lui-même, ni sur Joel, qui est psychologue clinicien, mais j’ai trouvé que ce qu’il disait était très intéressant et narratif. Charlotte m’a répondu : “Normal, c’est un praticien narratif !”.

Le projet se donne comme objectif de changer les conversations thérapeutiques  autour du suicide et des idées noires, sur la base d’une performance musicale. Car Dr Wixson est aussi musicien. Son projet combine sa pratique musicale, sa pratique thérapeutique, et sa propre expérience de l’invitation au suicide.  Il a donc écrit et enregistré une chanson sur le suicide que vous pouvez écouter en lançant cette vidéo. Evidemment c’est en anglais !
Sur une 2ème vidéo, il explique ses intentions et voici à peu près ce qu’il dit (merci beaucoup à Pierre Nassif pour avoir capté les mots qui me manquaient et permis de traduire l’intégralité du discours) : Continuer la lecture de Un autre regard sur les idées noires