Tous les articles par Catherine Mengelle

Du pas de côté à l’engagement communautaire

Par Catherine Mengelle.

Je viens de participer à Paris à une journée du SPIsC (Séminaire pour la Promotion de l’Intervention sociale Communautaire), conviée par Valérie Thérain et Fabrice Morand (FMVT Conseils), tous les deux élèves actuels de la Fabrique Narrative et acteurs de l’action sociale et communautaire, qui souhaitaient y faire entendre les voix de Michael White et de David Denborough.

J’ai entendu des gens parler, avec ferveur, des mêmes choses qui animent les fondateurs de notre approche et, j’espère, les praticiens narratifs formés aujourd’hui dans le monde entier.

Continuer la lecture de Du pas de côté à l’engagement communautaire 

Je viens pour qu’on m’apprivoise

J’étais perchée sur un des tréteaux abandonnés sur la terrasse sablonneuse derrière la maison et Tina, un petit cocker noir aux longues oreilles, sautait tout autour en aboyant pour essayer de me rejoindre. L’automne n’avait pas encore tout à fait envie d’en finir. Il faisait très bon. Mon père avait pourtant rentré les planches de contreplaqué vert qui tenaient lieu à la fois de table de ping-pong de circonstance et de table à manger extérieure. Il espérait leur éviter le gondolement excessif qui nous empêcherait cette fois définitivement d’oser défier nos copains en tournoi à domicile ! Il ne restait donc que les tréteaux. Et moi, hissée sur l’un des deux, me prenant pour Nadia Comaneci, esquissant des pas de danse sur ma poutre improvisée et opérant aux deux extrémités des demi-tours que j’espérais pleins de grâce.

Continuer la lecture de Je viens pour qu’on m’apprivoise 

Le flocon de neige

Le brouillard était tombé, épais, et il neigeait à gros flocons. C’était la fin de l’après-midi. Tous les autres étaient rentrés se mettre à l’abri et au chaud. C’était peut-être ce qu’on appelle la descente de trop. J’étais seule sur mon télésiège, j’avais froid. Le nuage m’enveloppait totalement et noyait le paysage dans une atmosphère uniforme et ouatée. Je n’entendais plus un bruit sinon le grincement de la canne de ma nacelle lorsque nous passions sur un pylône et le crissement furtif de quelques skis hésitants un peu plus bas, que je ne distinguais même pas. Nous montions si lentement…

Continuer la lecture de Le flocon de neige 

Où Cyrano de Bergerac prend position pour sa vie de poète

Par Catherine Mengelle.

Voici une magnifique carte de prise de position, sous la forme d’une tirade fameuse de la littérature française. Vous pouvez la lire ci-dessous, mais vous pouvez aussi écouter comment Depardieu s’en empare (voir sur Utube, tirade des Non merci).

On y trouve l’exposé du problème : Le Bret essaie de convaincre Cyrano de devenir le poète personnel d’un personnage influent, et peut-être même un nom : Lierre Obscur.

On y trouve un public, témoin de la scène : les Cadets.

On y trouve les effets de Lierre Obscur et on y apprend ce que Cyrano pense de chacun des effets : « Non merci ! ». On ne peut émettre plus claire évaluation des effets d’un problème !

Sait-on ce que cette évaluation dit de ce qui est important pour lui, comment il explique sa prise de position ? Mais oui : toute la fin de la tirade est dédiée à son identité préférée de poète.

Nom du problème, effets du problème, évaluation des effets, explication de l’évaluation, tout ça dans une tirade en vers de la littérature… la littérature et les histoires qu’elle raconte m’en apprennent toujours beaucoup plus que les livres de développement personnel. Continuer la lecture de Où Cyrano de Bergerac prend position pour sa vie de poète 

De l’influence de la French Theory sur les pratiques narratives

what-the-foucault-892x1024Nous venons de placer sur le wiki le contenu de ma conférence de Nantes. Je la livre sous la forme d’un article, car je ne suis pas sûre que les photos que j’ai utilisées dans ma présentation sont libres de droit.
Vivement les 3ème journées francophones narratives ! Relire cette conf me replonge dans une super ambiance ! Cliquez sur Foucault !

 

 

 

Intégrer la question politique en thérapie ou en coaching : cas de force majeure ?

Combien de souffrances faut-il pour qu’un cœur chavire ? Et quand il chavire, combien de temps lui faut-il encore pour accepter de remettre en cause ce qu’il a appris et tient pour certain ?
Cet article de Richard Brouillette (psychothérapeute installé à Manhattan), posté le 15 mars 2016 dans le New York Times, porte beaucoup d’espoir. David Epston l’a envoyé à Pierre Blanc-Sahnoun et j’ai eu envie de le traduire. Les idées narratives et leurs nombreuses sœurs repoussent inexorablement les frontières de la psychologie moderne dans le monde occidental, et rien ne peut plus les arrêter.
Si j’ai choisi l’approche narrative, c’est exactement pour les raisons que décrit Richard dans cet article, lorsqu’en formation de coaching, je refusais l’idée de faire porter l’entière responsabilité de la résolution des problèmes sur la personne. Aucun des auteurs de développement personnel qu’on me prescrivait alors ne se préoccupait, comme l’a fait Michael White, du contexte « élargi », forcément politique. Leurs pratiques par conséquent ne faisaient à mes yeux que renforcer la culpabilité des personnes en difficulté. Quand j’ai lu Maps, j’ai découvert avec un immense soulagement quelque chose de très différent, dont je retrouve l’esprit dans cet article. Car comme dit David Epston (email du 18 mars 2016) : « Et il faut être clair : c’est comme des esclaves sur des galères romaines qui seraient soignés par des docteurs pour des lésions attribuables au travail répétitif. »

galere-romaine1
Pour mieux comprendre le sens des paroles de David, lisez l’article du NYT :

Continuer la lecture de Intégrer la question politique en thérapie ou en coaching : cas de force majeure ? 

Jeu de cartes, jeu de coquin-e

Image1

Longtemps, j’ai joué aux cartes. Sans jamais me poser d’autres questions que celles qui me permettaient de faire le pli.

En préparant l’atelier que je vais animer avec Elizabeth Feld sur la déconstruction, je suis tombée sur cette image, qui provient du site internet www.cartes-egalite.com.

Et je réalise qu’il n’a jamais fait aucun doute dans mon esprit que le roi prenait la reine, qui prenait le valet ! Et oui…

Sauf qu’il arrive dans la vie que le roi soit une « queen » et la reine un roi, ou que ce soit parfois encore bien plus compliqué que ça. Mais là… joker, n’est-ce pas ! On ne va pas parler des choses qui fâchent.

Et qu’est-ce qui fait qu’à la belote, dans la couleur d’atout, c’est le valet qui est la carte « maîtresse » ?… Maîtresse, drôle d’expression !

De quels jeux de pouvoir et de quelles prescriptions sociales est ce que ce simple jeu de cartes, que nous mettons très innocemment entre les mains des enfants, est le reflet ? 🙂

Catherine Mengelle

Un autre regard sur les idées noires

Image1

Charlotte Crettenand (Trame Narrative) a attiré mon attention sur le projet de Joel Glenn Wixson, le Mile Wide Project. Je n’en sais pas beaucoup plus sur le projet lui-même, ni sur Joel, qui est psychologue clinicien, mais j’ai trouvé que ce qu’il disait était très intéressant et narratif. Charlotte m’a répondu : « Normal, c’est un praticien narratif ! ».

Le projet se donne comme objectif de changer les conversations thérapeutiques  autour du suicide et des idées noires, sur la base d’une performance musicale. Car Dr Wixson est aussi musicien. Son projet combine sa pratique musicale, sa pratique thérapeutique, et sa propre expérience de l’invitation au suicide.  Il a donc écrit et enregistré une chanson sur le suicide que vous pouvez écouter en lançant cette vidéo. Evidemment c’est en anglais !
Sur une 2ème vidéo, il explique ses intentions et voici à peu près ce qu’il dit (merci beaucoup à Pierre Nassif pour avoir capté les mots qui me manquaient et permis de traduire l’intégralité du discours) : Continuer la lecture de Un autre regard sur les idées noires 

Meilleurs vœux 2016

 

respectLa Fabrique Narrative souhaite une bonne année à tous les praticiens narratifs du monde… et en particulier à tous ceux et celles qui suivent ce blog et y publient des articles !
La trêve n’a pas duré dans les medias, qui grondent à nouveau de nouvelles inquiétantes. Je trouve qu’il est de plus en plus important de transmettre nos idées, de les incarner, dans nos familles, nos lieux de travail, nos communautés, de nous allier avec ceux et celles qui les partagent bien qu’œuvrant dans des champs d’intervention ou de pratique différents des nôtres. Il me semble que le temps est à la résistance, encore et toujours.

En ce qui concerne l’agenda de la Fabrique Narrative, l’actualité 2016 est riche de nouvelles opportunités de rencontres et de partages :

  • Nantes 2016 : 2èmes Journées Narratives Francophones, organisées par un collectif d’écoles narratives. Le site dédié à cet événement sera bientôt mis en ligne, avec le programme détaillé (conférences et ateliers) et les modalités d’inscription. Vous êtes tous bienvenus, quel que soit votre niveau d’implication aujourd’hui dans ces pratiques. Amenez votre curiosité et votre envie de partager des histoires.
  • Bordeaux 2016 : nouvelle masterclass de David Epston, prévue en octobre. Nous vous donnerons les dates et les conditions dès la fin janvier 2016. David, je le rappelle, est co-fondateur avec Michael White des pratiques narratives et les enseigne dans le monde entier.
  • Barcelone 2016, Espagne : 4ème Conférence Européenne des Thérapies Narratives et du travail Social en juillet.
  • Et bien sûr l’ensemble des ateliers (initiation, approfondissement et niveau 3) que nous avons programmés avec les formateurs de la Fabrique, à Paris comme à Bordeaux.
  • Sans oublier les conférences organisées par André Zerah à Paris.

Si j’oublie quelque chose, je prie mes collègues de bien vouloir l’ajouter en commentaire.
Et si je dois faire un vœu pour cette nouvelle année, c’est que chacun d’entre nous utilise sans réserve cette tribune, pour documenter son travail, témoigner de l’utilisation d’une méthodologie narrative, discuter une idée, faire découvrir, en lien avec notre approche, un nouvel ouvrage, un article, partager un retour de conférence, etc . Vous pouvez soit proposer un article personnel, soit commenter ceux des autres, et je vous engage vivement à faire les deux ! 🙂 Et si vous pensez que vous n’écrivez pas assez bien, pensez à tous ceux que vous privez de votre expérience : faisons voyager les idées, partageons-les, dans tous les cas, nos clients seront gagnants.

Catherine Mengelle