Chers grands parents… – merci David Denborough #5

Photo Pinterest – La France Paysanne

Par Martine Compagnon

Cher.e.s vous, aïeuls et aïeules, grands-parents et parents, paysannes et paysans franc-comtois.es, je vous écris aujourd’hui…

(Il faudra vous faire à cette nouvelle orthographe inclusive, vous verrez, ça vient vite !) Je vous ai déjà écrit la semaine dernière, le 9 mai… Oui, je me doute que vous êtes surpris de recevoir deux lettres aussi rapprochées, alors que, au-delà de mes propres parents, nous ne connaissons pas! J’ai de vous, grands-parents, quelques images fugaces… Une photo en noir et blanc devant une belle porte de grange, une autre photo mal cadrée devant une vieille horloge… forcément comtoise.

La semaine dernière, je vous ai écrit sur les conseils de David Denborough. Vous ne le connaissez pas… Mais, Papa, tu pourrais peut-être discuter avec son propre père, je suis sûre que vous vous apprécieriez ! Après tout, un chef de gare adjoint lanceur de grève pour LIP devrait bien s’entendre avec le monsieur bien mis en costume qui s’installe dans les coursives du Parlement australien pour crier « stop the war ! » lors du discours solennel d’envoi des troupes australiennes en Irak !

Figurez-vous que David Denborough nous a invité, parmi d’autres propositions à renouer avec nos ancêtres, par une lettre.

Voici les questions qu’il nous a invité à suivre*, et je l’ai fait :

  • Qui souhaiteriez-vous honorer parmi vos ancêtres ? Que vous ont-ils, ou ont-elles rendu possible ?
  • Pourquoi lui.elle ?
  • Quand vous pensez à eux.elles, qu’est-ce qui vous renvient à la mémoire : image, secret, histoires, sentiments, chansons, proverbes…

(Grand père, je me souviens seulement de ton verre de lunettes que tu avais peint en noir, comme un pirate. Ça me faisait un peu peur. Tu disais, je crois l’avoir entendu raconter, que tu voulais forcer l’autre œil à travailler… Quand je vous disais que les « Francs Comtois, Têtes de Bois » sont durs au mal !)

  • De quelles valeurs ou héritages vous sentez-vous porteurs, dont vous vous sentez fier.e ?

(Ouvrir la porte, chers parents, aux errants de passage… Laisser la clef aux voisins au cas où quelqu’un en aurait besoin…)

  • Quelles autres actions, quel autre héritage, qu’ils.elles pourraient regretter, ne souhaitez-vous pas perpétuer ?

(Chers grands parents et aïeul.e.s … J’aime beaucoup cette question. Elle me permet de me relier à vous de tout mon cœur, sans oblitérer ce qui ne me convient pas.  Figurez-vous que j’ai pris soin sans le savoir de prendre la parole, de conter et faire raconter, pour dépasser le silence qui au fil des décennie s’est abattu sur les femmes de paysans, sur les paysannes franc-comtoises… Celles qui ne vont pas à l’école. Celles qui fauchent, chargent les charrettes, portent les enfants, s’occupent de nourrir et de tuer les poules et les lapins, et trouvent par débrouillardise leur tissu blanc de robe de mariée -en pure laine pour un mois de juin… On fait ce qu’on peut !- à la sortie de la guerre. Celles qui se racontent, en cuisinant le repas de communion, où taper vraiment fort quand un gars devient vraiment trop insistant…)

  • Comment pouvez-vous contribuer à redresser les torts commis, à diminuer les effets des situations ainsi favorisées par vos aïeul.e.s ?

(Je continuerai à conter, et lorsque la situation le permettra, lorsque cela semblera juste, je continuerai à dédier mes spectacles aux femmes taiseuses et dures au mal, vaillantes et silencieuses qui m’ont permis, avec leurs maris, d’être ici aujourd’hui…)

  • S’ils.elles se dressaient à leur façon contre l’injustice, et vous aussi aujourd’hui, qu’aimeriez-vous leur dire ?

(Ici, je dérape, et je me permets de m’adresser à Mr Denborough père, et à Madame Denborough. Je vous remercie, chers vous, ainsi que vos aïeul.e.s aux vies voyageuses,  d’avoir contribué à la présence sur terre d’un porteur de messages, d’un écouteur de résistance, d’un passeur de savoir, d’un conteur de première, d’un militant formateur… SI vous voyez mes aïeul.e.s dans un atelier de désobéissance civile organisé dans vos lieux de villégiature actuels, saluez-les pour moi. Vous reconnaitrez mon père. Quand il veut se faire beau pour faire plaisir à ma maman qui aime que l’on soit bien habillé pour recevoir des gens qu’on apprécie, il remet un tendeur de vélo neuf en guide de ceinture.)

Chers aïeul.e.s, je vais vous laisser pour ce soir. J’ai déjà assez pleuré avec mes deux coéquipiers lors de l’atelier du 9 mai. Vous rencontrerez peut-être des paysans du Lot, des tenanciers de bistro, un architecte, un pharmacien, ou un libraire qui cherchent des gens sympas avec qui continuer à se taire… ou à papoter ! Je me permets de vous les recommander.

Je vous embrasse,

Martine

*Les questions fournies par David Denborough en version originale ou super bien traduites sont disponibles auprès de la Fabrique… ou dans le wikipédia narratif !

3 réflexions au sujet de « Chers grands parents… – merci David Denborough #5 »

  1. Chère Martin.e (bah oui tant qu’à être inclusif 🙂
    Merci de ces renarrations que je lis en t’entendant me/nous les dire avec ta voix délicate de conteuse comtoise et franche aussi 🙂
    J’ai souvent repensé depuis la master class à l’incroyable histoire d’ancêtres de DD et j’en ai été perturbé en modes 🙂 🙁 :-/ etc … depuis !

  2. Moi aussi, j’étais dans un groupe où nous avons beaucoup pleuré ( et comme disait ma grand-mère sur la fin de sa vie, après avoir passé un après-midi avec sa sœur qu’elle n’avait l’occasion de voir que très rarement : « nous avons bien pleuré, c’était vraiment un très bon moment  » !) …les lettres que nous avons pu écrire étaient fortes et belles. C’était un moment spécial de partage, où se sont révélées l’étendue, la profondeur des apports des expériences vécues dans les relations à nos « ancêtres » comme communes à chacune de nous.
    Merci sincèrement Martine du partage de ta lettre si touchante.

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