Neurophysiologie des Big 6

Par Pierre Blanc-Sahnoun

Dans « Le bug humain », un petit livre passionnant et très bien documenté, Sébastien Bohler, Docteur en neurosciences, nous explique comment les processus neurologiques de notre cerveau bloquent notre capacité à faire face de façon efficace au changement climatique. 

Ce qui est passionnant, c’est que chacun des angles morts et des biais hérités de notre évolution et qui aujourd’hui nous empêchent de changer nos comportement, trouve un reflet économique et collectif dans les Big 6, comme s’ils exprimaient de façon systémique notre hypnose collective face à la certitude affirmée de façon croissante du mur qui approche à pleine vitesse.

Le coupable : une petite structure située à la base de notre cerveau et nommée « striatum ». Le striatum a pour fonction d’activer le circuit de la récompense et donc d’inonder nos neurones de dopamine, pour renforcer tous les comportements qui améliorent nos chances de survie, soit : manger, trouver des partenaires sexuels, minimiser les efforts, s’informer, et surpasser les adversaires. Et c’est là que les ennuis commencent…

En effet, si quatre millions d’années d’évolution ont façonné efficacement ces stratégies comme un pilote automatique qui a permis à notre espèce de survivre et de prospérer dans l’environnement hostile du Pléistocène, elle deviennent carrément suicidaires dans une société d’abondance et de consommation post-industrielle. Manger le plus possible sans jamais s’arrêter se justifie lorsque la nourriture est rare mais conduit à une épidémie d’obésité sans précédent lorsqu’elle est disponible. Trouver des partenaires sexuels sans jamais s’arrêter, pratique consubstantielle à la position de pouvoir masculin (des études citées dans le livre le montrent) amène à l’abus sexuel. Rechercher à se distinguer à tout prix de son semblable offre à la  publicité le plus bel angle d’attaque pour nous fourguer des produits inutiles. Minimiser les efforts fait le lit du règne du confort, tandis que l’infobésité écrase la société hyperconnectée. Bref, nos avantages adaptatifs en tant qu’espèce pourraient bien signer également notre disparition après à peine 400.000 ans d’existence et 60 ans d’une tragique erreur d’aiguillage civilisationnel.

Impossible de ne pas remarquer la similarité avec les Big 6, ces histoires dominantes que nous avons pointées, et qui façonnent le comportement des grandes entreprises multinationales les plus prédatrices. La croissance éternelle et la rentabilité pour sa majesté l’actionnaire correspondent à la compulsion de se gaver le plus possible. La performance résonne avec l’idée de maximiser le résultat par rapport à l’effort. La concurrence et la compétition pour les ressources prolonge dans l’économique la compulsion neurologique de dominer et se se distinguer de ses semblables, on pourrait  sans doute considérer la transformation permanente comme une figure de cette compulsion. Internet et l’industrie de la Data profitent de ces failles et les élargissent, transformant un nombre croissant d’entre nous en rats de Skinner avides du prochain « Like » et de son petit shoot de dopamine.

Que faire ? L’auteur préconise la méditation de pleine conscience comme une façon de réorganiser notre cerveau au niveau des chaînes de neurones. Il en existe une autre, et cela a été démontré par Jeff Zimmerman et Marie-Nathalie Beaudoin : la création d’histoires alternatives. En effet, la neuroplasticité se produit, et cela s’observe à l’IRM, autour de la renégociation des histoires dominantes en contre-histoires préférées. Un champ passionnant et une raison de plus de s’unir pour mettre au point ces  « 7èmes récits » qui vont aider nos cerveaux à se désenclaver des ornières de l’évolution pour se mettre à réfléchir en conscience et agir de façon adaptée pour éviter (ou diminuer) la catastrophe qui vient.

 

Voir aussi sur LinkedIn : « notre cerveau, principal complice de l’effondrement climatique »

3 réflexions au sujet de « Neurophysiologie des Big 6 »

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