Accueillir les réfugiés (1)

Titre original : « Responding to people seeking asylum – Poh Lin Lee (1) »

En direct de la 4ème Conférence Européenne des Pratiques Narratives et Travail Social.

À deux jours d’intervalle, deux présentations ont abordé des exemples d’interventions menées par des praticiennes narratives, auprès de personnes réfugiées et déplacées.

Le Dulwich Center lance un appel à contribution

David Denborough et le Dulwich Center lancent un appel à contribution aux praticiens narratifs : comment pouvons-nous agir, localement, en réseau, auprès des personnes déplacées ? Aujourd’hui, dans le monde, 1 personne sur 113 ne peut pas rentrer chez elle. (Voir document joint Asylum crisis: how can we respond?).

Voici le premier de 3 articles, pour partager mes points clefs de l’atelier donné par Poh Lin Lee, Dulwich Center.

Phosphate, crabes et centre de détention

Christmas Island. Îlot australien au large de l’Indonésie qui « accueille » -le vocabulaire a parfois un humour grinçant- tous les réfugiés interceptés en mer dans les eaux territoriales australiennes.

Au fil des années, et du durcissement de la législation sur l’immigration, seules quatre voies se présentent aux hommes, femmes, enfants internés ici :

  • L’envoi, pour une durée indéterminée, dans un autre centre de détention situé de l’autre côté de l’Australie, dans le Pacifique, sans aucune possibilité de mettre les pieds en Australie,
  • L’expulsion en direction du pays d’origine (Afghanistan, Iran, Irak, Syrie, Sri Lanka…),
  • La détention illimitée dans le centre de détention de l’Île,
  • Un visa pour l’Australie, sans jamais obtenir le droit de travailler ou d’étudier.

Dans tous les cas de déplacements ou d’expulsion, les personnes ne sont pas prévenues à l’avance. L’Administration leur donne en moyenne 10 minutes pour faire leurs paquets et leur adieux avant de disparaître.

No Future

Une personne dans de telles conditions d’incertitude et d’absence de perspective, « tient » 6 mois avant de connaître des troubles psychologiques. 3 mois si cette personne a auparavant vécu une situation de traumatisme, ou de torture.

Le taux de suicide ou d’atteinte à l’intégrité des personnes conduit le Gouvernement à installer un « Torture & Trauma Council », centre de Conseil aux personnes victimes de traumatismes ou de torture. Ce service, série de baraques en préfabriqué, installées près de l’hôpital, offre aux détenu.es la seule possibilité de sortir du centre de détention, amené.es puis remmené.es sous escorte.

Poh Lin Lee et d’autres collègues du Dulwich Center, interviennent dans ce centre.

Shift from Curing to Enduring / Sustaining

Dans de telles conditions, comment pratiquer des conversations qui parlent d’espoirs et de rêves, d’identité préférées dans le futur, sans se heurter à l’incertitude insoutenable qui plombe la vie des personnes présentes ?

Que faire, lorsque le praticien sait qu’il n’a aucune solution, aucune réponse à la question « qu’est-ce que je deviens demain ? » :

  • Se dire que l’on ne changera rien de façon opératoire, mais que témoigner est essentiel ! La présence des praticiens permet d’apporter une réponse au moins à l’une des trois questions qui hantent les « survivants » : « est-ce que j’existe vraiment ? » « Est-ce que quelqu’un sait que je suis ici ? » « Est ce que je deviens fou ? »
  • Recontextualiser le traumatisme, en replaçant dans le tableau la responsabilité politique, gouvernementale, occidentale, légale… pour sortir de la représentation d’une responsabilité de l’individu dans la situation de détresse mentale qu’il connaît. Faire donc de la thérapie un acte politique.
  • Créer par les conversations, des îlots de sécurité, connectés aux identités préférées, reliés aux valeurs et aux intentions.

Un conte ?

L’homme marche sur la plage. Sur le sable, des milliers d’étoiles de mer abandonnées par le retrait de la marée.

L’homme se penche et en ramasse une. Il la relance dans les flots. Il en attrape une autre, et la relance de toutes ses forces dans l’eau. Puis une autre…

Un autre homme l’accompagne, et l’observe.

  • Pourquoi est-ce que tu t’obstines ? Ça ne sert à rien ! Tu en relances une ou deux. Il en reste des milliers qui vont mourir. Ça ne change rien !
  • Tu as raison. Ça ne change rien au final. Mais tu vois celle-ci, que je tiens dans ma main ? Pour elle, ça change tout !

… et il la renvoie de toutes ses forces dans l’eau.

Martine Compagnon, vendredi 8 juillet 2016

P.S. :  Poh Lin m’a fait le plaisir d’ajouter le lien sur ce billet sur son site Narrative Imaginings.

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