D’un atelier sur la déconstruction à la déconstruction d’un atelier

Par Muriel Blouin

C’est avec élan, curiosité et un brin de défi que nous nous sommes lancées dans ce projet : proposer un atelier autour de la déconstruction aux 3° Journées Narratives Francophones.  La déconstruction comme une alliée précieuse dans nos interventions de coachs et praticiennes narratives dans les organisations.

Elan, pour partager une pratique en construction avec d’autres, curiosité de creuser les sources philosophiques et défi car franchement, s’attaquer à un tel mot, à ce concept qui fleurit dans les journaux et les discours c’était un peu comme s’attaquer à un des sommets de nos montagnes Rhône-alpines.

Très vite d’ailleurs Déconstruction nous a fait comprendre qu’on ne l’attraperait pas comme cela dans un atelier, vite fait bien fait !

Confortablement installée au centre de notre trio, cachée par une cape d’invisibilité, elle a commencé par nous pousser chacune dans nos histoires de problèmes : peur d’être embarquée dans des dogmes, peur de ne pas être légitime, peur de ne pas être assez concrète … vous imaginez bien qu’avec de telles histoires de problème, la destruction a vite pris le pas sur la construction. .

Mais Déconstruction dispose de plus d’un tour dans son sac dont celui d’être multiforme, un peu comme un membre de la famille des Barbapapa, vous voyez ? Après avoir guidé (toujours derrière sa cape d’invisibilité) une conversation fondatrice autour de «être militante », elle s’est soudain transformée en 3 questions :

  • Quels sont les éléments de notre contexte (culturel, social, familial, professionnel …) qui ont un impact sur nos idées narratives, notre posture de praticienne narrative, notre relation à la déconstruction ?
  • Quelles envies et quels espoirs fait naître cette question de la déconstruction ?
  • Quels doutes, quelles peurs, quelles interrogations fait éventuellement ressurgir cette question de la déconstruction ?

 Et puis elle a attendu, Déconstruction …. Attendu que le cliquetis de nos claviers s’apaise … attendu que la merveillosité revienne … elle n’était plus affalée au centre de notre trio comme une masse qui nous séparait, elle était en relation avec chacune de nous. Et alors elle nous a permis d’entendre des voix différentes  et des histoires riches d’espoirs et d’envies:

« Des envies et espoirs d’Ouverture(s) sur des histoires différentes qui colorent nos rêves, pensées, langages, et d’Altérité comme autant d’ « expériences de rencontres » pour construire du commun »,

« Une envie d’interroger inlassablement l’origine des idées, pour retrouver individuellement ou collectivement un sentiment d’initiative personnelle,  Une déconstruction qui interrogerait les rapports de pouvoir tout en favorisant un dialogue. »

« Ce que j’aime dans la déconstruction, c’est la reconstruction qu’elle permet, une certaine forme de liberté une ouverture du champ des possibles. »

Un peu comme si Déconstruction nous enseignait qu’avant de travailler avec elle sur un sujet quel qu’il soit, nous avions la responsabilité de déconstruire pour nous-même, qu’il était essentiel d’entreprendre un travail de déconstruction entre nous 3 avant de proposer une réflexion partagée à d’autres praticiens narratifs.

Le voyage initiatique avec Déconstruction n’était cependant pas fini : à l’autre bout de la France, au pays du bon vin et de la Fabrique elle nous avait donné rendez-vous dans une salle d’atelier.

Déconstruction a de nouveau changé de forme : elle a d’abord disparu sous des  « il faut s’adapter à un groupe de 25 alors que nous pensions être 15 », « il faut tenir le temps », « il faut prendre un temps d’inclusion » …. Et, aux yeux de certains participants, elle est revenue dans la peau de l’un ou l’autre des big 5 qu’elle souhaitait déconstruire : le buffle de la conformité ou le lion de la performance.

De nouveau Déconstruction s’est affalée au beau milieu de la salle d’atelier, transformant la fourmilière en fourmis, invitant pouvoir, colère et séparation : les participants à l’atelier revivaient en accéléré ce par quoi notre trio était passé !

Merci Déconstruction pour ce voyage initiatique, merci à Anoush et Fabrice pour leurs alertes.

Nous savons maintenant que pour que pour marcher avec Ethique, Déconstruction a besoin :

  • D’un travail personnel avec chacun d’entre nous
  • Que nos intentions soient claires : que souhaitons- nous déconstruire et pour quoi ?
  • D’un espace de dialogue : passer du OU qui oppose au ET & à une troisième voix/e
  • Et sans doute plein d’autres choses que nous

Verrons,

Sentirons,

Entendrons,

Saurons,

goûterons

peut-être un jour

Et la prochaine fois que nous co-animerons un atelier sur la déconstruction, nous proposerons de commencer par déconstruire nos représentations de Déconstruction.


Muriel Blouin
avec  la bienveillante relecture de Christine Pagonis et Catherine Verilhac

 

4 réflexions au sujet de « D’un atelier sur la déconstruction à la déconstruction d’un atelier »

  1. Quelles jolies traces de votre atelier vécu avec déconstruction… une leçon d’apprentissage réflexif avec Déconstruction qui semble t’être cher, chère Muriel.
    A très bientôt
    Catherine Menez

  2. Bonjour Muriel, Catherine, Christine… je n’ai pas participé à votre atelier, mais je trouve votre / ton billet passionnant… Être à l’affût, toujours, humblement, de ce que nos pratiques, nos convictions, nos habitudes nous soufflent « être ce qu’il faut » ; entendre la voix des histoires dominantes ou des dragons-problèmes derrière nos agacements ou disparités ; et prendre le temps de détricoter, lire, comprendre, reculer et observer…

    Ce billet et la réflexion que je vois cheminer sont une belle leçon pour moi !

    Merci Muriel, merci à vous. Je reconnait le geste de personnes professionnelles engagées, soucieuses de leur pratique…

  3. Merci de ce partage. Je n’y étais pas mais je peux « me faire le film » 🙂 parce qu’aussi expérimenté.e.s qu’on soit, Déconstruction a comme tu le dis si bien « a plus d’un tour dans son sac » … et du coup je ne sors plus de chez moi sans mes deux andidotes : réflexivité (ce que tu fais en écrivant ce post) et merveillosité (dont je découvre en faisant une recherche que serait en premier lieu un néologisme de Jules Verne ce qui me remplit de joie encore plus 🙂

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