Archives pour la catégorie Explorations

Le 7ème récit : un projet d’activisme narratif écologique

Cela fait des années que nous discutons du « grand récit » qui pourrait construire le monde de la transition écologique. Non pas comme une guerre civile au rabais entre petits marquis poudrés et serfs en gilets jaunes, mais un véritable changement de  paradigme social.

Si c’est le récit qui produit le monde, comme le postule l’approche narrative, il nous manque un récit puissant, poétique et émotionnel pour produire le monde d’après. Comme le dit Thierry Groussin, la société marchande post-moderne nous donne le choix entre deux récits de l’après, aussi déprimants l’un que l’autre, « Mad Max » ou « business as usual ». Deux bons prétextes pour continuer à foncer vers le mur en ne faisant rien. Depuis quelques années, on voit l’avènement d’une nouvelle approche, la « collapsologie », qui nous présente l’hypothèse d’un effondrement systémique à court terme comme assez vraisemblable (voir à ce sujet le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens).

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Affûtage de questions et écriture poétique à la Fabrique

Deux ateliers animés par notre collègue Pierre Blanc-Sahnoun et pour l’un d’entre eux co-animé par Martine Compagnon à la rentrée à Paris (mais pourquoi pas à Bordeaux ?) : voici le programme, en vous souhaitant un bel été. 

Les 7 et 8 novembre, affûtage de questions. Cet atelier qui s’adresse à des praticien-ne-s expérimenté-e-s vise à leur permettre de travailler en finesse et précision sur la construction de questions puissantes et poétiques.  Faisant suite à la première édition de cet atelier en avril à Paris et à sa déclinaison aux JNF 2018 à Bordeaux, le dispositif est entièrement orienté vers la pratique et invite chaque participant-e à participer à la construction de séquences de conversations narratives et à l’élaboration de questions affûtées, c’est à dire : a) fondées sur une intention précise, b) proposant une traduction fidèle de cette intention, c) transposées sous une forme métaphorique décalée et poétique, inspirée du monde imaginaire du client.

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Du pas de côté à l’engagement communautaire

Par Catherine Mengelle.

Je viens de participer à Paris à une journée du SPIsC (Séminaire pour la Promotion de l’Intervention sociale Communautaire), conviée par Valérie Thérain et Fabrice Morand (FMVT Conseils), tous les deux élèves actuels de la Fabrique Narrative et acteurs de l’action sociale et communautaire, qui souhaitaient y faire entendre les voix de Michael White et de David Denborough.

J’ai entendu des gens parler, avec ferveur, des mêmes choses qui animent les fondateurs de notre approche et, j’espère, les praticiens narratifs formés aujourd’hui dans le monde entier.

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Conversations croisées avec des binômes

Par Dina Scherrer.  

Reconstruire des relations en utilisant le concept des « témoins », les conversations par procuration et des questions hypnotiques : voilà le thème de cet article passionnant et généreux.   

Depuis presque deux ans maintenant, je me surprends à proposer de plus en plus souvent, en fonction bien évidemment des situations qui le nécessitent, des accompagnements de binômes en utilisant, de différentes manières, le concept des « témoins ». J’ai à chaque fois été la première surprise de l’extrême efficacité de travailler de cette manière. Pour illustrer mon propos, je voudrais partager avec vous trois de mes accompagnements de binômes dans des univers différents : un chef de service et son adjointe, un professeur et son élève, Olivier et son dos. Continuer la lecture de Conversations croisées avec des binômes 

SÉRENDIPITÉ ET POSTURE DÉCENTRÉE

serendipitePar Laurence d’Andlau

Un article qui explore les liens qui peuvent exister entre l’approche «sérendipitesque» et l’approche narrative.

Je viens de lire un petit livre, prêté par un ami scientifique, qui m’a passionnée :
« Des hommes couverts de nuages » . Pourquoi ce titre, me suis-je demandé. L’explication ne vient que dans le cours du livre : obnubilare en latin signifie « couvrir de nuages ». Lorsque nous sommes obnubilés par un « objet unique », nous sommes couverts de nuages et nous devenons quasi stériles face à des problèmes pour lesquels les réponses nous sont a priori inconnues. Obnubilés par quoi ? Par une obsession ? Par une histoire dominante que nous nous racontons et à laquelle nous ramenons tout ce qui nous arrive et même nos projets ?

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VIOLENCES SEXUELLES ET PRATIQUES NARRATIVES

UnknownPar Lysiane Panighini

Je m’appelle Lysiane Panighini et je suis psychothérapeute. Ma pratique d’entretien ou plus exactement de  » conversation » est l’approche narrative et pour rien au monde je n’échangerais cette pratique contre une autre…Les personnes que j’accompagne vienne me voir pour des problèmes très diversifiés : troubles alimentaires, deuils, crise existentielle…
Si parmi elles, plusieurs ont subies ces violences sexuelles, ce n’est jamais ce qui a motivé leur demande d’aide. Continuer la lecture de VIOLENCES SEXUELLES ET PRATIQUES NARRATIVES 

LE TÉMOIN INTÉRIEUR

Par Pierre Blanc-Sahnoun

Il y avait l’externalisation, le re-authoring, le remembrement, le travail avec les témoins extérieurs, les cérémonies définitionnelles, il y a désormais le « témoin intérieur ».

Pour l’instant, c’est une pratique qui s’adresse plutôt aux superviseurs, mais rien n’est (jamais) figé. La pensée de David Epston est à son zénith, il pétille d’idées et de pistes nouvelles, relie des champs a-priori éloignés, brode des questions inimaginablement poétiques, branche des parapluies et des machines à coudre sur des tables de dissection. Continuer la lecture de LE TÉMOIN INTÉRIEUR 

RENDRE VISIBLES DES INVISIBLES

par Laurence d’Andlau

Rendre visibles des invisibles tel est me semble-t-il, le cœur de métier des coachs et des thérapeutes… et peut-être des économistes !

Les gens qui viennent nous voir apportent la plupart du temps des histoires qui tournent autour de ce qui ne va pas, de ce qui ne marche pas dans leur vie, dans leurs relations avec les autres, dans leur métier, dans leur vie personnelle ou familiale. Les premières histoires que nous entendons, que nous visualisons sont des histoires dominantes de problèmes. Pour nos clients, elles sont éminemment visibles. Pour nous aussi car ils nous en parlent avec détails et images. Ils nous demandent de les aider à combattre et à résoudre leurs problèmes.
Une première étape est bien sûr d’écouter leurs difficultés, d’entendre leurs souffrances.
L’étape suivante, cruciale, me semble-t-il, consiste à rendre visibles des « invisibles » positifs qui peuvent faire du bien à nos clients, débloquer des nœuds, changer leur regard sur les situations qu’ils vivent, leur ouvrir de nouvelles portes qu’ils n’avaient pas vues, ajouter d’autres réflexions et possibilités d’agir à celles qu’ils avaient déjà. Continuer la lecture de RENDRE VISIBLES DES INVISIBLES 

LE PAYSAGE DU LANGAGE

Par Elizabeth Feld

Quelle influence la langue qu’on parle à-t- elle sur notre paysage de l’identité? Sur notre relation avec le monde, les autres, notre contexte ?

Whose woods these are, I think I know
His house is in the village, though

Dans cette grande plaine l’autan froid se joue
Ou par de longues nuits la girouette s’enroue

He will not mind me stopping here
To watch his woods fill up with snow.

Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau. (1)

Qu’est ce que ça veut dire pour vous d’être bilingue ?
Quel est l’effet sur vous de parler dans vos différentes langues?
Qu’est ce que cela évoque pour vous?
Est ce que de parler dans une langue ou dans une autre évoque différentes histoires ou aspects de votre identité?
Dans quelle(s) langues rêvez vous? Continuer la lecture de LE PAYSAGE DU LANGAGE 

MAYFLOWER

Avec l’aimable autorisation de notre ami Thierry Groussin, compagnon de route de la Fabrique Narrative depuis le début, éditeur de la revue « Commencements » et auteur du recueil « les ombres de la caverne », nous reproduisons ici la première partie d’un article publié récemment dans son blog, Indisciplines intellectuelles.

Quand les pèlerins du Mayflower ont émigré vers le Nouveau Monde, ils savaient ce qu’ils quittaient – leur pays natal et les persécutions du roi Jacques Ier. Mais, même s’ils s’en faisaient une vague idée, ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils allaient trouver de l’autre côté de l’océan et sans doute la vie qu’ils y vécurent fut-elle fort différente de celle qu’ils avaient imaginée. Cependant, nourris de la lecture de la Bible, ce qui les mettait en mouvement, ce qui nourrissait leur projet d’une charge symbolique, c’était un récit qu’ils avaient fait leur: celui du peuple juif à la recherche de la Terre Promise. Nos sociétés sont aujourd’hui dans une situation quelque peu analogue à celle de ces pèlerins du XVIIème siècle: sur le rivage où elles se sont installées, la vie devient impossible. Mais l’autre rive est noyée dans les brumes du futur, invisible, inimaginable. La différence, qui constitue notre handicap, c’est que nous ne sommes portés par aucun récit, par aucune Promesse qui nous donne l’envie de «traverser les grandes eaux». Notre différence, aussi, c’est que l’autre rive n’est pas un espoir à rejoindre au delà de l’horizon, elle est à créer là où nous sommes.Lire la suite