Archives pour la catégorie Explorations

LE PAYSAGE DU LANGAGE

Par Elizabeth Feld

Quelle influence la langue qu’on parle à-t- elle sur notre paysage de l’identité? Sur notre relation avec le monde, les autres, notre contexte ?

Whose woods these are, I think I know
His house is in the village, though

Dans cette grande plaine l’autan froid se joue
Ou par de longues nuits la girouette s’enroue

He will not mind me stopping here
To watch his woods fill up with snow.

Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau. (1)

Qu’est ce que ça veut dire pour vous d’être bilingue ?
Quel est l’effet sur vous de parler dans vos différentes langues?
Qu’est ce que cela évoque pour vous?
Est ce que de parler dans une langue ou dans une autre évoque différentes histoires ou aspects de votre identité?
Dans quelle(s) langues rêvez vous? Continuer la lecture de LE PAYSAGE DU LANGAGE 

MAYFLOWER

Avec l’aimable autorisation de notre ami Thierry Groussin, compagnon de route de la Fabrique Narrative depuis le début, éditeur de la revue « Commencements » et auteur du recueil « les ombres de la caverne », nous reproduisons ici la première partie d’un article publié récemment dans son blog, Indisciplines intellectuelles.

Quand les pèlerins du Mayflower ont émigré vers le Nouveau Monde, ils savaient ce qu’ils quittaient – leur pays natal et les persécutions du roi Jacques Ier. Mais, même s’ils s’en faisaient une vague idée, ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils allaient trouver de l’autre côté de l’océan et sans doute la vie qu’ils y vécurent fut-elle fort différente de celle qu’ils avaient imaginée. Cependant, nourris de la lecture de la Bible, ce qui les mettait en mouvement, ce qui nourrissait leur projet d’une charge symbolique, c’était un récit qu’ils avaient fait leur: celui du peuple juif à la recherche de la Terre Promise. Nos sociétés sont aujourd’hui dans une situation quelque peu analogue à celle de ces pèlerins du XVIIème siècle: sur le rivage où elles se sont installées, la vie devient impossible. Mais l’autre rive est noyée dans les brumes du futur, invisible, inimaginable. La différence, qui constitue notre handicap, c’est que nous ne sommes portés par aucun récit, par aucune Promesse qui nous donne l’envie de «traverser les grandes eaux». Notre différence, aussi, c’est que l’autre rive n’est pas un espoir à rejoindre au delà de l’horizon, elle est à créer là où nous sommes.Lire la suite

SAUVE TOI, LA VIE T’APPELLE !

Nous nous étions déjà posé la question ici-même il y a quelques mois de la proximité de Boris Cyrulnik avec les idées narratives en intégrant une belle interview de lui issue d’Identités Créatrices, le blog de Wahid Choueiri (voir l’interview).

Ceci avait suscité des commentaires passionnants dont celui de notre consoeur Catherine Farzat, qui avait développé les passerelles entre l’oeuvre du psychiatre bordelais (eh oui, cocorico !) et les travaux de l’approche narrative australienne et néo-zélandaise telle que nous la pratiquons ici.

Avec « Sauve toi, la vie t’appelle » (Odile Jacob), ses mémoires rédigées au scalpel, à fleur d’intelligence et de sensibilité, Cyrulnik nous propose au delà d’un récit de vie bouleversant, une véritable master class narrative en 300 pages, que devraient lire au même titre que « L’espèce fabulatrice » de Nancy Huston, tous ceux qui s’intéressent à l’autobiographie comme identité et à l’identité en tant que fiction. Continuer la lecture de SAUVE TOI, LA VIE T’APPELLE ! 

CYRULNIK, NARRATIF OU… ?

Boris Cyrulnik , célèbre neuropsychiatre et éthologue (et Bordelais, cocorico !) s’est-il rapproché au fil des années d’une pratique que l’on pourrait qualifier de narrative ?

C’est une question que l’on peut se poser à la lumière de l’inflexion de son oeuvre, en gros depuis les « vilains petits canards« . Les tuteurs de résilience, un concept qu’il a créé et développe depuis plus de 10 ans, se présentent au fil des livres de plus en plus sous forme d’histoires de résilience dans la vie du client. Des histoires qu’il a généreusement illustrées par son parcours personnel et la façon dont sa propre vie a servi de source et de finalité à son oeuvre. Continuer la lecture de CYRULNIK, NARRATIF OU… ? 

NARRATIVE MEDICINE : THE TRANSLATION

Extrait du blog "Plume, voix de l'âme"

Many foreign friends have been interested by the report on Rita Sharon’s Conference in Paris. Here it is, thanks to Debra Leblanc, with our best wishes for very happy new year celebrations.

Report by Fanny Moureaux-Néry

Our friend Fanny attended the conference on narrative medicine that we had referred to in this blog in an article dated November 20th. She drafted a very good report, with precision, deep understanding and humanity, taking us farther in our discovery of new paths that run through the art of healing. Thank you, Fanny!

Rita Charon teaches Narrative Medicine at Columbia University in New York. I was very moved by the lecture she gave in November at the René Descartes Faculty of Medicine in Paris, because, to summarize, she manages to « re-humanize » medical practice and shares with students what she demands of herself.
I think this report is true to her lecture and the articles I read. I use a lot of her language, but at times I felt the need to restate what I understood. Continuer la lecture de NARRATIVE MEDICINE : THE TRANSLATION 

MEDECINE NARRATIVE : LE COMPTE-RENDU

Extrait du blog "Plume, voix de l'âme"

Par Fanny Moureaux-Néry

Notre amie Fanny a assisté à la conférence sur la médecine narrative que nous annoncions ici-même dans un article du 20 novembre. Elle en a retiré un très joli compte rendu, à la fois précis, profond et plein d’humanité, qui nous emmène loin dans la découverte de nouvelles routes qui sillonnent le territoire de l’art de soigner. Merci Fanny !

Rita Charon enseigne, à New-York, la Médecine Narrative, à Columbia University La conférence qu’elle a donnée en Novembre à la faculté de Médecine René Descartes à Paris, m’a beaucoup touchée. Car, en un mot, elle accomplit un travail de ré-humanisation de la pratique de la médecine, et transmet aux étudiants, ce qu’elle exige d’elle-même
Je pense être fidèle à son exposé, aux articles que j’ai pu lire. Je reprends beaucoup de ses termes, mais j’ai éprouvé, parfois, le besoin de me reformuler ce que j’avais saisi.

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ANNIVERSAIRE NARRATIF

Par Chantal Caumel

Voici un article qui reprend les principes de la construction sociale de l’identité pour les appliquer non pas dans un contexte de thérapie ou de trauma mais dans une merveilleuse initiative de la vie quotidienne permettant de renforcer des connexions entre des gens reliés par cet étrange relation que l’on nomme « amitié ».

Nous les appellerons Alain et Laurence. Alain cherchait une idée de cadeau pour Laurence pour ses 60 ans. Il avait trouvé une idée sans se douter qu’il allait contribuer à redonner vie à des histoires « préférées » que Laurence avait oubliées ou mises dans un coin de sa mémoire. Continuer la lecture de ANNIVERSAIRE NARRATIF 

SEGPA : LE LIVRE

Vous vous souvenez ? C’était en mai 2009. Notre collègue et amie Dina Scherrer commençait une fantastique aventure narrative avec les élèves des classes de 3ème SEGPA de banlieue parisienne (voir ici le post que nous avions consacré à son travail et voir également ici le superbe post que Thierry Groussin lui a consacré dans son blog « Indiscipline Intellectuelle« ).

Aujourd’hui, tout ceci est devenu un livre épatant qui sort ces jours-ci aux éditions l’Harmattan sous le titre : « échec scolaire, une autre histoire possible ». Préfacé par Stéphane Hessel, le livre de Dina est à la fois un récit, une méthode et un manifeste. Récit plein d’émotion de ses premiers contacts avec ces jeunes qui se qualifient eux-mêmes de « Gogols », les laissés-pour-compte de notre moulinette éducative, destinés de toute éternité à des voies de garage ou directement au Pôle Emploi.

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UN ARTICLE DE MICHAEL WHITE

Avec l’aimable autorisation du Dulwich Centre et traduit de l’anglais par notre ami Pierre Nassif, voici un extrait des « workshop notes » de Michael White, un texte magnifique sur la fonction de la plainte et les compétences de résistance de ceux qui sont exposés à des traumas intitulé « attending the consequences of trauma » (« au chevet des conséquences du traumatisme »).

Ces notes furent préparées à l’intention des participants à l’atelier, afin qu’ils poursuivent leurs investigations relatives à la pertinence des idées et pratiques narratives, lorsqu’elles sont appliquées à des personnes venant en consultation pour traiter d’une expérience significative de traumatisme.

Il existe des interprétations contemporaines de la douleur psychique et de la détresse émotionnelle consécutives à un traumatisme qui laissent dans l’ombre de nombreuses complexités caractéristiques de telles situations vécues, ainsi que de la manière dont les personnes concernées les expriment.

Certaines de ces interprétations tracent linéairement une relation naturelle entre le traumatisme et la douleur psychique ou la détresse émotionnelle. De telles interprétations conditionnent fortement les résultats des conversations thérapeutiques.

Des conversations thérapeutiques dont les lignes directrices proviennent de certaines de ces interprétations contemporaines peuvent participer à l’élaboration d’une image de soi remarquablement fragile et vulnérable. Elles laissent les personnes concernées dans l’intense sentiment que l’on pourra désormais empiéter sur leur personne de telle manière qu’elles auront du mal à se défendre. Cela ferme leurs voies d’accès à des moyens d’action adaptés aux difficultés de l’existence et cela réduit leur aptitude générale à savoir comment évoluer dans la vie. Continuer la lecture de UN ARTICLE DE MICHAEL WHITE 

L’AMITIE ETHIQUE

par Dina Scherrer

Lors d’une des dernières Master Class, à la Fabrique Narrative à Bordeaux, où étaient conviés Cheryl White et David Denborough, a été abordé un point qui m’a particulièrement touchée et qui parle d’amitié éthique. Si ce point m’a touchée, c’est qu’il m’éclaire encore plus sur les principes de l’approche narrative.

L’idée de « l’amitié éthique » est née de la rencontre de Michael White avec David Epston, un autre psychothérapeute rencontré lors d’une conférence. David Epston animait un atelier avec très peu de personnes présentes. Quelqu’un a dit a Michael qu’il devrait aller voir « ce que racontait ce mec là », ce qu’il fit et une amitié est née.

Par la suite, Michael et Cheryl, son épouse, invitèrent un soir David Epston à diner. A un moment, Michael se leva : « Je vous laisse, je vais raconter une longue histoire à ma fille pour l’endormir ». Il laissa Cheryl et David seuls un bon bout de temps. Continuer la lecture de L’AMITIE ETHIQUE