Archives pour la catégorie Power of song

Un petit air de musique… Merci David Denborough #3

Par Martine Compagnon

Une autre découverte incroyable, suite à ma rencontre avec David Denborough : la place de la musique dans ses pratiques.

Je dois reconnaître qu’entre les pratiques d’origines Maori apportées par les praticiens aborigènes membres de l’équipe du Dulwich center -dont je n’ai pas pu noter le nom, je tiens à m’en excuser-, les pratiques vécues au Brésil par Marilene Grandeso et Adalberto Barreto et les expériences vécues au Rwanda, la musique peut légitimement se sentir invitée dans les sessions, accompagnements, ateliers vécus ou conduits par David.

Il a partagé avec nous le déroulement des « thérapies communautaires qui ne sont pas des thérapies », conduites par exemple à San Salvador, Brésil. Plus fort encore, il nous a proposé de vivre, en une demi-journée à peine, l’une de ces expériences.

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Des chansons qui rallument la mémoire

Savez vous ce qui se passe lorsqu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer écoute ses chansons préférées ? Son identité se remet en route.

L’un des multiples apports de David Denborough aux thérapies narratives est d’avoir créé un ensemble de techniques de documentation poétique à travers l’écriture de chansons. Nous en avons déjà amplement parlé dans ce blog, ayant eu le privilège d’importer ces techniques et de les adapter en langue française. Le documentaire de Netflix intitulé «alive inside, a story of music and memory » prolonge ces idées d’une façon spectaculaire. Continuer la lecture de Des chansons qui rallument la mémoire 

Notre prix Nobel

Il était la classe et l’élégance incarnée, notre prix Nobel de narrativité poétique va sans conteste à M. Léonard Cohen, qui vient de partir vers les étoiles, dans le sillage de sa chère Marianne.

A la question « qu’est-ce qu’une bonne histoire? », David Epston (lors de son récent passage à Montréal puis Bordeaux) a répondu en prenant pour exemple son admirable discours  lors des Prince of Asturias Awards en 2011. Un récit qui mêle gratitude, retour aux sources, poésie, drame, nous fait voyager et vibrer… Partager ce diamant narratif est la manière narrative de lui rendre hommage proposée par nos collègues et amis de Relance Relationnelle (Suisse romande).

Visionnez la vidéo (en anglais), possibilité de sous-titres anglais


lisez le transcript (en anglais)
Lisez le texte en Français (traduction par Fabrice Aimetti) : ci-dessous.
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LE POUVOIR DES CHANSONS

Toutes les communautés humaines depuis 5 millions d’années environ se sont retrouvées autour de chansons.

Qu’ils soient religieux, liturgiques, folkloriques, engagés, les chants permettent à un groupe de réaffirmer son identité de façon récursive, d’intégrer de nouveaux membres en leur apprenant ces chants et en les invitant à les interpréter en même temps que le groupe. Le « pouvoir des chansons » a donné lieu à un certain nombre de techniques narratives développées en Australie par David Denborough, qu’il a exprimées dans son livre « les pratiques narratives collectives » (traduction par Catherine Mengelle aux éditions Hermann-l’Entrepôt), et qu’il a partagées avec nous lorsqu’il est venu en France il y a deux ans avec Cheryl White. Continuer la lecture de LE POUVOIR DES CHANSONS 

LA CHARTE DES DROITS DU NARRATEUR

– Article 1 : chacun a le droit de définir son expérience et ses problèmes a l’aide de ses propres mots et expressions
– Article 2 : chacun a le droit pour sa vie d être compris en prenant en compte le contexte de ce qu’il a subi et le contexte de ses relations avec les autres
– Article 3 : chacun a le droit d’inviter ceux qui sont important pour lui a participer au processus de débarrasser sa vie des effets du trauma
– Article 4 : chacun a le droit que les problèmes causés par les traumas ne soient pas localisés en lui, à l’intérieur, comme s’il était lui-même insuffisant ou inadéquat. La personne n’est pas le problème, le problème est le problème.
– Article 5 : chacun a le droit que ses réponses aux trauma soient reconnues. Personne ne reçoit passivement les traumas. Les gens réagissent toujours. Ils protestent toujours contre l’injustice.
– Article 6 : chacun a le droit de voir ses compétences de survie reconnues et honorées
– Article 7 : chacun a le droit de savoir et de se rendre compte que ce qu’il a appris à travers les difficultés peut contribuer à d’autres vivant des situations similaires

Source : David Denborough, Dulwich Center

Power of song 2.0

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Lui, c’est Bobby Lapointe, chanteur un peu fêlé et parolier virtuose très connu dans les années 60 et un peu passé de mode.

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre ses refrains les plus connus (« Avanie et Framboise », « la maman du poisson », « Madame Mado m’a dit »…) dans la sono d’une baraque de sandwichs de Saint-Lary (Pyrénées). Je m’en étonnai. Le tout jeune homme qui tenait la boutique était ravi que j’aie reconnu. « Je connais toutes ses chansons par coeur, m’expliqua t-il. Les chansons de Bobby Lapointe, c’est toute mon enfance ; quand on allait de Paris à la Méditerrannée, mes parents les passaient en boucle tout le temps ». Et en disant ça, des larmes brillaient dans ses yeux.

Ceci m’a ramené à Adelaide et au séminaire « Power of song » enseigné par David Denborough. « Les chansons sont les bandes originales de nos vies », disait-il, en nous proposant l’exercice de faire notre récit de vie par les chansons plutôt que par les événements. Se souvenir des chansons clés qui ont marqué telle ou telle période de notre vie, retrouver ce qui nous a marqués dans ces chansons, et à quoi elles sont associées, et comment elles résonnent avec ce qui est important pour nous. Et nous obtenons une partition très intéressante avec les chansons en clé de sol sur le paysage de l’action et en clé de fa, le paysage de notre identité telle qu’elle a été imprimée et exprimée par ces chansons qui nous ont tant marqués, et que nous aussi, nous écoutons les yeux dans le vague, sourire aux lèvres, ramenés physiquement à l’époque qu’elles ont codée. La musique est une machine à voyager dans le temps.

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Lettre d’Australie : La B.O. de notre vie

Aujourd’hui, séminaire avec David Denborough, qui a passé vingt ans à travailler comme « barde » sur les rassemblements communautaires organisés par Michael White en écrivant des chansons à partir des récits des participants sur ce qui les soutient et leur donne de la force.

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Cet atelier nous donne l’occasion de nous arrêter un moment pour considérer cet objet usuel qui nous accompagne dans notre vie de façon tellement constante, quotidienne, parfois obsédante qu’on n’y prête plus attention : les chansons. Les chansons qui sont sacrées dans la plupart des civilisations et qui dans notre culture occidentales, sont devenues à la fois des marchandises (comme tout) mais des marchandises démonétisées de leur poids de sagesse et d’âme, des « variétés » consacrées à nous divertir au sens pascalien du terme au lieu de nous ramener vers le centre du cercle en nous permettant de mieux réussir cette chose impossible qui est de dire quelque chose de nous. Les chansons qui ont compté pour nous sont la bande originale de notre vie. Une machine à voyager dans le temps aussi, lorsque nous réécoutons une chanson que nous passions en boucle à une époque et que nous retrouvons l’ensemble des sensations correspondantes.

Les chansons parlent de façon privilégiée de résistance, de lutte, de liberté, elles sont la réponse des peuples à l’oppresseur qui brise les mains des guitaristes pour les faire taire. Composer des chansons à partir des récits de participants à un travail narratif, c’est épaissir la nouvelle histoire mais également donner l’occasion de l’interpréter ensemble sous une forme où l’émotion vient s’accorder au sens. Interroger les chansons qui émeuvent nos clients, le sens qu’ils leur donnent, la façon dont elles reflètent ce qui est important pour eux et dont elles les ont aidés à développer leurs espoirs et leurs résistances, c’est une porte ouverte vers la construction de la deuxième histoire car les chansons sont en prise directe avec ce qui résiste en nous, les écouter et les fredonner avec plaisir étaye cette résistance. Les chansons, variétés anodines, ont souvent échappé au travail d’obstruction et de censure des histoires dominantes. Petites berceuses ou grands opéras, elles sont partout autour de nous, il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser et les remettre à leur place d’interprètes de l’âme des peuples musiciens et des anges électrocutés dont elles sont parfois l’unique voie de communication avec le monde.