Avant-propos et sommaire
Pistes narratives
Dir. Catherine Besnard Péron et Béatrice Dameron

Nous avons conçu ce livre comme un signe de différence adressé dans le paysage de l’accompagnement aux professionnels, utilisateurs et curieux du coaching ou de la thérapie.

Aborder la complexité autrement, et nous redécouvrir multi histoires d’une manière qui nous fait du bien : riches d’histoires parfois contradictoires et qui chacune parlent de ce qui a du sens pour nous. Nous connecter plus fortement à nos intentions, nos espoirs et nos valeurs. Aux personnes aussi dont l’influence nous aide au long de notre histoire à développer ce que nous avons de plus cher. Honorer nos résistances aux définitions totalisantes de l’identité. Déconstruire les échelles de performance qui construisent notre sentiment d’échec personnel. Tels sont les défis relevés par une approche narrative de l’accompagnement.

Faire face à la souffrance au travail, aux troubles du comportement alimentaire, ou au sentiment d’échec personnel et professionnel engendrés par la confrontation aux standards culturels de la performance et de la normalité : autant d’enjeux et de problématiques auxquels ces pistes narratives proposent des réponses et la différence de leur approche.

Ce livre se centre donc principalement sur le travail d’exploration et de déconstruction des contextes dans lesquels se manifestent les difficultés pour lesquelles nos clients viennent chercher un accompagnement. Nous avons souhaité également qu’il témoigne de nos tâtonnements et questionnements au fil de ce travail, explicitant les choix que nous avions opérés et les intentions qui les avaient guidés. Et ainsi mettre en lumière la nature des options éthiques et pratiques qui fondent la posture propre à une approche narrative de l’accompagnement.

Sommaire

Avant propos : Catherine Besnard Péron, Béatrice Dameron

I.    Faire face au sentiment d’échec personnel. Michael White

 

II. Repères 

 

1)      La souffrance au travail est-elle soluble dans la culture d’entreprise ? Pierre Blanc Sahnoun

2)      L’approche narrative : origines et sources d’inspiration. Jessica Fargeaudou

 

III. Témoignages

 

1)      Sortir du brouillard. Jessica Fargeaudou

2)     Une histoire de conflits mise en boites (séminaire narratif en entreprise). Béatrice Dameron

3)      Cela pourrait paraitre négatif, mais je n’aime pas le mot « espoir ». Elizabeth  Taub Feld

4)      L’approche narrative sous forme de voyage photographique.  Chantal Caumel

5)      Le double défi de l’accompagnement des Hauts Potentiels Intellectuels en Pratique Narrative. Catherine Besnard Péron

6)      L’apport de la critique sociale à la prise en charge des troubles alimentaires. Julien Betbèze

7)      Honorer les savoirs internes : une posture. Béatrice Dameron

Avant propos

 

Ce livre est le deuxième à donner des aperçus de l’utilisation de l’approche narrative en France. Nous avions conçu le premier livre de témoignages de praticiens narratifs paru en France (en 2009) comme un signe d’existence : l’approche narrative commençait à se faire connaitre en France, et à infiltrer différents domaines dans le champ de l’accompagnement : coaching, thérapie, médiation familiale. Des praticiens s’efforçaient d’importer des éléments narratifs dans leur travail et témoignaient de leurs découvertes.

Ce livre ci, nous l’avons souhaité plus concentré et plus réflexif que le précédent, plus explicite aussi concernant les choix et dilemmes auxquels se trouvent aujourd’hui confrontés les praticiens qui s’engagent dans cette voie. C’est pourquoi nous l’avons conçu davantage comme un signe de différence. Parce que, chemin faisant, nous réalisions mieux la nature radicale du questionnement concernant le choix de posture auquel l’éthique narrative conduisait les praticiens, et que rappelle Michael White dans son article « Faire face au sentiment d’Echec personnel » (Ch.I.). Et au fur et à mesure que nous explorions les aspects spécifiquement décentrés et influents liés à la posture narrative, nous commencions aussi à mieux découvrir les options nouvelles qu’elle nous ouvrait dans un contexte qui pose des questions de plus en plus épineuses aux praticiens de l’accompagnement…Voici quelques uns de ces éléments de contexte parmi ceux qui  nous ont parus les plus déterminants pour guider ce choix de posture :

  • • La croissance des phénomènes de souffrance et de stress au travail mis en relation avec la multiplication des échelles de performance contradictoires auxquelles se trouvent soumises les personnes dans les différents aspects de leur vie personnelle et professionnelle
  • • La multiplication des troubles psychologiques, en particulier ceux du comportement alimentaire en relation avec la tyrannie culturelle de la perfection et de la capacité de contrôle, ainsi que la construction sociale de l’exclusion liée aux conduites de dépendance
  • • La multiplication des grilles d’analyse des comportements individuels et collectifs dans les techniques d’accompagnement organisationnel, psychologique ou thérapeutique et la façon dont elles aboutissent à recruter les personnes dans un discours expert au sujet de leur propre fonctionnement. Nous constations en effet que beaucoup des personnes qui nous consultaient pour des raisons diverses reprenaient à leur compte un discours construit concernant les causes et le fonctionnement de leurs troubles, et parfois des éléments de diagnostic avancés comme autant de définitions scientifiques des leur identité. Souvent, avant même que nous les interrogions pour connaitre les effets de ce discours expert sur leur vie, ces personnes nous indiquaient que savoir tout cela n’avait rien changé à leurs difficultés

Un élément historique a pu contribuer à renforcer ce phénomène. Les pratiques narratives sont arrivées en France par le coaching dont la clientèle est massivement composée de cadres et de dirigeants, ce qui nous amenait à la constatation suivante : loin de manifester, à l’instar de certains clients décrits par Michael White, des difficultés à conceptualiser, nos clients semblaient à l’inverse nourrir parfois une tendance à l’hyper rationalisation, et à aborder les situations sur un mode purement cognitif. Et ceci ne semblait pas faciliter davantage la résolution des difficultés rencontrées que dans les cas opposés décrits par Michael White où les personnes semblaient éprouver des difficultés à conceptualiser à partir de leur expérience. En effet, le vocabulaire conceptuel existait dans le champ lexical de ses clients mais ils n’avaient pas d’expériences de vie auxquelles le raccrocher.

A contrario, le désir de rationalisation de nos clients induit une multiplication des grilles de lecture, afin de tenter d expliquer plus finement et de catégoriser à outrance et comme pour les contenir, les exceptions d’expériences de vie dont ils ont conscience, mais qui les gênent car elles ne reflètent pas quelque chose qu’ils comprennent.

Comprendre pour contrôler, contrôler pour performer, performer à contrôler.

Ainsi, quand nous explorions avec nos clients les effets produits dans leur vie par cet abord analytique et cognitif des situations, il nous paraissait plutôt correspondre à une sorte de norme en matière de performance et d’efficacité, dont la mise en échec pouvait être interprétée comme un signe de défaillance ou d’inadéquation de la part de ces personnes.

Rapidement, la confrontation aux questions soulevées par ces éléments nous a fait prendre également conscience que les praticiens de l’accompagnement ne pouvaient se contenter, pour faire leur travail efficacement et dans le respect de l’identité de leurs clients, du simple respect des codes de déontologie professionnelle, qui se bornent le plus souvent à énoncer une liste de prohibitions et recommandations nécessaires pour faire un travail correct. Pour assumer les responsabilités d’une façon qui respecte la confiance dont nos clients nous investissent, nous devions pousser plus loin le questionnement concernant notre façon de pratiquer, le type de relations que nous engagions avec nos clients, et les conséquences que cela pouvait avoir sur la qualité du travail que nous menions avec eux.

Pour ces raisons, nous avons voulu que ce livre soit centré principalement sur le travail d’exploration et de déconstruction des contextes dans lesquels se manifestent les difficultés pour lesquelles nos clients viennent chercher un accompagnement. Nous avons souhaité également qu’il témoigne de nos tâtonnements et questionnements au fil de ce travail, explicitant les choix que nous avions opérés, les intentions qui les avaient guidés, de façon à mettre en lumière la nature des options éthiques et pratiques qui nous paraissent caractéristiques des différences propres à une approche narrative de l’accompagnement.

Catherine Besnard Péron et Béatrice Dameron

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