Entendre ce qui n’est pas dit
Une conversation sur l’absent mais implicite
Jean-Louis Roux

L’absent mais implicite est le sujet sur lequel Michael White travaillait avant sa disparition. Si l’on doit comprendre principalement que l’absent mais implicite est quelque chose de connu, mais implicite du point de vue de la personne dans l’histoire quelle donne à entendre au thérapeute, il n’appartient pas seulement de demander une description à la personne accompagnée, mais de l’accompagner à construire « un » sens à nouveau à partir d’une reconnaissance objective de l’intentionnalité du « critère » contenu dans l’absent mais implicite.

L’absent mais implicite est au croisement de plusieurs pratiques et de plusieurs auteurs : philologues comme Jerome Bruner, certains écrits de la Programmation Neuro Linguistique, Derrida, Oswald Ducrot et probablement d’autres. Dans les pratiques qu’il m’a été donné de mettre en œuvre, il y a en particulier ce qui ressort des présupposés de la programmation neuro linguistique et qui nous apprend à écouter ce qui est contenu dans le langage mais implicite.

Ce qui m’intéresse dans les similitudes que l’on trouve sur la notion de « sens » et « d’intentionnalité » comprise dans les principes des auteurs ayant publié ou écrit sur le sujet est L’hypothèse de départ qui construit « l’intentionnalité de sens » que l’absent mais implicite porte dans la construction d’un modèle porteur d’action et d’identité des personnes. Comme nous l’enseigne Michael White, la mise à jour de ce qui est connu mais oblitéré est la source de nouveau redéploiement de capacités à « être dans l’action » tout en valorisant le véhicule support de l’action, c’est-à-dire le paysage de « l’identité ».

Mais essayons de construire une base à l’écoute de ce qui est implicite dans le propos de la personne. Reprenons pour cela les principes de travail que la PNL nous propose sur l’idée de « présupposé » linguistique contenu dans le propos d’un interlocuteur, mais qui n’est pas livré dans le message oral du même interlocuteur. Il y a un lien effectif entre la pensée et le message délivré, mais il est préservé par une distorsion lors de la formulation du message. D’où de nombreuses incompréhensions.

La valeur et le critère les supports de la croyance.

Bruner exprime que dans l’écriture, ou le parler se trouve ce qui n’est pas dit, ce qui est donc implicite, mais audible puisque contenu dans la structure de l’implicite (la phrase dite). Quand une personne vous raconte ce pourquoi elle vient vous consulter, le pourquoi est contenu dans l’histoire et relève de l’absent mais implicite. La difficulté est d’entendre ce qui n’est pas dit. Se poser la question ou poser la question du sens est primordial, se poser la question de l’intentionnalité l’est également.

Entendre ce qui n’est pas dit est alors la compétence que nous devons avoir développée. Et quand vous me dites ça, est-ce bien de ça dont vous me parlez  Quand une personne emploi un mot descriptif, il n’a de sens que pour elle. Votre écoute vous alerte. Si vous ne pouvez pas en poser un kilo sur la table, alors questionnez le sens du mot auquel la personne attache de l’importance.

Bruner illustre cela de la manière suivante :

Il existe deux modes de fonctionnements cognitifs, deux modes de pensée, et chacun représente une façon particulière d’ordonner l’expérience, de construire la réalité. Tous deux, bien que complémentaires, sont irréductibles l’un à l’autre. Toute tentative de réduire l’un de ces deux modes à l’autre, ou d’ignorer l’un au profit de l’autre, aboutit inévitablement à ne pouvoir saisir la riche diversité de la pensée. En outre, chacune de ces manières de penser possède ses propres principes opératoires et ses propres critères de bonne conformation.

Le critère est la formulation de ce qui relie la personne à l’implicite, ce à quoi elle résiste. Il est le mot à repérer dans la construction de la phrase contenue dans l’histoire racontée. Repérer, trouver le critère est une question d’entraînement mais aussi de connaissance de la construction linguistique de la parole. Les critères sont des nominalisations (mots comme « liberté », « franchise », « confiance », etc.) qui se répètent et qui sont accompagnées par des « ponctuations » non verbales qui signalent leur importance (gestes ou mouvements de renforcement, pauses, changements de volume ou de tonalité de la voix, etc.)

Le critère est ce qui fait référence à l’expérience, il est la clé de l’interprétation de l’expérience et de la construction du récit au travers du filtre qu’il représente et de la multitude d’expériences que nous validons chacun dans notre quotidienneté. Elles diffèrent radicalement (les histoires) en ce qui concerne leurs procédures de vérification. Je me souviens d’une conversation avec une personne qui en réponse à une de mes questions, mit dans sa réponse le mot « fierté ». Je lui demandai en quoi la fierté était importante pour elle, et en quoi elle avait contribué à son projet (écrire dans un livre) ? La personne ouvrit aussitôt un accès à la contribution de la « fierté » à son action et au renforcement de son identité.

Ce que nous dit encore Bruner, c’est « qu’une bonne histoire et une argumentation bien menée appartiennent à des genres naturels différents ».
En fonction que l’on écoute l’histoire ou que l’on écoute l’histoire en lien avec l’implicite et le critère qui le portent, nous n’accédons pas aux mêmes références ayant construit l’histoire. Les présupposés en PNL sont contenus dans la structure de la phrase et sont toujours inaudibles, sauf à traduire le ressenti du thérapeute dans une posture décentrée servant ici à l’écoute de la réponse de la personne

Les présupposés sont de trois sortes :

-Ceux qui renvoient surtout à des valeurs et qui, de ce fait, fondent des attitudes (présupposés d’ordre axiologiques qui relèvent du savoir être, sinon du « devoir être »)
-Ceux qui donnent les principes théoriques et qui servent de guide à l’élaboration des connaissances (présupposés d’ordre axiomatique qui structurent le savoir)
– Ceux qui formulent des impératifs pratiques uniquement soucieux d’efficacité (présupposés d’ordre praxéologique relevant d’un savoir faire).

On peut s’accorder que le croisement de ces présupposés soient contenus dans ce qui compose l’implicite, tout du moins ce qui permet le récit construit et qui lui donne sa structure. Cette structure s’appuie sur des savoirs qui peuvent être différents, mais implicites pour la personne et limitants dans la mise en mouvement d’une approche identitaire porteuse d’actions.

On aura alors une zone de développement proximale difficilement accessible, c’est-à-dire que son caractère intériorisé par la personne ne lui laisse pas la possibilité de voir la confusion dans laquelle elle se trouve quand elle exprime ce qui l’amène à consulter.

L’on peut faire ici référence à des principes théoriques (axiomatique) et à l’approche systémique du comportement.

– Le corps et l’esprit sont les aspects d’un même système cybernétique qui opère en tant que totalité.

– Les individus disposent de deux niveaux de communication – conscient et inconscient – interdépendants.

– Tout individu cherche à assurer sa cohérence subjective.

Pour poursuivre sur le système d’information au travers des propos de Bruner, « Les règles communes à tous systèmes d’information, qui sont confus, ambigus et sensibles au contexte, et qui sont des activités où la construction de systèmes extrêmement « flous » et métaphoriques est tout aussi importante que l’utilisation de catégories nettement spécifiables pour trier des données introduites afin d’obtenir des résultats compréhensibles. Certains computationalistes, convaincus a priori que la construction de la signification peut être réduite aux stipulations de l’Intelligence Artificielle, n’ont de cesse de chercher le moyen de prouver que la confusion qui règne dans la construction du sens n’est pas hors de leur portée. Il leur arrive même de qualifier, non sans humour, les modèles universels complexes de « TOEs », abréviations de « théories of everything ». Pourtant, même s’ils n’ont pas beaucoup progressé dans leur entreprise et, comme beaucoup le pensent, s’ils n’ont aucune chance d’y parvenir, le travail qu’ils fournissent est très intéressant, ne serait-ce que parce qu’il met en lumière ce qui sépare la construction de la signification du traitement de l’information.

Cette dernière notion que nous donne ici Bruner, met en avant que la construction d’une histoire peut être différente de la manière dont la personne en fait un récit. Je prendrai ici un exemple : si une donnée devait être codée en un moment donné, comme le ferait un système computationnel, la donnée introduite ne devrait laisser place à aucune ambigüité. Ce n’est bien sûr pas possible avec les hommes et les femmes que nous sommes. Qu’arrive-t-il si une donnée (comme cela se produit dans le cas d’élaboration de la signification telle que la pratiquent les hommes) doit être codée en tenant compte du contexte dans lequel elle a été rencontrée ?

Bruner nous donne un exemple simple à partir du mot « nuage » supposons que le mot nuage soit introduis dans un système. Le mot devra être compris dans son acception « météorologique » ? Doit-il être compris comme la traduction d’un « état d’esprit » ou s’agit-il d’autre chose encore ? Le caractère de sens du mot donne au thérapeute de quoi questionner la personne sur le sens que le mot revêt dans sa représentation et /ou la valeur que la personne attache à ce mot et à l’émotion qu’il véhicule. Je donne ci-dessous un exemple de ce qui peut aider à comprendre comment les présupposés sont audibles dans l’écoute que l’on peut avoir de la construction d’une phrase.

Les présuppositions

Les présuppositions correspondent à ce qui n’est pas dit dans une phrase. Ce que je dis : ‘Robert a quitté le bureau; ce que je ne dis pas, mais qui est présupposé : ‘Robert était au bureau’. N’étant pas dites, elles ne peuvent donc pas être contredites…. Elles peuvent être de plusieurs natures : collectives ou individuelles, volontaires ou involontaires (cf. Oswald Ducrot, « Dire et ne pas dire », Ed. Hermann).

Collectives et involontaires, ce sont des manifestations spontanées qui portent les traces des croyances collectives : voir par exemple, l’image de l’homme ou de la femme tels qu’elles sont véhiculées par la publicité. Collectives et volontaires, il s’agit de rhétoriques connotatives qui sont des phrases dont le sens premier (dit) a disparu au profit du sens présupposé (non-dit) : ce sont, par exemple, les formules de politesse.

Les manœuvres stylistiques : présuppositions individuelles volontaires. Elles correspondent aux messages implicites que l’on cherche parfois à faire passer : « tu ne trouve pas qu’il fait un peu frais » : pour que l’autre entende : « je voudrais que tu fermes la fenêtre ». Elles sont intéressantes à utiliser consciemment dans le travail de thérapeute, voici quelques exemples :

Retrouvez la dernière fois où vous avez été en contact avec cette « ressource » présuppose qu’il est possible de retrouver (à la différence de « essayer de ») et qu’il y a eu d’autres fois où la personne a utilisé cette ressource. (Je fais ici, un aparté au risque de comparer avec l’absent mais implicite de la narrative qui va interpeller le verbe non spécifique en questionnant l’action exprimée avec le verbe non spécifique et rechercher l’expertise de la personne dans son contraire).

« Vous allez continuer à progresser » implique que l’on a déjà accompli des progrès. Quelle ressource est la mieux adaptée ? Implique que l’on a plusieurs ressources et plusieurs qui peuvent être adaptées. « Je n’ai pas bien compris » dont les présupposés sont différents de « vous n’avez pas été clair ».

Les manifestations des croyances : présuppositions individuelles volontaires

Ce sont des présuppositions qui correspondent à ce quelqu’un doit tenir pour vrai afin de pouvoir penser ou agir comme il le fait, ou pour dire ce qu’il dit. Elles constituent la trace du modèle dans le méta-modèle, car elles représentent la marque linguistique des croyances et permettent d’y conduire.

Elles peuvent être décodées à trois niveaux :

1 – niveau purement linguistique

A ce niveau on trouve les présuppositions d’existence (liées aux noms), les présuppositions de faisabilité (liées aux verbes) et les présuppositions de relation ou de cause-effet (liens entre verbes et noms).

Exemple : les hommes marchent à l’ombre du mur.

Existence : hommes (au moins deux), ombre, mur
Faisabilité : marcher (verbe spécifique)
Relation : les hommes peuvent marcher ; un mur peut faire de l’ombre ; il est possible de marche à l’ombre ; il est possible de marcher à l’ombre d’un mur, il est possible de marcher à l’ombre d’un mur pour ces hommes.

Ce qui rend la phrase « les avions marchent à l’ombre du mur » ridicule est le premier présupposé de relation « les avions peuvent marcher » n’existe pas.

La prise de conscience des présupposés linguistiques permet souvent de questionner des éléments donnés par l’interlocuteur comme allant de soi.

2 – Niveau de ce qui est hautement probable

Ce niveau correspond à ce qui peut logiquement être déduit de ce qui est dit : «  il ne savait pas quoi penser de moi » présuppose qu’avant, cette personne savait quoi penser de moi. « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Présuppose que je peux faire quelque chose pour l’autre (et donc que j’ai des compétences), alors que « est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? », ne contient pas du tout de présupposés. A ce niveau, il est important de se limiter à ce qui peut être directement déduit des mots de façon à ne pas sombrer dans l’interprétation sauvage. Souvent, il est intéressant de répondre à quelqu’un directement à ce niveau de présupposés.

3 – Niveau des croyances (interprétation plus globale)

Nous nous trouvons directement dans l’élicitation du libellé des croyances, c’est-à-dire dans la recherche à partir de plusieurs présuppositions de deuxième niveau de nouvelles présuppositions plus globales correspondant à ce que la personne doit croire vrai pour pouvoir dire un vaste ensemble de choses simultanément.

Oswald Ducros nous dit : « que les langues auraient pour origine première l’effort de l’humanité pour représenter la « pensée », pour en constituer une image perceptible, un tableau : l’acte de parole s’expliquerait alors essentiellement, comme l’acte d’une pensée qui cherche à se déployer en face d’elle-même pour s’expliquer et se connaître ».

Si nous reprenons notre discussion sur ce qui construit « l’absent mais implicite », il me paraît intéressant de faire un détour par le travail d’Oswald Ducrot, linguiste, pour comprendre ce que la linguistique peut nous faire expliquer de la gymnastique que nous devons mettre en place pour écouter les autres avec autre chose que nos deux oreilles.

Oswald Ducrot nous dit : « que les langues auraient pour origine première l’effort de l’humanité pour représenter la « pensée », pour en constituer une image perceptible, un tableau : l’acte de parole s’expliquerait alors essentiellement, comme l’acte d’une pensée qui cherche à déployer en face d’elle-même pour s’expliquer et se connaître ».

La compréhension de l’implicite en passe par la construction de la phrase. J’essaierai modestement de vous faire de mes lectures des écrits de Jacques Derrida sur le sujet de la construction au travers des ses réflexions présentant dans un petit ouvrage « la voix et le phénomène » – PUF. Je trouve ce titre en soi significatif de ce que l’écoute nous engage à faire. Écouter la voix et sa conséquence « le phénomène »

Abordons ici l’implicite et les présuppositions.

Saussure nous dit : de déclarer que la fonction fondamentale de la langue est la communication.

La linguistique comparative du XIXème siècle :

« Les langues auraient comme origine première l’effort de l’humanité pour représenter la pensée », pour en constituer une image perceptible, un tableau : l’acte de parole s’expliquerait alors essentiellement, comme l’acte d’une pensée qui cherche à se déployer en face d’elle-même pour s’expliquer et se connaître ».

Ce qui ressort de cet acte de parole « c’est que la communication transparait lorsqu’on compare la langue à un code, c’est-à-dire à un ensemble de signaux perceptibles qui permettent d’avertir de certains faits qu’il ne peut percevoir directement ».

Affirmer c’est informer autrui de ce qu’on sait ou de ce que l’on croit. Se plaindre, injurier, c’est informer d’une peine ou d’une colère que l’on éprouve. On peut retrouver ici, l’expression de l’histoire saturée par le problème. Elle peut être dans le contenu de l’énoncé mais par formellement expliciter.

En réalité la langue est un jeu, ou, plus exactement comme posant les règles d’un jeu, et d’un jeu qui se confond largement dans l’existence quotidienne.

Dans son travail Oswald DUCROT nous dit que la langue est fondée sur tout un dispositif de conventions et de lois, qui doit se comprendre comme un cadre institutionnel réglant le débat des individus. Étonnant, non ?

Les langues naturelles sont des codes, destinés à l’information d’un individu à un autre, c’est admettre du même coup que tous les contenus exprimés grâce à elles sont exprimés de façon« explicite »

L’information explicite que nous donne la personne est une information encodée. C’est pour nous tous ce qui nous fait entendre une information manifeste. Cette information nous est donnée comme telle. « Ce qui est dit dans le code est totalement dit, ou n’est pas dit du tout ».

Quant les gens nous parlent, il y a un besoin de dire certaines choses, et de pourvoir faire comme si on ne les avait pas dites, de les dire, mais de façon telle que l’on puisse refuser la responsabilité de leur énonciation.

L’implicite va avoir une fonction dans les relations sociales. Je pense qu’il en est de même dans la relation qui s’établit entre le praticien et la personne qui le consulte.

Oswald DUCROT en décrit deux aspects :

Dans un premier temps :

L’intervention de l’implicite dans les raisons sociales tient d’abord au fait qu’il y a, dans toute collectivité, même dans la plus apparemment libérale, voire libre, un ensemble non négligeable de tabous linguistiques. On n’entendra pas seulement par là qu’il y a des mots qui ne doivent pas être prononcés, ou qui ne le peuvent que dans certaines circonstances strictement définies.

Il y a comme cela des thèmes entiers qui sont frappés d’interdits et protégés par une sorte de loi du silence (il y a des formes d’activités, des sentiments, des évènements, dont on ne parle pas). Pour chaque locuteur, dans chaque situation particulière, différents types d’informations qu’il n’a pas le droit de donner, non quelles soient en elles mêmes objets d’une prohibition, mais parce que l’acte de les donner constituerait une attitude considérée comme répréhensible.

Voyez-vous apparaître ceux qui pourraient être en lien avec les valeurs et les croyances des personnes ?

Pour telle personne, à tel moment dire telle chose, ce serait se vanter, se plaindre, s’humilier, humilier l’interlocuteur, le blesser, le provoquer… etc. Dans la mesure, ou il devient urgent de parler des ces choses, il devient nécessaire d’avoir à sa disposition des modes d’expressions implicite, qui permettent de laisser entendre sans encourir la responsabilité d’avoir dit.

Dans un deuxième temps :

Une autre origine possible du besoin d’implicite tient au fait que toute affirmation explicitée devient, par cela même, un thème de discussion possible. Tout ce qui est dit peut être contredit. De sorte qu’on ne saurait annoncer une opinion ou un désir, sans les désigner du même coup aux objections éventuelles des interlocuteurs. Comme il a été souvent remarqué la formulation d’une idée est la première étape, et décisive, vers sa mise en question.

En clair pour qu’une croyance s’exprime elle doit trouver un terrain d’écoute qui ne l’étale pas, et qui n’en fasse pas un objet assignable et donc contestable. C’est pourquoi l’existence d’un parler implicite, à l’existence d’une certaine utilisation du langage qui ne peut pas se comprendre comme un codage, c’est-à-dire comme la manifestation d’une pensée, en elle-même cachée, au moyen de symboles qui la rendent accessible.

Cette manière de s’exprimer permet une utilisation du langage qui ne révèle pas du codage, cela ne prouve cependant pas que le langage lui-même est autre chose qu’un code. Ducrot discerne deux catégories des procédés d’implication.

Ceux qui se fondent sur le contenu de l’énoncé, et ceux qui mettent en cause le fait de l’énonciation.

L’implicite de l’énoncé : c’est un procédé banal pour laisser entendre les faits qu’on ne veut pas signaler de façon explicite, et de présenter à leur place d’autres faits qui peuvent apparaître comme la cause ou la conséquence nécessaires des premiers.

  • On dit qu’il fait beau pour faire savoir que l’on va sortir.
  • On parle de ce que qu’on a vu dehors pour faire savoir qu’on est sorti.

Une variante utilisée par la publicité et la propagande consiste à présenter un raisonnement qui comporte, comme prémisse nécessaire, mais non formulée, la thèse objet de l’affirmation implicite.

L’implicite fondé sur l’énonciation

Oswald Ducrot aborde dans cette partie de son livre ce qu’il appels les « sous entendus » du discours. A ce stade nous pouvons faire un lien avec les présupposés[1] de la PNL.

« L’acte de prendre la parole n’est en effet, au moins dans les formes de civilisations que nous connaissons, ni un acte libre, ni un acte gratuit ». « Il n’est pas libre, en ce sens que certaines conditions doivent être remplies pour qu’on ait le droit de parler, et de parler de t’elle ou de telle façon »

 Je passerais sous silence les descriptions de certaines formes d’implicite pour venir vers un exemple que j’emprunte à Oswald Ducrot dans un des chapitres de son livre «  la notion de présupposition : l’acte de présupposer »

L’acte de dire quelque chose revient à faire de l’énoncé à présupposés une expression à valeurillocutoireNous partirons de l’idée que la plupart des phrases prononcées se donnent en parties intégrantes d’un discours plus large, comme continuant l’échanges des paroles qui les a précédées(elles sont alors réponses, objections, confirmations…) et d’autre part comme appelant un débat ultérieur, comme demandant à être complétées, confirmées, compensées, à servir de base à des déductions….A partir de là le contenu de la phrase est plus large que le phrase elle même et contient une représentation plus large de l’énoncé. Mais, cette représentation de l’énoncé n’est pas dite.

Cette gymnastique de l’esprit permet de compléter l’écoute du praticien par une lecture des mots définissant une structure de la présupposition contenu dans l’énoncé mais implicite.

Je vais continuer cette série d’article en abordant le sujet de l’absent mais implicite en compagnie de Jacques Derrida. A bientôt.

Pour approfondir ce sujet je vous renvois à la lecture d’Oswald DUCROT – Dire et ne pas dire – principes de sémantique linguistique – Collections savoir : sciences – Edition HERMANN

 

Une réflexion au sujet de « Entendre ce qui n’est pas dit
Une conversation sur l’absent mais implicite
Jean-Louis Roux
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