L’ÉPOPÉE DES CHEVALIERS BLANCS

Sans titrePar Martine Compagnon

Une équipe dédiée aux Systèmes d’Information change d’identité professionnelle
Comment, d’architectes et chefs de projets, négocier le passage à assistants de l’un des Big Five, en gardant la créativité, l’astuce, le plaisir… présents jusqu’à aujourd’hui ?

J’interviens régulièrement depuis 4 ans, dans une entreprise industrielle française : pour former des experts ou équipes R&D à la Résolution Créative de Problèmes ; pour animer des séminaires de direction avec, entre autres, des outils et techniques issues de la pensée créative. La créativité et l’innovation sont en effet inscrits dans les axes stratégiques de ce groupe. Les responsables d’équipes Architecture / EDI, MOA et la responsable RH qui les accompagne, ont pensé à moi lorsqu’ils ont décidé, à l’orée d’un changement stratégique, d’organiser une journée de séminaire avec 20 collaborateurs.

Vous conceviez ? J’en suis fort aise. Et bien, assistez maintenant…

Le bouleversement qui se profile, est la décision de basculer d’un SI « maison » développé au fil des années, à un progiciel de gestion de donnés existant, qui sera configuré par un cabinet expert mondial en implantation de Solutions informatiques.
Les Maîtres d’Ouvrage et développeurs présents sont donc invités à tenir désormais le rôle d’Assistants Maîtres d’Ouvrage auprès des consultants retenus. Qu’est-ce que cela changera concrètement pour eux demain ? Comment le vivront-ils ?
Les responsables de l’équipe SI se demandent comment donner à l’équipe un temps d’avance, pour lui permettre dans ces conditions de garder l’esprit inventif qui la caractérise. Ils me contactent pour un séminaire d’outils de pensée créative.

Un écheveau de laine bleu pour affronter les dangers

A l’écoute du contexte, il me vient immédiatement à l’esprit un des plus vieux contes connus, inscrit il y a 4000 ans sur des tablettes d’argile. Kessi le chasseur doit affronter l’inconnu. Avant de partir, sa mère lui confie un talisman, un écheveau de laine bleu.
J’ai envie de leur proposer une journée « talisman » : à l’aube de leur traversée de l’inconnu, qu’est-ce qui fera office de protection ? Quels sont les atouts, les forces, dont ils disposent, qu’ils ont déjà éprouvés dans des circonstances comparables, et qu’ils pourront mobiliser pour vivre au mieux cette période mouvementée de 3 ou 4 ans ?

Sept (comme dans les contes) étapes pour faciliter le voyage en terre inconnue
Nous concevons donc un déroulé en 7 étapes. Je suis aidée par des membres de mon club de vie narratif : Pierre Blanc-Sahnoun, Fabrice Aimetti, fin connaisseur des méthodes AGILE qui m’aide à faire des ponts, Elizabeth Feld et les membres du groupe de supervision…
• Découvrir la genèse de la journée
La « responsable en chef » et moi racontons notre rencontre et je leur donne la trame du conte, le cheminement qui nous conduit à ce programme.
• Partager notre vision de l’avenir, grâce à un photolangage.
L’exercice, individuel, aboutit à une vision en demi-teintes plutôt que « noire » : lointain, flou, cher, gris, incertain et risqué mais aussi excitant, source de découverte, occasion de solidarité, équivalent d’une mission vers la lune « parce que les rêves les plus fous sont réalisables »…
• Partager en petits groupes nos histoires préférées de traversée réussies de situations comparables, et des atouts / astuces dont nous avons fait preuve.
Après le retour des petit groupes, dans lesquels les responsables étaient intégrés, je demande aux deux managers et à la responsable RH de bien vouloir jouer le rôle de témoins extérieurs. Nous entendons des paroles emplies d’émotions.
A cette occasion, j’apprends que l’équipe vit en cette journée l’anniversaire de la disparition de l’un des équipiers. J’ai alors l’intuition d’accueillir explicitement cette personne dans la salle et de la remercier d’être avec nous dans cette journée de travail qui célèbre les succès passées. Merci, la Narrative, qui rend si facile, si « possible », la présence des personnes disparues et encore présentes. Je ne me sens pas déstabilisée et je vis cette soudaine émotion collective comme une aide apportée à la communauté.
La mise en commun, sous forme de mots-clefs, est retraduite durant le déjeuner sous la forme d’un poème ‘L’épopée des Chevaliers Blancs ». L’image de Chevalier Blanc est née du retour de l’un des témoins.
• Après le déjeuner, prendre connaissance du poème qui célèbre nos puissances
Le silence qui accueille la fin du texte me dit leur émotion… « Belle synthèse ! », « On va l’avoir ? », « Peut-on le traduire en anglais ? ». Puissance toujours éprouvée du retelling !
• Chercher les moyens, collectifs et individuels, de multiplier, déployer les atouts listés le matin.
Je réponds à la demande initiale en proposant à deux groupes d’y réfléchir via deux outils créatifs de production d’idées : un « remue-méninges écrit » et un « sénat ».
Les rires fusent, les deux groupes ont des idées et en pré-sélectionnent 10 à 12 qu’ils mettent ensuite en commun.
• Ecouter quelques apports en lien avec nos pistes d’action
Les idées abordées me donnent envie de rebondir sur des thèmes comme la Communication Non Violente…
• En conclusion, nous donner chacun un talisman personnel :
comment puis-je prendre soin de moi et m’appuyer sur une compétence que je possède, dans les semaines à venir ?

Pour ancrer cette attention à soi, j’invite chacun à venir, empli de son intention, choisir un petit bracelet / objet de perle à garder à portée de main.

Au final de cette rencontre, la responsable RH souhaite proposer un séminaire teinté de narrative à l’équipe RH, l’une des responsable se dit « inexplicablement vivifiée quoique épuisée par la journée » et les sourires présents, le tour de clôture, me disent que les personnes repartent nourries de rire, de solidarité et de tranquillité.

Bonus d’apprentissage : j’avais tout d’abord prévu que les personnes se présentent à moi à l’ouverture, en tirant au sort un petit objet décalé. Je le fais souvent en démarrage de formation à la Résolution de Problème Créative. Mais dans l’idée d’une journée où j’en sais bien moins qu’eux sur ce dont ils sont capables, j’opte au final par une « simple » tournée systématique de « serrage de main », yeux dans yeux, pour me présenter et entendre vraiment le prénom de chacun, une fois que nous sommes installés et que la manager m’a présentée. La justesse de ce moment me nourrit encore !

2 réflexions au sujet de « L’ÉPOPÉE DES CHEVALIERS BLANCS »

  1. Merci, Martine!

    Pour ce beau partage inspirant.
    On ne sait jamais qui va participer à nos interventions…

    J’aime bien l’idée de talisman à l’aube d’une traversée identitaire. C’est très porteur!

  2. Merci Martine pour ce voyage décrit et partagé qui vient soutenir le coaching narratif / créatif en entreprise .

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