MAYFLOWER

Avec l’aimable autorisation de notre ami Thierry Groussin, compagnon de route de la Fabrique Narrative depuis le début, éditeur de la revue « Commencements » et auteur du recueil « les ombres de la caverne », nous reproduisons ici la première partie d’un article publié récemment dans son blog, Indisciplines intellectuelles.

Quand les pèlerins du Mayflower ont émigré vers le Nouveau Monde, ils savaient ce qu’ils quittaient – leur pays natal et les persécutions du roi Jacques Ier. Mais, même s’ils s’en faisaient une vague idée, ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils allaient trouver de l’autre côté de l’océan et sans doute la vie qu’ils y vécurent fut-elle fort différente de celle qu’ils avaient imaginée. Cependant, nourris de la lecture de la Bible, ce qui les mettait en mouvement, ce qui nourrissait leur projet d’une charge symbolique, c’était un récit qu’ils avaient fait leur: celui du peuple juif à la recherche de la Terre Promise. Nos sociétés sont aujourd’hui dans une situation quelque peu analogue à celle de ces pèlerins du XVIIème siècle: sur le rivage où elles se sont installées, la vie devient impossible. Mais l’autre rive est noyée dans les brumes du futur, invisible, inimaginable. La différence, qui constitue notre handicap, c’est que nous ne sommes portés par aucun récit, par aucune Promesse qui nous donne l’envie de «traverser les grandes eaux». Notre différence, aussi, c’est que l’autre rive n’est pas un espoir à rejoindre au delà de l’horizon, elle est à créer là où nous sommes.Lire la suite

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