La confiance en soi, histoire de performance ou de liberté ?

Par Mathilde Friedberg

Le 30 novembre dernier j’ai eu le plaisir de co-animer une conférence « Etre soi-même en confiance » autour de notre livre sur la confiance en soi, avec mes chers
co-auteurs Bertrand Baudez, Mélanie Blanc-Jouveaux et Géraldine Brossier.

Je prolonge ici la réflexion et les échanges qui nous avons eus avec les participants.
Qu’est-ce donc que la confiance en soi, pour que nous cherchions à « en avoir » toujours plus ? Un atout pour se sentir plus adéquat ou plus enviable, face à l’injonction à la performance ? Un miroir tendu à l’obsession du contrôle de l’image de soi ? Une antidote à cette peur du ridicule qui surgit parfois, et nous relègue à l’écart ?

Comment nous construisons-nous une histoire dominante de Manque de confiance en soi et d’insuffisance ? Dans la vie de chacun, certains épisodes vécus douloureusement nous blessent et captent notre attention. Nous les récupérons pour bricoler des histoires d’insuffisance, qui font écho à la culture de la performance et alimentent des conclusions péjoratives sur nous-mêmes : Je n’ose pas, je suis illégitime, ridicule, pas assez ceci ou pas assez cela.

1. Que nous disons-nous en nous-mêmes quand nous avons le sentiment de manquer de confiance en nous ? Quelle vision du monde et de vous même vous suggère alors « Manque de confiance en soi » ?

Grâce aux réponses à ces questions, nous avons découvert de quoi ce mot-valise est rempli : « Je vais encore avoir l’air ridicule, j’ai les jambes qui flageolent, je n’ai rien à dire, ça y est, je rougis, j’ai honte ; je ne suis nulle part à ma place ; comparé aux autres, je suis moins intéressant-e; les autres vont se rendre compte que je suis nulle… »
Face l’emprise du Manque de confiance en soi, que peut donc offrir la lecture d’un simple livre (d’un livre simple aussi), sinon ouvrir modestement des pistes, proposer une autre promenade à son lecteur ? Lui offrir un tour en ULM, pour découvrir la possibilité d’un regard de biais, d’une modification imperceptible de sa perception de lui-même et des autres. Une invite à prendre de la hauteur. Commencer à reconsidérer l’influence laissée à « Manque de confiance » dans notre vie. Si le livre propose une excursion, le lecteur dispose de son itinéraire.
Réinterroger cette notion de confiance en soi à la lumière des pratiques narratives nous porte à nommer et mettre à distance le « Manque de confiance en soi » qui agit sur nous : à observer ses ruses et ses alliés, pour à notre tour, mieux le cerner, pouvoir agir sur lui, et ouvrir un espace qui nous permette de commencer à agir en direction de nos espoirs.

2. Confrontés à un Manque de confiance en soi, quels sont les moments où nous avons pu le surmonter ?

Répondre à cette 2ème question, c’est découvrir que nous ne sommes pas réduits à nos histoires de manque de confiance en soi, qui racontent de chacun une histoire mince, amoindrie de nous-mêmes. L’enquête guidée en binôme, la description, détaillée, riche, rendue visible, ancrée dans le réel, d’un moment où j’ai réussi à surmonter un manque de confiance en moi permet de commencer à faire émerger une histoire « préférée ».
Nous dégageant d’une identité figée, univoque, marquée du sceau du Manque de confiance (en soi, en l’autre) nous redevenons, en nous reliant à nos histoires préférées, des êtres multi-histoires plus mobiles, plus forts car accordés aux valeurs que nous incarnons dans notre vies, que ceux qui comptent pour nous incarnent aussi, et qui participent à ce qu’il y a de plus vivant en nous.
Le fardeau du Manque de confiance en soi perd alors de sa capacité à nous sidérer par sa lourdeur. Nous commençons à nous intéresser davantage à une malle aux trésors, là, où scintillent des pépites : les indices de nos histoires préférées, les fines traces de nos ressources qui se manifestent comme valeurs, don, relation, faculté d’action et promesses.

3. Remplissons la malle aux trésors de nos pépites

• Quelles sont vos ressources dans la relation à soi ?
Quelle vision de vous-même aviez vous après avoir surmonté cela, quels espoirs cela vous a donné, pour vous, pour votre vie ? En agissant ainsi (citer l’action) sur quelles valeurs importantes pour vous, vous êtes-vous appuyé ?
• Quelles sont vos ressources dans la relation au monde ?
Comment vous avez fait pour prendre de la distance vis à vis du manque de confiance en soi ? Sur quelles forces, sur quels savoirs-être naturels chez vous, sur quels savoir-faire avez-vous pris appui ?
• Quelles sont vos ressources dans la relation aux autres ?
Qui ont été vos alliés pour surmonter votre manque de confiance en vous ?
En conclusion, quel titre/nom donneriez vous à cette nouvelle histoire préférée ?

4. La beauté – l’âme de nos histoires préférées

Nous pouvons maintenant chercher comment nos histoires préférées résonnent à la beauté à laquelle nous aspirons, beauté qui revêt pour chacun des expressions et des couleurs particulières.
Beauté dans la relation à soi : Quelles sont mes plus beaux souvenirs ? Qu’est-ce que je trouve (de) beau en moi ? quelles qualités, bizarreries, vulnérabilités, quels espoirs ?
Beauté dans la relation au monde : Comment j’embellis le monde, je contribue à sa beauté? Comment j’honore mes limites, le cadre et l’environnement qui me convient ?
Comment je m’accorde le plaisir d’apprendre, et le droit de faire des erreurs ? Comment je me les pardonne, comment je me remets en chemin ?
Beauté dans la relation aux autres : Qui m’embellit ? (à ce sujet, je vous invite à lire le bel article de Dina, L’œil d’amour, dans « Les pratiques de l’Approche narrative »). Qui j’embellis ? J’aime aussi particulièrement cette question : Qu’est-ce que cette personne chère, si elle se voyait à travers mes yeux, apprécierait d’elle-même, et qu’elle n’aurait pas vu si elle ne m’avait jamais connu ?

L’approche narrative m’a transmis une dynamique de questionnement au service d’une quête minutieuse des beautés singulières qui s’entrecroisent en chacun, dans une position de flâneur d’où l’on s’étonne, passant d’une carte à l’autre, de la beauté et de la force de nos relations à soi, au monde et aux autres. Si l’on pouvait résumer son invite, son credo concernant la confiance en soi, pour moi ce serait quelque chose comme « N’empêchez pas la musique » (Ecclésiaste, 32,5). Parfois, le manque de confiance en soi, en l’autre, en la vie, est une « basse continue » un fado pour nos valeurs préférées mais négligées, si présente qu’elle nous empêche de percevoir et d’honorer d’autres musiques de la vie en nous, et d’y prendre notre part.

C’est en essayant de la recouvrir de rengaines convenues que l’on perd confiance en soi.
Cette basse continue, pour peu que nous lui témoignions considération et auto-compassion, pour peu que nous nous accordions à elle, nous pourrions presque nous permettre de chanter dessus un air bien à nous, et de l’apaiser.
En la faisant résonner avec celle des autres, elle nous aura même finalement permis d’échanger ensemble sur la confiance en soi avec Géraldine, Mélanie, Bertrand, et aussi Dina – et vous tous que je remercie… en chantant – hommage à Johnny en passant par Björk : « Chanter, c’est honorer l’oxygène ».

3 réflexions au sujet de « La confiance en soi, histoire de performance ou de liberté ? »

  1. Merci pour cette illustration très intéressante du questionnement narratif dans le traitement de cette thématique, pour ce partage qui résonne joliment en ce début d’année.
    Bien à vous tous

  2. Oui, c’est souvent un beau chemin qui s’ouvre avec cette question – elle m’est parvenue grâce à Julien Betbèze. Amitiés.

  3. Merci pour ce texte et cette question qui va m’accompagner en ce 1er mois de l’année: Qu’est-ce que cette personne chère, si elle se voyait à travers mes yeux, apprécierait d’elle-même, et qu’elle n’aurait pas vu si elle ne m’avait jamais connu ?
    Et je m’en vais relire les écrits de Dina…
    Françoise

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