Un autre regard sur les idées noires

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Charlotte Crettenand (Trame Narrative) a attiré mon attention sur le projet de Joel Glenn Wixson, le Mile Wide Project. Je n’en sais pas beaucoup plus sur le projet lui-même, ni sur Joel, qui est psychologue clinicien, mais j’ai trouvé que ce qu’il disait était très intéressant et narratif. Charlotte m’a répondu : « Normal, c’est un praticien narratif ! ».

Le projet se donne comme objectif de changer les conversations thérapeutiques  autour du suicide et des idées noires, sur la base d’une performance musicale. Car Dr Wixson est aussi musicien. Son projet combine sa pratique musicale, sa pratique thérapeutique, et sa propre expérience de l’invitation au suicide.  Il a donc écrit et enregistré une chanson sur le suicide que vous pouvez écouter en lançant cette vidéo. Evidemment c’est en anglais !
Sur une 2ème vidéo, il explique ses intentions et voici à peu près ce qu’il dit (merci beaucoup à Pierre Nassif pour avoir capté les mots qui me manquaient et permis de traduire l’intégralité du discours) :

« Le nom de ce projet vient d’une image, celle de la distance (mile wide) qu’on doit installer entre les invitations à se tuer et l’opportunité de tuer ce projet, qui doit être assez grande pour éviter le passage à l’acte. Même si les raisons qui ont fait que je suis resté en vie sont surtout arbitraires, j’espère que ces mots, ces idées, ce projet, peuvent créer un espace où chacun pourra contempler sa vie et la vivre jusqu’au bout. Tout est basé sur ma propre expérience ; j’ai connu ces voix dévastatrices et ces invitations, je suis resté en vie et voilà qu’aujourd’hui je me tiens debout devant vous pour ce show. C’est la première fois de ma vie que je peux ainsi relier ma musique et la thérapie, c’est un immense rêve pour moi. Je veux témoigner du fait que j’ai été capable de faire ce chemin. Quand on croise sur sa route des choses aussi difficiles et qu’on arrive à passer de l’autre côté, on transporte, du fait de s’en être sorti, des savoirs et de la sagesse qu’il faut partager avec les autres.
La question n’est pas d’arrêter de souffrir, la question, c’est de réaliser que la souffrance est le signe de quelque chose d’extraordinaire. C’est l’opportunité d’explorer et de comprendre qui on est, c’est réaliser que vivre est pleinement intentionnel et découvrir la relation qui existe entre la souffrance et ce qui compte pour soi. La question n’est pas de positiver, la question, c’est de réaliser que ce qui est si difficile pour soi reflète des choses précieuses. On peut tout garder, même la tristesse. La tristesse est importante !
Alors, quand des personnes viennent vous voir avec la souffrance du désespoir, réalisez que leur souffrance est la marque de leurs passions, et vous qui recevez ces personnes qui souffrent, gardez les deux, la souffrance et la passion. Il ne faut pas croire que c’est un truc qu’il faut réparer, qu’il faut leur enlever, dont on doit les débarrasser. Il ne faut pas penser que ça doit s’en aller. Ca ne doit pas s’en aller. Ce doit être conservé et honoré, respecté.
Alors, respectons les gens autour de nous. Respectons la façon dont nous composons une même large communauté, capable de créer une immense quantité d’amour et d’attention aux autres. Je m’éloigne de l’endoctrinement de la peur et de cette forme d’inquiétude éprouvée face à ceux qui broient du noir ,au lieu de se réjouir du fait qu’il y a chez eux des choses à quoi ils accordent une importance telle que c’est capable de les faire se sentir si mal ; c’est quelque chose de merveilleux ! »

Joel a accepté que sa chanson soit traduite en français. C’est Pierre Nassif qui se propose de le faire, aidé de Lou Sarabadzic. Mais ça va prendre un peu de temps, celui qu’il faut pour respecter le plus possible la poésie du texte.
Catherine Mengelle

3 réflexions au sujet de « Un autre regard sur les idées noires »

  1. C’est magnifique !
    Cela me touche d’autant plus que j’ai eu récemment une conversation avec une proche qui s’est épanouie dans ce sens. Nous avons regardé sa souffrance, ses idées et questionnements perturbantes comme un lien avec ce qui est important pour elle, comme une façon sensible de sentir le monde, et que cela est précieux. Alors derrière la tristesse, il y avait la Joie.
    J’ai hâte de lui faire écouter sa chanson en français.

  2. Cette approche passionnante nous ramène bien sûr au travail de David Denborough qui a de son côté développé toute une série de techniques d’écriture de chansons narratives depuis plus de 15 ans, dans un grand nombre de contextes différents. Ces techniques sont expliquées en détail dans son livre « l’approche narrative collective ». C’est un plaisir de voir que la musique narrative progresse dans la thérapie. Il reste encore à lutter contre les a priori culturels du monde des organisations pour en faire autant dans le domaine du coaching. Une chanson, c’est un concentré de sens et d’émotions qui peut voyager sur les ailes du partage.

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