Il y a toujours un petit chiot…

Vous ne viendrez peut-être pas à la Master Class de Tom Carlson, les 26 et 27 septembre prochains à Paris. Mais nous vous offrons quand même un cadeau : ce premier article de Tom, traduit en français avec élégance et précision par Antonia Benqué, une praticienne formée à la Fabrique. Cet article parle du métier de thérapeute, de magie, de vies sauvées par des questions, de David Epston et Jill Freedman, de chiots, de lapins en peluche, d’émotions et d’espoirs. C’est l’article qui va faire connaître le travail de Tom au public francophone. Nous sommes fiers de le publier aujourd’hui dans Errances Narratives. 

On peut toujours trouver un petit chiot (et parfois même un lapinou)

Une histoire à propos de l’histoire d’une histoire.

Tom Stone Carlson, Emily Corturillo, Jill Freedman
Traduction d’Antonia Benqué 

 Ça fait maintenant plus de vingt ans, mais je me souviens encore exactement où j’étais lorsque j’ai entendu pour la première fois l’histoire du petit chiot de David Epston (Freeman, Epston, & Lobovits, 1997). C’était en 1996 lors d’une conférence sur les thérapies familiales à laquelle j’assistais à Toronto, Ontario, Canada. J’étais en fin de Master en Thérapie Familiale et j’avais récemment entendu parler d’une nouvelle forme de thérapie, appelée thérapie narrative. Ça n’aurait pas pu se produire à un meilleur moment pour moi. En, on pourrait même dire que ça m’a sauvé la vie, ou tout du moins ma carrière. Lorsque j’avais décidé que je voulais devenir thérapeute ce premier jour de fac, mes espoirs et convictions étaient que la thérapie pouvait soigner les personnes et transformer leurs vies. Lorsque j’imaginais le travail que je pourrais faire avec les personnes qui viendraient me consulter en tant que thérapeute, j’avais à l’esprit (et aussi dans mon coeur) des mots tels que « sacré », « beauté, « amour », « guérison », et « magie » pour décrire ce qu’il allait en ressortir.

Aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours cru en un monde où tout était possible ; un monde où la magie était accessible ; et un monde qui pourrait être métamorphosé par un espoir constant dans l’accomplissement de nos rêves. Je ne sais pas exactement d’où me vient cette capacité à croire à l’incroyable, mais je sais qu’elle m’a accompagné toute ma vie depuis mon plus jeune âge. Peu de temps après mon début de formation de thérapeute, j’ai très vite compris que cette manière de penser était considérée comme naïve dans le meilleur des cas et potentiellement dangereuse dans le pire des cas. On m’a appris que la thérapie ne devait rien être de plus qu’un soulagement des symptômes et que c’etait de la folie d’espérer que ça pouvait apporter transformation ou guérison. Bien que je ne sois pas prêt à abandonner ma foi en la magie, je l’ai mise entre parenthèses, étant encouragé à douter de la sagesse de mon idéalisme et à considérer que ça pouvait, au contraire, être un frein dans ma pratique avec les personnes venant me consulter. « Un frein ! » me suis-je dit, « Comment la foi en la transformation des vies des patients et l’espoir de guérison pouvaient-ils être un frein à devenir un bon thérapeute ? » Je me suis posé cette question encore et encore, et malgré tout, j’ai réussi à me convaincre que je n’étais pas tout simplement naïf ou idéaliste…. mais qu’au contraire, mes croyances était bien plus consistantes.

C’est alors qu’un jour, au cours d’un exercice d’auto-thérapie, en classe, le monde magique que j’avais nourri et qui m’avait nourri tout au long de ma vie s’est écroulé. La classe était consacrée aux approches à la thérapie familiale selon les familles d’appartenance et nous étudiions comment les expériences vécues dans nos propres familles d’origine influencent notre pratique de thérapeute. Je devrais souligner que le mot « influence » avait toujours une connotation négative ou était considéré, au mieux, comme un éventuel frein. Il n’a jamais été considéré que nos expériences dans nos propres familles d’origine pouvaient nous aider dans notre travail, même si ces expériences avaient été des difficultés à surmonter. Il n’a jamais été pris en compte que ces expériences pouvaient être imprégnées de connaissances chèrement acquises (White & Epston, 1990), connaissances concernant la façon de s’occuper des autres et de soigner leurs souffrances.

Pour faire court, j’étais convaincu depuis longtemps que les expériences vécues au sein de ma famille d’origine m’avaient aidé à développer ma capacité à détecter les souffrances des autres et à apporter de la paix à leur vie. Durant cet exercice, rien que l’image de pacificateur que je représentais dans ma famille a été vue comme un problème et un réel frein pour mon travail avec des familles. J’ai encore gravée dans ma tête la question posée par mon professeur : « Comment peux-tu travailler avec des familles qui sont en conflit alors que ce qui t’intéresse, c’est de faire la paix ? » D’un coup, cette capacité que j’avais longtemps appréciée et chérie s’était transformée en un problème qui pourrait m’empêcher de faire la seule chose que je m’étais fixée. Je me suis senti dépossédé durant les mois qui suivirent. J’ai eu besoin de tout ré-apprendre. Mes tendances à maintenir la paix étaient sous un auto-contrôle sévère car je me remémorais constamment ce que j’avais appris en ce jour fatidique… que mon désir d’apporter la paix dans la vie des gens n’était en fait qu’une manifestation de ma peur du conflit.

A partir de là, la thérapie est devenue beaucoup plus difficile pour moi. J’ai commencé à douter de tout ce qui jusque là avait été ma source d’inspiration lorsque j’avais décidé de devenir thérapeute. « Est-ce que mon aspiration à guérir et à transformer était trop ambitieuse ? » J’étais peut-être juste un jeune thérapeute naïf qui avait besoin d’apprendre en quoi consistait réellement la thérapie. J’étais littéralement en train de perdre espoir. J’ai timidement commencé à accepter un monde où la thérapie se limite à aider les gens à gérer et faire face à leurs combats, plutôt que de les guider dans la transformation de leur vie. J’étais devenu si désespéré que je me suis sérieusement demandé si j’étais fait pour ce métier ou pas. J’avais besoin d’une bouée de sauvetage.

Cette bouée de sauvetage est apparue sous la forme d’un article de Bill O’ Hanlon du Family Therapy Networker (Bill O’ Hanlon, 1994) qui racontait son expérience issue du temps passé avec David Epston et Michael White, lesquels étaient en train de développer ce qui deviendrait la thérapie narrative. Cet article racontait l’histoire d’une approche solide et innovante qui autorisait les thérapeutes à croire que les vies et les relations pouvaient être transformées. Bill O’ Hanlon avait même suggéré que les travaux qu’il avait pu observer s’apparentaient à de la magie :

« Au début, c’était comme regarder de la magie. Une personne entrait, parcourant un chemin destiné à la conduire vers plus de détresse. Pendant la conversation, un embranchement faisait surface, un chemin qui aurait toujours été là mais qui pour une raison inconnue, n’aurait jamais été remarqué de personne… Epston et White évoquaient des voies d’accès vers de nouvelles identités littéralement sorties de nulle part. Ca semblait inexplicable, radical, et élégant. Quand les gens se retrouvaient coincés dans un recoin, Epston et White étaient capables de peindre une porte sur le mur exactement où c’était nécessaire, et comme Bugs Bunny dans le dessin animé, ouvrir cette porte et aider les gens à l’emprunter. »  (O’ Hanlon, 1994, p.21)

Tout en lisant les histoires des travaux de David et Michael, je pouvais sentir l’espoir qui m’avait abandonné revenir graduellement. Peut-être qu’en fait, ma foi en l’incroyable n’était pas si naïve que ça.

Puis, encore une bouée de sauvetage…. Peu après la lecture des travaux de David et de Michael, j’ai assisté à la Conférence sur la Thérapie Familiale de 1996 à Toronto. Par un effet de la chance ou peut-être du destin, une partie de la conférence était dédiée cette année-là à la thérapie narrative. Mon souvenir de conférence est surtout une grande confusion. Malgré mon écoute captivée par ce que j’entendais et la sensation de me sentir immédiatement à l’aise avec les idées narratives, je ne me souviens pas de grand chose de ce que ces trois jours m’ont appris. En fait, la seule chose dont je me souvienne est l’histoire d’un petit chiot qui a littéralement sauvé la vie d’un petit garçon. Jill Freedman racontait l’histoire, une histoire qu’elle avait entendue de David Epston. Voici l’histoire d’après les mots de Jill….

Il y a quelques années David Epston a raconté cette histoire alors qu’il animait un atelier dans notre centre et cette histoire m’a vraiment marquée, c’est une histoire que je raconte souvent et à laquelle je pense souvent.

Au moment où David en parlait, il travaillait énormément avec de jeunes gens qui avaient des problèmes médicaux.

Il a eu ce coup de fil d’une mère qui disait « Mon fils est hospitalisé et vous m’avez été recommandé. » Je ne me souviens plus quel était le problème médical de l’enfant, mais ce problème avait entre autres pour conséquence de l’empêcher de garder ce qu’il avalait. La prise de nourriture provoquait des vomissements immédiats.

Au moment où la mère a contacté David, le problème était résolu médicalement. Mais comme vous pouvez l’imaginer, le gamin ne mangeait plus. Même si médicalement il était ok, et bien qu’il n’y ait plus de raison physiologiques à cela, à chaque fois qu’il mangeait, il vomissait. Du coup, il refusait de manger.

Le fait de ne pas manger mettait la santé du petit garçon en danger, donc on le gardait à l’hôpital. On s’inquiétait. Donc la maman demanda à David s’il pouvait venir parler à son fils.

David accepta. Il vint à l’hôpital. Très rapidement après avoir fait connaissance, il apprit que le petit garçon avait un petit chiot récemment arrivé qui l’attendait à la maison, on le lui avait offert peu de temps avant son hospitalisation.

Lorque David appris cela, il demanda, « Tu crois aux coups de foudre, toi ? » En voyant le gamin intrigué, il commença à poser une série de questions comme : « Est-ce que tu es tombé amoureux de ton petit chiot dès que tu l’as vu ? Qu’est-ce qui dans ce petit chiot t’a fait tomber amoureux ? »

« Penses-tu que ton petit chiot est tombé amoureux de toi au premier regard ? Qu’est-ce qui, à ton sujet, a permis qu’il tombe amoureux de toi ? »

« Tu crois qu’il t’attend pendant que tu es ici ? Est-ce que c’est une attente différente de celle qu’il subit lorsqu’il attend ton retour de l’école à la maison tous les jours ? Penses-tu qu’il se soit installé à un endroit en particulier pour t’attendre ? »

« Quels genres d’aventures penses-tu que vous allez partager ensemble ? Est-ce que vous aurez des endroits préférés ou est-ce que vous irez à la découverte de nouveaux endroits où aller ensemble ? »

David continua à intéresser le petit garçon avec ce type de questions.

Après une heure il dit, « C’était un plaisir de parler avec toi. Ca m’a vraiment plu. »

Et il s’apprêta à partir.

La mère le suivit jusqu’au hall de l’hôpital, et lui cria, « Attendez donc, là ! Vous n’avez rien fait ! Vous ne lui avez même pas parlé du problème. »

David répondit, « J’ai fait ce que j’ai pensé être le plus utile. »

La mère était manifestement en colère envers lui.

Cependant David rentra chez lui et reçu un appel de sa part deux jours plus tard. Elle dit, « Je ne comprends pas. Le repas suivant mon fils a mangé et a réussi à garder son repas. Il est sorti de l’hopital. Il va bien. Qu’avez-vous fait ? »

Du coup David a raconté cette histoire dans notre centre. Puis suivi un long silence dans la pièce. Puis finalement quelqu’un demanda, « Qu’auriez-vous fait s’il n’y avait pas eu de chiot ? »

C’est alors que j’entendis des mots que je n’oublierai jamais…

 David sourit et dit, « on peut toujours trouver un petit chiot. »

Ce fut comme si ces mots avaient sauté directement dans mon coeur. Ils y ont trouvé leur foyer depuis. Croire qu’« on peut toujours trouver un petit chiot », croire qu’il y a toujours de l’espoir même -et pas seulement- dans les moments les plus sombres, a littéralement sauvé la vie de beaucoup de personnes avec qui j’ai travaillé au fil des ans.

Cette croyance était avec moi lorsque je reçus un appel en plein milieu de la nuit d’une femme nommée Beth. « Je n’en peux plus, ça fait trop mal, » dit-elle. Beth avait subi des abus sexuels aux formes les plus terribles que j’eus entendus lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, et encore plus exacerbés dans sa vie d’adulte. Et bien qu’elle ait réussi à échapper à ces relations d’abus, à trouver un gentil partenaire bienveillant, et à élever trois beaux enfants, il lui était devenu insurmontable d’encaisser ces souvenirs obsédants. « Où êtes vous ? » demandai-je. « Est-ce qu’Elton est avec vous ? » Elton était son conjoint aimant, mais elle ne l’avait pas du tout en tête à ce moment précis. Vous voyez, la douleur était si insupportable qu’elle avait appris à s’en échapper en se réfugiant dans un moment de sa vie où elle était plus jeune. « Je ne connais personne du nom d’Elton… je suis toute seule… Il fait froid. » murmura-t-elle maladroitement. « Je suis dans une sorte de forêt. » La maison de Beth se situait près d’un bois. « J’ai un couteau. ça fait juste trop mal. » En y repensant, là maintenant, j’aurais dû être terrifié.

Au lieu de cela, je me suis senti extrêmement calme. Comme si je pouvais entendre la voix de Jill me dire « On peut toujours trouver un petit chiot. » Je ne sais pas pourquoi mais j’avais la conviction qu’on allait trouver moyen de s’en tirer ensemble. Je savais néanmoins que quelque chose allait arriver au milieu de cette nuit sombre et froide et éclairer un chemin pour Beth, qui la reconduirait à la maison. Et bien sûr, après 30 minutes en situation de risque mortel, un petit chiot apparut. Cette fois-ci le petit chiot de la métaphore prit pour forme une fillette de 9 ans, Kara, qui était en fait la fille de Beth.

« Beth, puis-je vous poser une question qui peut sembler étrange ? » demandai-je. Beth m’y autorisa gentiment. « Est-ce que vous voulez bien me dire ce que vous ressentez dans votre coeur lorsque je dit le nom « Kara ? » » Aucune idée d’où me vint cette question. J’étais toujours en train de tirer sur des cordes afin d’essayer de trouver celle qui amènerait de la lumière dans la vie de Beth. « De la chaleur… Je ressens de la chaleur ». Et même si je ne pouvais voir son visage, je sentais qu’elle souriait maintenant. Ceci m’encouragea à aller plus loin, « Est-ce qu’il y a d’autres sentiments dans votre coeur quand vous pensez au nom « Kara » ? » La réponse de Beth fut immédiate, « ça me donne envie de rire…je ressens de la joie. » Dans l’espoir que Beth se retrouve à travers le regard tendre de Kara, je demandai, « Beth, même si tout ceci te paraît absurde, quels sentiments t’évoquent le nom « Kara » ? » Encore une fois, immédiatement, Beth répondit, « Il m’inspire la confiance en moi. Par exemple je peux faire tout ce que j’ai prévu quelles que soient les difficultés à surmonter. » Plein de confiance en moi, désormais, je continuai sur la même trame de questions,  » Encore une fois, Beth, même si cela te semble incohérent pour l’instant, sais-tu pourquoi tu connais Kara ? – Bien sûr ! », déclara Beth avec spontanéité, « C’est ma fille…. ma jolie petite fille ! » Maintenant, apparement surprise, Beth demanda où elle se trouvait et pourquoi elle se retrouvait dehors dans le froid à me parler au téléphone. Je lui rappelai brièvement les circonstances qui l’avaient poussée à me contacter et comment son amour pour sa fille l’avait sauvée et encouragée à continuer à se battre pour une vie qui vaille la peine d’être vécue. Beth rentra chez elle en sécurité mais cette fois-ci, elle n’était pas seule car elle s’est retrouvée enlacée par sa fille aimante Kara et son inébranlable confiance en sa maman.

Malgré différents épisodes où sa vie était en danger, Beth arrivait néanmoins toujours (et je dirais même miraculeusement !) à retrouver son chemin vers la maison. Foyer d’une vie où elle pouvait sentir, accepter, croire, et enlacer l’amour de son conjoint et de ses enfants.  Plus tard, après qu’on ait fini la thérapie, elle m’écrivit :

« Ma relation avec Elton est tellement décontractée. C’est mon trésor le plus précieux et je peux maintenant gérer calmement mes sautes    d’humeur.  Je peux maintenant accepter le fait que son amour est solide et  compter sur lui éternellement. L’amour est exactement ce que j’ai  toujours désiré et que je n’ai jamais réussi à accepter des autres. Cela a      complètement changé. Je peux maintenant recevoir de l’amour…. ou  mieux, je ne peux plus m’en passer. »

Ceci est juste un exemple parmi tant d’autres qu’a eue cette foi de se manifester, à des moments ou moi ou quiconque aurait très bien pu abandonner. Et bien que j’aie conscience que cette foi en l’espoir infaillible m’ait accompagné depuis mon plus jeune âge, l’histoire du petit chiot m’a donné de courage de me réapproprier cette foi pour l’intégrer dans mon travail de thérapeute et pour continuer à espérer l’inimaginable. En y repensant, ce ne sont pas les compétences exceptionnelles d’artisan (aussi brillantes qu’elles eussent été) de David qui ont sauvé le petit garçon, mais c’est bien son inébranlable foi en la possibilité de trouver un chiot métaphorique qui viendrait au secours du petit garçon. Et c’est cette foi plus que toute autre chose que j’ai essayé de transmettre à mes étudiants en tant que professeur, superviseur, et mentor. Depuis les 15 dernières années, je démarre chaque inauguration de classe de thérapie familiale par le récit de l’histoire du chiot dans l’espoir que ce soit un conte exemplaire de la même manière que ce le fut pour moi et pour beaucoup de personnes que j’ai accompagnées pendant des années.

Parfois les chiots arrivent déguisés en lapins.

 Tony était manifestement en grande difficulté. Devant nos propres yeux, il paraissait glisser de plus en plus profondément entre les mains du desespoir. Sa thérapeute, Emily, essaya de le retenir, mais malgré tous ses efforts, Tony continuait à glisser de plus en plus bas. Il semblait nous abandonner contre notre volonté. « J’y arrive plus. » Son expression était irrévocable, presque comme si sa venue aujourd’hui avait pour objectif de nous l’annoncer. « Je suis trop fatigué pour me battre, » dit Tony alors qu’il se roulait en boule, ramenant sa tête sous les genoux. « Je veux juste en finir. Je veux m’enfoncer un couteau dans la gorge et en finir avec ça. » Tout en disant ça, il se replia encore plus vers ses genoux. « Je ne peux pas respirer. Je ne peux pas respirer. » Il commença à paniquer. Allait-il tomber dans les pommes ? En tant que jeune débutante dans notre formation, Emily avait également du mal. Comme on peut l’imaginer, elle était perdue quant à savoir comment poursuivre. Elle se tourna vers le miroir derrière lequel j’étais assis, ses yeux appelant au secours, le plus tôt serait le mieux. Je répondis en conséquence. Un silence étrange s’installa dans la salle à mon arrivée. Tony me lança un regard furtif puis se tourna de nouveau vers ses genoux. « Salut Tony. Je m’appelle Tom. Je suis le superviseur d’Emilie. Est-ce que vous acceptez que je me joigne à vous ? » Je prononçai ces mots de la voix la plus calme et gentille possible en ces circonstances. Un hochement de tête péremptoire me signifia que Tony acceptait ma présence, mais je n’en étais pas trop convaincu. Soutenant gentiment son regard, je continuai : « Je peux constater que tu traverses actuellement un moment difficile. J’en suis désolé. Ca ne t’embête pas trop si je te pose quelques questions ? »

Tout en attendant sa réponse qui semblait prendre un temps interminable à arriver, j’eus quelques flash-backs de cas comme celui de Tony aujourd’hui, de personnes en danger de mort que j’avais accompagnées des années durant. Me vint à l’esprit soudainement le cas d’Alice. Alice était venue me voir en raison d’insurmontables souvenirs d’abus subis de son grand-père qui l’avaient conduite à un séjour hospitalier de longue durée et à un renoncement à sa carrière d’enseignante, malgré une estime manifeste de beaucoup de ses élèves. Les moindres petites tâches lui apparaissaient insupportables. Au cours de notre recherche d’histoires alternatives qui témoignaient du courage d’Alice face aux difficultés, Alice fut capable de se souvenir d’une prouesse incroyable qui était restée coincée au fin fond de sa mémoire. A tout juste 16 ans, alors qu’elle n’était en dehors de l’emprise abusive de son grand-père que depuis un an, elle décida d’en finir avec la domination et la terreur que son grand-père lui infligeait. Alice possédait un chien en peluche qui lui avait été offert lorsqu’elle était petite. Ce compagnon fidèle, judicieusement nommé Courage, accompagnait Alice dans les meilleurs moments comme dans les pires. Durant une de ses visites fatidiques à la maison du grand-père, Alice se débrouilla pour fuir pendant qu’il dormait. Mais dans sa course vers sa propre sécurité, elle oublia de prendre Courage. Après deux longues années à essayer de convaincre son entourage de sa situation de victime d’abus par son grand-père, Alice prit les affaires en main. Du haut de ses 16 ans, elle eut le courage d’aller dans la maison du grand-père pour délivrer son doudou, « Courage ». « Où est donc Courage » demanda Alice. Effarouché par la teneur de sa conviction, le grand-pere fut incapable de trouver quoi répondre. « J’ai parfaitement conscience de ce que tu m’as fait. Je suis ici pour délivrer Courage. Je ne pars pas d’ici sans mon Courage. » Et c’est ce qu’elle fit. Alice rentra dans la chambre, ouvrit la porte de l’armoire et revint dans le salon en toute confiance, trouva son grand-père assis les mains sur le visage implorant son pardon à travers ses yeux remplis de larmes. Inébranlable, Alice continua de marcher droit devant, passa le pas de la porte tout en ayant secouru son propre courage.

Je me suis aussi souvenu de Sally qui refusa d’abandonner sa croyance en une possibilité de guérison et de joie malgré les années jonchées d’hospitalisations conséquentes à ses tentatives de suicide. Apparement, les médecins avaient essayé à maintes reprises de la convaincre d’abandonner ses espoirs de guérison. Leur conseil était : « Vous devriez concentrer votre énergie à gérer et encaisser l’abus. » Mon esprit me renvoya vers une carte postale de Sally reçue peu après notre dernière séance, carte qui montrait un randonneur planté sur le précipice d’une montagne recouverte de neige avec pour légende… « J’y suis finalement parvenue, à atteindre le sommet de la montagne ! Je me sens libre ! »

Après un hochement de tête pour manifester son accord, il me fixa du regard mais, malgré tout, pas pour longtemps. J’ai remarqué que sa respiration devenait graduellement plus lente et plus longue. « Tony, je t’ai entendu parler brièvement avec Emily de quelque chose que tu aimes faire lorsque tu es à la maison et que tu as besoin de réconfort. Est-ce que par hasard, il s’agirait d’un ours ou d’une peluche ? » Tony releva légèrement la tête mais paraissait bien plus éveillé, « Ouais, mais c’est plutôt un lapin en peluche. » Encouragé par sa réponse, je continuai…. « Est-ce que tu veux bien me dire le nom de ton lapin en peluche ? » Sa tête se releva encore un petit peu plus, et on pouvait voir les prémices d’un sourire lorsqu’il dit : « Bunners. » Espoir grandissant.

« Ca ne t’ennuie pas que je te pose quelques questions à propos de Bunners ? » Tony fit oui de la tête avec ce qu’on pourrait définitivement décrire comme un sourire. Je demandai : « Est-ce que tu pourrais m’aider à comprendre ce qui dans ta relation avec Bunners t’apporte du réconfort dans les moments difficiles ? » Tony, maintenant redressé, ses mains autour des genoux, commença à raconter comment Bunners avait été son compagnon depuis qu’il était tout petit et tout au long de moments de souffrances quasiment insupportables. « Est-ce que tu dirais que Bunners, t’ayant accompagné dans les moments les plus insupportables, te connait mieux que personne et sait en particulier, ce qui est important pour toi dans la vie ? » Assis complètement droit, maintenant, d’une voix de plus en plus déterminée : « Oui, tout à fait, il sait. »

« Ayant été ton compagnon pendant des heures aux moments les plus sombres, que me dirait Bunners, à ton avis, à propos de comment tu as réussi à te battre malgré la noirceur et le désespoir ? » « Bunners aurait dit que je suis quelqu’un de gentil. Que je me préoccupe des autres… que j’accorde de l’importance à la vie. » répondit Tony. « Et pourquoi est-ce que Bunnners dirait que c’est important pour toi, la vie ? » « Parce que Bunners m’a vu me relever encore et encore lorsque je me sentais déprimé ou quand j’en pouvais plus. » Tony, qui à peine quelques minutes auparavant était tout recroquevillé, en boule, incapable de respirer, était maintenant penché sur sa chaise, un léger sourire aux lèvres. « Dirais-tu que Bunners a confiance en toi ? » Sans aucune hésitation, la réponse de Tony fut sans équivoque. « Oui ! Bien sûr ! Bunners croit en moi et me fait entièrement confiance. »

En effet, la confiance de Bunners en Tony était indéniable. Il n’y avait plus de place pour le désespoir maintenant. « Tu la sens, la confiance que Bunners a en toi, là, tout de suite…. maintenant ? » demandai-je ? Les yeux de Tony se remplirent immédiatement de larmes. Il prit une profonde et longue inspiration,  comme s’il s’auto-inspirait. Moi je la sentais.

« Oui, je la sens…. Bunners est toujours là quand j’en ai le plus besoin. » Il n’y avait plus de place pour noirceur, ni désespoir désormais, ce qui me permit d’en savoir un peu plus sur Tony à travers le regard de Bunners. Comme je m’étais habitué à faire en telles circonstances, je posai une série de questions à Tony, comme l’exemple ci-dessous qui potentiellement impliquait la relation entre Tony et Bunners : « Tony, si je posais la question à Bunners, qu’est-ce qu’il dirait de toi à ton avis ? »,  « Bunners, Tony m’a raconté combien tu as été une aide précieuse tout au long de sa vie et la confiance que tu lui manifestes, est-ce que tu veux bien me raconter une histoire à propos de Tony qui m’aiderait à comprendre comment il peut être aussi sûr de ta profonde confiance en lui ? » Bien évidement, Bunners avait très envie de répondre à la demande. « Tony, » dit Bunners, « c’est le type même de personne qui s’attache à ses convictions même s’il est à contre-courant. Il su alors qu’il était encore jeune qu’il n’était pas comme les autres. Et quand bien même cela signifiait qu’il était ennuyé et harcelé par ses pairs, il n’a pas lâché ses convictions. », « Bunners, étant bien placé pour connaître tout ce que Tony a enduré en raison de ses convictions, quelle sorte de conviction diriez vous que Tony a ? S’agit-il selon toi de conviction commune ou extraordinaire ? » Sans une hésitation, Bunners déclara : « Extraordinaire. Sans aucun doute ! »

Tony, maintenant enveloppé par la foi et confiance que Bunners avait en lui, soudainement nous annonça, « Je vais m’en sortir maintenant ! » Avant la fin de la session, je demandai à Tony s’il était intéressé de savoir comment garder la foi et la confiance que Bunners avait en lui entre maintenant et son prochain rendez-vous avec Emily. Les yeux de Tony semblaient s’être éclairés avec la proposition. « Je sais… Je vais me procurer un Bunners de poche de manière à le porter littéralement sur moi chaque jour. Et je sais où le trouver. » « Et où donc ? » demandai-je ? Notre réunion prit fin, mais pas avant d’avoir échangé avec Emily combien nous étions impatients d’entendre ce que nous apprendrions de plus à propos de la conviction de Tony à se préoccuper de la vie, avec le soutien constant de son compagnon Bunners.

Après le départ de Tony, nous nous sommes retrouvés avec Emily pour parler de la transformation à laquelle nous venions d’assister et pour savoir comment elle allait. En effet, le cours des évènements avait pris un tournant dramatique où il était question de vie et de mort. Avant même de pouvoir trouver quoi dire pour nous aider à comprendre ce qui venait de se produire, Emily me demanda « Comment avez vous tout de suite su où aller ? » Je rappelai à Emily l’histoire du petit chiot que je lui avais racontée dès notre premier jour de classe, un an auparavant. « Je ne savais pas où aller lorsque je suis arrivé dans la pièce mais je savais, aussi sûrement qu’on peut croire en quelque chose, qu’un petit chiot allait apparaître si j’essayais consciencieusement. » Dans ce cas, ce ne fut pas un petit chiot mais un lapin en peluche qui ramena Tony à la vie ce jour là. Emily s’assit, silencieuse, le regard absent qui me disait qu’elle était en train de se remémorer quelque chose. « Maintenant je comprends ! Je sais ce que ça veut dire. Il y a toujours un petit chiot ! » déclara Emily. « J’ai toujours su intellectuellement ce que signifiait cette histoire… que nous devons avoir de l’espoir pour nos clients, mais maintenant, le le comprends avec le coeur. »

 L’histoire vue par Emily

Assise dans le bureau de Tom après une séance avec Tony, je me suis sentie déboussolée. C’était comme si j’avais été le témoin d’un combat intérieur à Tony, un combat qui, au début, semblait avoir une seule issue possible. Ma grande surprise était cette fin de séance somme toute miraculeuse en laissant Tony partir, confiant dans sa capacité à faire face aux défis de la semaine à venir. Mais, la confiance que j’ai pu observer allait bien au-delà de cela, comme s’il avait eu une révélation de sa propre identité morale et que soudainement sa vie s’ouvrait à des possibilités précédement inimaginables. Mon esprit était ébranlé. A quoi donc venais-je d’assister ? Comment Tom avait-il fait pour savoir dans quelle direction aller ? Comment avait-il pu ne pas être paralysé par la peur ?

Au cours de notre conversation avec Tom, je me suis mise à penser comment nous, les thérapeutes, ne pouvons nous connecter à l’espoir sans y croire au plus profondément de nous-même. De la même manière, il nous est impossible de trouver ce petit chiot – ou lapinou – toujours présent si nous n’y croyons pas malgré tout. Voilà ce que je réalisai soudain ! La noirceur m’avait empêchée d’en prendre conscience, et maintenant, armée de la confiance que Bunners avait en Tony, je savais que je saurais voir à travers les mensonges.

Etant une jeune thérapeute, j’étais toujours à la recherche des croyances et valeurs qui me guideraient. Au cours de cette séance avec Tony, la noirceur était tellement enveloppante que j’ai dû me battre pour garder espoir. Ayant été témoin de la transformation de Tony lors de sa connection avec sa propre histoire de pouvoir et de résilience, j’ai expérimenté le pouvoir de l’espoir. Depuis, je me suis mise à reconnaître l’espoir comme étant vital dans ma propre histoire de thérapeute, et cet espoir m’influence dans ma détermination à creuser, quelle que soit la boue, pour aider mes clients à se connecter avec une meilleure version d’eux-mêmes. L’espoir est devenu mon compagnon à moi, un compagnon que j’amène avec moi intentionnellement à chaque séance. Ainsi, je l’ai toujours sous la main ; à  disposition dès lors que j’en ai besoin ou que mes clients en ont besoin. Au cours de ce jour avec Tony, cette histoire de petit chiot devint bien plus qu’une histoire – elle a pris vie et est devenue ma propre histoire. Pour moi, l’histoire du petit chiot sera à tout jamais non seulement celle d’un petit chiot, mais aussi celle d’un lapinou en peluche sauveur de vie, du nom de Bunners.

Tony arriva à notre séance suivante d’un pas sautillant jamais observé auparavant. Il avait amené toutes ses peluches et me les présenta fièrement. Pour finir, il tira sur le Bunners de poche, qui avait été baptisé Benny. Tony continua en me racontant que suite à notre séance d’avant, il s’était mis à la recherche de son nouveau compagnon et avait trouvé un lapin en peluche suffisament petit pour rentrer dans la poche intérieure de son manteau. Puis il continua de me raconter qu’il avait parlé de notre séance précédente avec son père, qui avait du mal avec l’identité transgenre de Tony, et dont Tony souhaitait avoir le soutien dans sa transition. Tout enthousiamé, Tony me confia que son père et lui avaient choisi ensemble le nom de Benny pour son compagnon le plus récent, ce qui selon lui manifestait de l’amour inconditionnel et du soutien de la part de son père.

Alors que notre travail se prolongea les mois suivant, Benny fut de moins en moins présent à nos séances. Et, bien que Tony ne l’ait peut-être pas remarqué, il devint très clair pour moi qu’il avait trouvé un refuge dans le regard de Bunners. La noirceur, pas prête à abandonner l’empreinte qu’elle avait creusée dans la vie de Tony, tenta quelques derniers efforts que Tony écarta comme des insectes. Ce ne fut pas avant notre dernière séance que Tony réalisa que Benny n’était pas présent depuis un moment. En fait Benny n’avait pas quitté la maison depuis des semaines ! C’était à ce moment que Tony reconnut que sa vie était remplie de suffisamment de lumière pour chasser la noirceur si elle décidait de se manifester. En fait, Tony conclut que cette lumière avait dû être avec lui tout du long, avec l’aide de sa peluche amie, Bunners.

 

References

O’Hanlon, B. (1994). The third wave: The promise of narrative. The Family Therapy Networker,

November/December, 19- 29.
White, M. & Epston, D. (1990). Narrative means to therapeutic ends. New York: W. W. Norton.

10 réflexions au sujet de « Il y a toujours un petit chiot… »

  1. Un petit tour sur le blog de la Fabrique, la lecture de cet article, les battements de mon cœur qui s’accélèrent, l’image de Pierre et des deux ans passés sur les chemins de la narrative, le clin d’œil de Martine, ce remerciement à Fabrice, une pensée fraternelle pour Christophe, et me revoilà ragaillardi. Mon métier de coach et de formateur me « colle » aux organisations dont la plupart sont des machines de destruction massive, fracassant l’humain avec le sourire narquois de la compétition, le cul vissé sur l’autel de la rentabilité. Des forêts d’histoires dominantes dans lesquelles je rencontre des humains en quête de petits cailloux blancs, histoire de retrouver le chemin qui les guiderait vers la lumière. Les témoignages de stagiaires et de clients sont comme des ce petit chiot ou ce sacré Bunners… Merci à tous ceux qui nourrissent l’univers des histoires alternatives, permettant aux humains de se construire des portes imaginaires, ouvertes sur l’espoir, l’acceptation et l’altérité. Merci à David et au regretté Michael de nous avoir mis sur la voie, merci à Pierre de m’avoir montré l’interrupteur 🙂

  2. Merci pour ce magnifique article : Je suis encore une fois touchée par la générosité du temps donné à la traduction pour que nous puissions nous en nourrir !

  3. MERCI pour le partage de ce stimulant article (et à Antonia Benqué pour la traduction) qui témoigne, une fois de plus, du Pays des Merveilles de la Narrative !

    Si je devais ne retenir qu’une phrase (ok, deux…), ce serait :
    « L’espoir est devenu mon compagnon à moi, un compagnon que j’amène avec moi intentionnellement à chaque séance. Ainsi, je l’ai toujours sous la main ; à disposition dès lors que j’en ai besoin ou que mes clients en ont besoin. » Emily

  4. Bonjour,

    Je suis thérapeute et je m’approche doucement de la pratique narrative. Quand je viens lire sur votre blog, c’est un peu comme si je venais m’abreuver et me rafraîchir autour d’un grand point d’eau avec d’autres congénères, pour me ressourcer et écouter les histoires que les autres ramènent de leurs voyages.
    Merci beaucoup pour ce partage de textes, de visions; ce « nourrissage ».

  5. Merci pour ce beau témoignage. Cela me donne encore plus envie de rencontrer Tom bientôt. Cela amène encore un nouvel éclairage sur ce que l’on sait de la posture narrative qui invite le praticien à se souvenir qu’il peut toujours trouver « un petit chiot » pour redonner espoir à la personne. Merci Antonia pour la traduction.

  6. Je ne sais pas encore si je pourrais venir à cette masterclass, mais je vous remercie énormément pour le partage de cet article.
    Je travaille déjà beaucoup avec les doudous lorsque je reçois des enfants, mais je n’hésiterais plus à travailler aussi de cette façon avec les adultes, en les aidant à se remémorer leur petit compagnon de leur enfance.

    Par ailleurs, tout comme la thérapeute Emily, cela me renforce dans mon obstination à : « reconnaître l’espoir comme étant vital dans ma propre histoire de thérapeute…pour aider mes clients à se connecter avec une meilleure version d’eux-mêmes. »

  7. Cet article est magnifique et m’a remplie de larmes et d’émotions. Il parle justement et fortement. Il me rappelle l’espoir.
    En ces moments sombres (d’un point de vue sociétal), il me ranime et me réchauffe. Merci Tom et David, merci La Fabrique pour ce partage, merci Antonia (que je viens de croiser par zoom il y a peu) pour la traduction qui a laissé place à toute la lumière contenue.

    Je pars chercher un Benny d’ici dimanche et les élections !

    Au plaisir de vous retrouver à Paris en septembre…

  8. Merci pour ce texte magnifique qui résonne très fort en moi dans cette période de ma vie ou l’espoir semble si difficile à faire briller. Quelle ressource! Quel cadeau.
    je ne sais pas si je serais parmi vous en septembre mais un bain de narrative c’est une bouffée d’amour, de bienveillance et de chaleur qui grâce à ce blog nous est offert à tous.
    Gratitude et amour envers vous les instigateurs, inspirateurs, auteurs (et traducteurs) de ce blog…

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