Tous les articles par La Fabrique Narrative

Lors du deuxième confinement

Par Elizabeth Feld.

Lors du premier confinement, j’avais publié un article sur Errances sur les rites de passage par rapport au confinement1.

Force est de constater que nous sommes toujours quelque part dans ce passage, me semble-t-il.

Pour honorer ce deuxième confinement, et le bazar qui se passe dans mon pays d’origine, j’aurais aimé juste partager avec vous quelques lectures qui m’ont beaucoup parlé autour de la notion de passage , et de liminarité (l’état dans lequel on est quand on est en plein milieu d’un passage, l’entre-deux…)

Il s’agit de deux anthropologues contemporains : Björn Thomassen dans Liminality and and the Modern2, et Arpad Szakolczai dans Liminality and Experience3. Ils proposent quelques notions qui me semblent bien intéressantes et applicables à ce qui se passe aujourd’hui.

Thomassen, dans son excellent ouvrage propose que, dans notre société moderne, nous sommes, en fait, dans un état constant de liminalité, que nous recherchons justement ce qui fait partie de l’expérience liminaire, et que les valeurs contemporaines sont beaucoup axées là-dessus:

“Quelque chose de très différent s’est passé depuis le XVIè siècle : la liminalité s’est établie au coeur du projet moderne. Le jeu, la comédie, les jeux, la sexualité, la vie des loisirs, la violence – en bref tous les aspects les plus évidents de la liminalité, liés à l’expérience humaine – ont occupé le centre de la scène à l’intérieur de la modernité culturelle, politique et économique. En même temps, au niveau de la pensée, les sentiments humains de la peur, l’anxiété, le scepticisme et le doute (des sentiments liminaires par excellence) se sont établis comme les fondations anthropologiques. S’il ne s’agit pas de transition, il ne s’agit pas de liminalité.” 4

“… La liminarité a sa place dans une séquence. Aucune culture ne serait assez bête pour concevoir une séquence de rituel qui s’arrête au liminaire. Sans retour à la normalité et sans structure de fond sur lequel on peut compter (du moins jusqu’à ce qu’elle soit ré-ébranlée) les individus deviennent fous et les sociétés deviennent pathologiques. La vie humaine perd son sens dans une liminarité perpétuelle. Et pourtant, dans un certain degré, c’est exactement ce qui se passe est ce qui s’est passé dans une transition spécifique, celle qui est au coeur de toute théorisation sociale : La transition à la modernité.” 5

Et finalement ce qui m’a peut-être le plus interpellée dans leurs analyses, c’est que les passages et les rites de passage ont besoin d’un accompagnant. De quelqu’un de sage, d’expérimenté, de solide, qui accompagne les personnes dans leur passage et qui leur aide à trouver et à atteindre l’autre rive. Comme dit Szakcolczai:

“La liminarité sans maître de cérémonies peut facilement conduire au règne durable des escrocs / illusionistes. Une situation liminaire ne devrait jamais être induite sans la mise en place d’une forme correct qu’on impose à l’âme de ceux à qui les émotions sont en train d’être stimulées en faisant partie de la limite.” 6

Dans tous les rites de passage, il y a la présence de quelqu’un, à qui on fait appel, un-e maitr-esse de cérémonies, et si ce n’est pas un individu, il peut y avoir la communauté, et il faut une structure en place pour contenir et accompagner les personnes dans leurs passages.

Où sont ces personnes aujourd’hui ?

Où est le début, et quel sera l’étape d’incorporation, de fin et de célébration de notre passage ?

Notes :
1Article “Il y aura un avant et un après.”
2Liminality and the Modern, Thomassen, Björn, Ashgate publishing, 2015
3Liminality and Experience , Szakolczai, A.Dans :Breaking boundaries, varieties of liminality, Horvath, Thomassen, Wyland,editeurs; Berghanh, books 2015.
4iBid p. 15 “something very different has happened from the 16th century onwards: liminality became established at the core of the modern project. Play, comedy, gambling, sexuality, entertainment, violence – in short all the most evident aspects of liminality linked to human experience – took central stage within cultural, political and economic modernity. Simultaneously, at the level of thought, the human sentiments of fear, anxiety, skepticism and doubt (quintessential liminal sentiments) were established as anthropological foundations… If it’s not about transition, it’s not about liminality.”
5Thomassen P.216 Liminality has its place within a sequence. No culture would be foolish enough to devise a ritual sequence that stops at the liminal. Without a return to normality and background structures that one can take for granted (at least until they are shaken again), individuals go crazy and societies become pathological. Human life ceases to be meaningful in perpetual liminality. And yet, there is an extent to which this is exactly what is happening and what happened in one specific transition, the one that lies at the heart of social theorizing: the transition to modernity
6Szakcolczai, Arpad, p. 52, ”Liminality and experience, in Liminality and the search for boundaries “Liminality without master of ceremonies can easily lead to lasting rule by tricksters. A liminal situation should never be induced without a proper form in hand to impose on the soul of those whose emotions are being stimulated by being part of the limit.”

Par Elizabeth Feld.

Chapitre 2 du Journal de confinement de la communauté narrative

Bonjour à toutes et à tous,

Au printemps dernier nous avions ouvert un journal de confinement pour la communauté narrative, qui a été clôturé en juin. A l’époque, nous ne pensions pas qu’il s’agissait en fait du premier chapitre. Or depuis quelques heures nous sommes reconfinés, pas de la même façon parait-il, mais bon, reconfinés quand même…

Alors, ils nous est apparu que les mêmes envies et besoins d’expression libre, de soutien et de partage, allaient probablement connaître eux aussi une deuxième vague.

Nous vous proposons donc d’ouvrir le chapitre 2 du journal, à la suite du chapitre 1 écrit entre mars et juin dernier (laissé volontairement en ligne pour se souvenir et, pourquoi pas, faire écho à ces premiers récits).

Nous vous souhaitons une bonne santé et de garder aussi, autant que faire se peut, vos espoirs et rêves animés et contagieux.

Au plaisir de vous croiser dans cet espace partagé.

Myriam et Jean-Louis

Lien vers le journal (les demandes d’accès en écriture seront traitées dans la demi-journée) :

Journal de confinement

La magie des conversations narratives…

… Ou comment la puissance d’un simple exercice narratif s’est propagée bien au-delà de ce que j’avais pu imaginer.

Par Vanessa Humphreys.

Je voudrais ici vous conter une histoire de t-shirts… ou même encore mieux, une histoire de forêts de t-shirts, d’armoires pleines de t-shirts …. Et là vous vous dites sûrement “mais qu’est-ce qu’elle nous raconte ???”

Revenons au début de l’histoire…

Je suis intervenue auprès d’une équipe qui était rongée par des relations conflictuelles, l’une d’elles et la plus récente s’étant manifestée par une déferlante d’agressivité et de mots insultants et même grossiers de la part d’une personne que j’appellerai ici Arthur. Après avoir beaucoup travaillé avec cette équipe sur l’expression du conflit et la remontée des émotions, ainsi que sur une charte d’équipe sur leurs valeurs partagées et ce qu’ils s’autorisaient dans leur comportement et communication, me voilà en conversation individuelle avec le catalyseur de ces derniers évènements : Arthur.

Lors de notre entretien (via un outil à distance, Covid-19 oblige), Arthur se décrit comme quelqu’un qui manque de confiance en lui, ne se sentant pas valorisé voire se sentant dévalorisé par ses collègues et par son manager. Je le sens très fragile à ce moment-là, proche des larmes et de la résignation. Le personnage agressif et vulgaire avait laissé sa place à un homme doux, fragile et en souffrance, ne voyant aucune issue positive à son problème.

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Les grands courants de la psychologie

Par Catherine Mengelle.

J’ai réalisé ce document synthétique pour essayer d’aider les étudiants du master de coaching de l’IAE de Bordeaux à y voir un peu plus clair dans tout ce qui leur est proposé. Je n’ai rien trouvé de tel sur internet. Je me suis donc attelée à la tâche. Ce à quoi je suis arrivée n’est qu’une histoire parmi d’autres possibles, sans aucun doute. Ce n’est pas LA vérité. Mais je crois que c’est un peu structurant. Ce qui m’intéressait avant tout, dans la grande ligne de la déconstruction postmoderne, c’était de restituer chaque “invention” dans son époque. Je ne les ai pas vraiment situées géographiquement, à l’exception de Palo Alto, et je trouve que je devrais le faire, mais ça compliquait énormément mes tableaux déjà bien remplis. Ce qui m’intéressait également, c’était de montrer les évolutions et les inspirations croisées. J’ai évidemment oublié des choses et vous pouvez m’en faire part. Ce document peut progresser. Ce serait chouette qu’il le fasse.

Crédits : tellement nombreux… des recherches sur internet ou dans mes bouquins, des articles de Rodolphe Soulignac, de Nicolas de Beer et Isabelle Laplante, quelques oeuvres d’artistes illustrant leur époque et un immense merci à tous ceux qui font vivre wikipedia !

 

Est-ce l’intention qui guérit ?

Le 25 septembre prochain, le CRAA (Centre Régional des Alcoologues Aquitains) organise sa journée annuelle à Bordeaux. Le CRAA connait bien, et depuis longtemps, l’approche narrative puisque Julien Betbèze et Gérard Ostermann forment depuis longtemps des soignants à leur pratique. Cette année, le thème de la journée sera : « l’intentionnalité en thérapie  : de l’attachement au narratif».

L’intentionnalité de ce colloque en tout cas est clairement narrative et sur le plateau, nous nous retrouverons en famille puisque Catherine Mengelle, David Prégat et Pierre Blanc-Sahnoun ont été invités à présenter. On pourra en outre écouter Julien Betbèze (c’est toujours une chance), Gérard Ostermann, Bertrand Vergely et d’autres orateurs de talent. Le programme et le formulaire d’inscription sont ci-dessous. ici. On espère vous y voir… Continuer la lecture de Est-ce l’intention qui guérit ? 

Dictionnaire Politique consacré aux Pratiques Narratives (traduction)

C’est le Jour J, mes chers amis francophones !

Je vous remercie de l’intérêt que vous portez à la dimension politique des Pratiques Narratives.

Et je remercie en particulier Fabrice pour sa traduction assidue et son idée passionnante de transformer ce Dictionnaire Politique en wiki.

La réalisation de la version originale de ce Dictionnaire Politique a été un véritable travail d’amour.

Et je me réjouis de voir comment vous allez vous engager avec ces idées/concepts et histoires et ce que cela permettra de développer par la suite.

C’est le premier jour du printemps ici en Australie … cela semble être un jour propice pour le lancement !

Avec toute ma sympathie, mon respect et ma gratitude,

David Denborough

Lien vers le Dictionnaire Politique

Recette du cake de la documentation poétique

La Fabrique Narrative animait un atelier “Documentation poétique” la semaine dernière avec l’une de ses promotions parisiennes. Lors de nos ateliers, et particulièrement celui-là, nous sommes régulièrement bluffés par l’écoute, la générosité et la passion de nos élèves, que ce soit en présentiel ou en distanciel d’ailleurs. Ça a été une fois de plus le cas avec l’une des participantes,  Karine Noujaim, qui a, en cours d’atelier, documenté cette magnifique recette du cake de la documentation poétique tirée de “Peau d’Âne”, un incontournable du conte fantastique et de la comédie musicale. Nous espérons qu’elle vous apportera un peu de légèreté lors de cette rentrée imminente…  : Continuer la lecture de Recette du cake de la documentation poétique 

Coacher avec l’approche narrative

Céline Bedell présente dans un ouvrage qui sort la semaine prochaine chez Interéditions différentes applications des idées narratives dans les entreprises et les organisations.

“Voici un livre qui devait être écrit. Depuis longtemps, dix ans au moins. Depuis que les idées de l’approche narrative australienne ont suffisamment percolé dans le coaching à la française pour s’hybrider et donner naissance à une palette multicolore et créative, où la poésie d’entreprise voisine avec les lettres du futur, où stratégie ne rime plus avec tragédie. Dans ce coaching métissé, les « Big Six », histoires dominantes qui exercent une telle tyrannie sur l’économie qu’elle l’obligent à détruire le monde, sont rendues visibles et les chemins de leur influence balisée par des guirlandes lumineuses de questions.

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Résonner, plus que raisonner

Par Claire Onghena

Et si la maladie pouvait nous guérir de ce qui nous rend malade ?

En me rappelant l’impermanence de la vie, le covid 19 m’a rappelée à la vie. Comme tout peut finir, qu’est-ce qui comptera au bout du compte pour moi si ce n’est d’avoir été présente à moi, aux autres et à la vie et de leur avoir dit merci ?
Pour ce passage de seuil, une personne m’a aidée à ouvrir les yeux sur mon propre aveuglement et ce qui me rendait malade. C’est un de mes anciens clients. Laurent. Parce que souvent, « ceux qui nous sauvent ne savent pas qu’ils nous sauvent », j’ai voulu dire merci à Laurent et qu’il sache que, sans le savoir, il m’avait aussi aidée sur mon chemin à être auteure de ma vie.
Alors, quand j’ai été guérie, je lui ai écrit une lettre.
Sans les pratiques narratives, je ne suis pas sûre que je me serais autorisée à écrire à un client pour lui partager en quoi il m’avait aidée sur mon propre chemin. Avec les pratiques narratives, j’embrasse l’idée d’être juste un témoin d’humanité qui résonne plus qu’il ne raisonne.
Laurent a répondu à ma lettre en me disant qu’elle lui avait fait beaucoup de bien. Je la partage avec vous.
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AMI/Déconstruction et Georges Floyd

Un article écrit par Clémence Partouche-Ceyrac.

La semaine dernière, nous avons suivi avec notre groupe l’atelier qui concerne l’AMI , l’Absent Mais Implicite et la déconstruction présenté par Catherine Mengelle et Elizabeth Feld.

Nous avons été chercher derrière nos colères et nos agacements en lien avec la situation du COVID-19 pour mieux trouver nos espoirs et nos rêves.

Nous avons retrouvé nos souvenirs communs d’enfance et d’adolescence et nos différences d’une époque à l’autre, nous avons pris conscience des discours sur le corps et sur de nombreux autres sujets.

Cet atelier était entièrement en Zoom, c’était une première pour tout le monde : 2 journées complètes en distanciel. Si cela est loin de convenir à tous, nous avons réussi dans l’ensemble à suivre, à être proches les unes des autres (nous sommes un groupe uniquement de femmes) et à appréhender ces notions d’AMI et de déconstruction.

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