Archives pour la catégorie Auteur.e.s invité.e.s

Paysage relationnel, émotionnel et mémoriel

Par Eric Brison.

Récemment j’assistais à la formation de Catherine et Fabrice sur le re-membering et tout cela débuta logiquement par la présentation du concept de Paysage Relationnel.

Je fus à la fois séduit et remué par cette représentation. Le schéma clarifia instantanément un certain nombre de problématiques qui m’habitaient sans que j’en eusse vraiment conscience. Mais surtout j’eus l’indicible sensation que la figure appelait à des prolongements liés à mon expérience des arts martiaux.

DÉFINITION DU PAYSAGE DE LA RELATION

Le paysage de la relation permet d’augmenter les possibilités de tissage d’une histoire alternative en épaississant une navigation limitée entre les seuls paysages de l’action et de l’identité. C’est en cela que le concept est très utile et permet de donner une extraordinaire consistance au re-membering.

Si je me réfère au principe de paysage relationnel, tel que l’introduit J. Betbèze comme troisième point d’appui de l’identité narrative avec les paysages de l’action et de l’intention, c’est à partir de la relation que nous vivons avec l’autre que nous pouvons définir les actions qui conduisent à la relation à soi. C’est dans ces trois dimensions distinctes, mais indissociables, que le sujet se construit. Dans un espace de collaboration, l’individu trouve la possibilité de constater la reconnaissance de son existence dans un monde où il obtient la possibilité d’agir, permettant ainsi à son être d’exister au travers des valeurs et des intentions qui lui donnent corps. C’est donc en fonction de la qualité de la relation entre soi et l’autre que le paysage se construira.

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Chapitre 17 : “De l’approche narrative”

Par Julie Cardouat.

“Tout est étranger dans l’humeur, les mœurs et les manières de la plupart des hommes. Tel a vécu pendant toute sa vie chagrin, emporté, avare, rampant, soumis, laborieux, intéressé, qui était né gai, paisible, paresseux, magnifique, d’un courage fier et éloigné de toute bassesse : les besoins de la vie, la situation où l’on se trouve, la loi de la nécessité forcent la nature et y causent ces grands changements. Ainsi tel homme au fond et en lui-même ne peut se définir : trop de choses qui sont hors de lui l’altèrent, le changent, le bouleversent ; il n’est point précisément ce qu’il est ou ce qu’il paraît être” (Les Caractères, livre XI “De l’Homme”, fragment 18 , Jean de La Bruyère).

A la lumière de cette maxime de Jean de la Bruyère, qui ne date pas d’hier, l’approche narrative a de beaux jours devant elle. Apprendre à se connaître au pluriel, devenir, petit à petit, moins étranger à soi-même. N’est-ce pas cette lueur de clarté, ou de clairvoyance, que nous apportent les conversations narratives ? Interroger les lois, promulguées ou implicites. Entre l’Histoire et les histoires, en minuscule, en majuscule : faire se rejoindre les “H”, abolir la lutte des casses. Se raconter unique et ensemble. Au-delà des représentations, des lieux-communs, des apparences, des étiquettes, des états figés : Jouer, jongler avec ce “trop de choses” qui nous altère, change, bouleverse. Décortiquer l’air du temps, déconstruire, parfois dans le sens inverse du vent et accepter, humblement, que chacun n’est point précisément ce qu’il est ou ce qu’il parait être.

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Documentation narrative : restons simples

Par Mathilde Taburet

Mathilde est à la fois coach interne dans une grande institution consulaire et thérapeute narrative dans le cadre de sa consultation personnelle. Elle revient sur l’esprit de la documentation narrative.

Il y a quelque temps, mon superviseur m’a vivement conseillé de lire l’article de David Denborough sur l’écriture de chansons communautaires et les pratiques narratives traduit par Fabrice Aimetti et publié l’été dernier sur le Wiki narratif de la Fabrique (voir ici pour le lire).

Cet article très intéressant a apaisé mon questionnement du moment sur la documentation, me redonnant la motivation pour continuer à « étayer des conversations narratives » en y mettant « du temps, de la pratique et de la patience », pour produire des écrits « simples, décentrés, avec un style et un ton modestes ». Il m’autorise à ne plus chercher à faire des efforts et prendre du temps pour produire des documentations super créatives qui, du coup, s’éloignent du client et de ses mots. C’est un soulagement et ça me permet d’envoyer la documentation beaucoup plus rapidement, de manière fluide.
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Comment j’ai raté mon accréditation de coaching

Un article de Florence Guillerm.

Praticienne narrative depuis environ un an et demi, je suis formatrice depuis plus de vingt ans et j’ai aussi accompagné de nombreux groupes en coaching collectif, ainsi qu’une bonne douzaine de personnes qui m’en ont fait la demande.

J’ai mis du temps à faire la démarche de me présenter devant des pairs pour obtenir une accréditation qui donne plus de poids à mon expérience. En effet, je ne me sentais pas tout à fait légitime dans ce rôle et je l’ai fait sur les conseils d’autres coachs avec lesquels j’ai eu l’occasion de travailler.

Profitant du temps offert par cette curieuse période que nous traversons encore, je me suis finalement décidé à remplir un dossier d’accréditation d’une dizaine de pages que j’ai déposé auprès d’une des plus importantes associations de coachs dont l’esprit affiché me semblait à peu près compatible avec mon profil d’autodidacte.
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Graines de Rêves, pour semer des pépites !

Un faire-art de naissance de Charlie Crettenand, praticienne narrative suisse très (très) proche de La Fabrique Narrative.

Pendant les longs mois des confinements répétés, et mesures exigeantes de 2020, Doria Roustan et moi avons partagé notre envie commune de créer un support esthétique et ludique pour accompagner les personnes qui font un bout de chemin avec nous (et vous !).

De cette synergie particulière issue de nos compétences respectives est né “Graines de Rêves”, un jeu collaboratif qui s’inscrit dans la lignée de White (migration identitaire) et Denborough (life as a journey, que nous traduisons par “voyage identitaire”).

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“Maps” nous parle

Un article de Martine Compagnon.

Chère communauté narrative,

C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. J’ai failli prendre la plume pour vous écrire mais cela aurait peut-être aggravé mon cas, laissant apparaître la lettre, l’écrit comme seuls moyens valables de m’exprimer… Ne pouvant danser devant à vous à distance, je vous prie donc de m’écouter.

Hier, j’ai vécu une sensation proche, peut-être, de celle d’une femme ou d’un homme respectable, dont on aurait innocemment montré les dessous.
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Ne me dites pas que….

“Premiers retours sur la journée 1 de la Master Class de marcela polanco… Ça secoue !”

Martine Compagnon

Felipe Guamán Poma de Ayala produit en 1615 la première documentation décoloniale contre l’impérialisme espagnol.
Felipe Guamán Poma de Ayala produit en 1615 la première documentation décoloniale contre l’impérialisme espagnol.

Ne me dites pas que depuis toutes ces années, je souris de l’idée que les pratiques narratives ont puisé leurs racines dans des territoires australien et néo-zélandais “heureusement éloignés de l’Europe et de l’influence de la psychanalyse freudienne dans l’accompagnement thérapeutique”, et se sont nourries de la présence de peuples millénaires ?

Ne me dites pas que, vibrante d’émotion, je relis régulièrement la charte éthique des pratiques narratives en organisation, qui me demande combien, ou comment, mon intervention garantit que les voix minoritaires seront entendues ?
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Kinders suprises et super pouvoirs

Par Julie Cardouat.

Je fais la chasse aux créatures problèmes comme on ferait une chasse aux oeufs de Pâques – c’est de saison. Et j’en récolte, des kinders surprises !

Pour l’instant j’ai des conversations avec mes proches, notamment avec ma fille de 11 ans. Au début, elle a accepté de se prêter à l’exercice, non sans un soupçon d’incrédulité : “C’est rien papa, maman me fait sa psychologie”.

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Chapitre 2 du Journal de confinement de la communauté narrative

Bonjour à toutes et à tous,

Au printemps dernier nous avions ouvert un journal de confinement pour la communauté narrative, qui a été clôturé en juin. A l’époque, nous ne pensions pas qu’il s’agissait en fait du premier chapitre. Or depuis quelques heures nous sommes reconfinés, pas de la même façon parait-il, mais bon, reconfinés quand même…

Alors, ils nous est apparu que les mêmes envies et besoins d’expression libre, de soutien et de partage, allaient probablement connaître eux aussi une deuxième vague.

Nous vous proposons donc d’ouvrir le chapitre 2 du journal, à la suite du chapitre 1 écrit entre mars et juin dernier (laissé volontairement en ligne pour se souvenir et, pourquoi pas, faire écho à ces premiers récits).

Nous vous souhaitons une bonne santé et de garder aussi, autant que faire se peut, vos espoirs et rêves animés et contagieux.

Au plaisir de vous croiser dans cet espace partagé.

Myriam et Jean-Louis

Lien vers le journal (les demandes d’accès en écriture seront traitées dans la demi-journée) :

Journal de confinement

La magie des conversations narratives…

… Ou comment la puissance d’un simple exercice narratif s’est propagée bien au-delà de ce que j’avais pu imaginer.

Par Vanessa Humphreys.

Je voudrais ici vous conter une histoire de t-shirts… ou même encore mieux, une histoire de forêts de t-shirts, d’armoires pleines de t-shirts …. Et là vous vous dites sûrement “mais qu’est-ce qu’elle nous raconte ???”

Revenons au début de l’histoire…

Je suis intervenue auprès d’une équipe qui était rongée par des relations conflictuelles, l’une d’elles et la plus récente s’étant manifestée par une déferlante d’agressivité et de mots insultants et même grossiers de la part d’une personne que j’appellerai ici Arthur. Après avoir beaucoup travaillé avec cette équipe sur l’expression du conflit et la remontée des émotions, ainsi que sur une charte d’équipe sur leurs valeurs partagées et ce qu’ils s’autorisaient dans leur comportement et communication, me voilà en conversation individuelle avec le catalyseur de ces derniers évènements : Arthur.

Lors de notre entretien (via un outil à distance, Covid-19 oblige), Arthur se décrit comme quelqu’un qui manque de confiance en lui, ne se sentant pas valorisé voire se sentant dévalorisé par ses collègues et par son manager. Je le sens très fragile à ce moment-là, proche des larmes et de la résignation. Le personnage agressif et vulgaire avait laissé sa place à un homme doux, fragile et en souffrance, ne voyant aucune issue positive à son problème.

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