IBUKA : REQUIEM POUR UN MASSACRE

Photo : Julie Epp

Par Pierre Blanc-Sahnoun

« Ibuka » signifie « souviens-toi » en kinyarwanda. C’est le nom d’une association qui regroupe 15 associations de survivants du génocide de 1994 et salarie une quarantaine de « conseillers en traumatisme », répartis sur tout le territoire, qui utilisent les pratiques narratives pour aider les rescapés à reconstruire leur vie « à l’ombre du génocide » et parfois en vivant dans le même village ou dans la même famille que ceux qui ont perpétré des atrocités.

Je suis parti là bas pour les rencontrer, et également pour apprendre, avec un groupe de collègues de la communauté narrative internationale dont Cheryl White, David Denborough co-directeurs du Dulwich Center (qui seront à Bordeaux les 19, 20 et 21 avril), Jill Friedman et Gene Combs, de l’Evanston Family Therapy Center de Chicago (qui seront à Nantes avec l’AREPTA à l’automne 2011) et une quinzaine de praticiens de toutes les nationalités.

Je suis surtout parti au Rwanda habité par une question : comment un génocide est-il possible ? La réponse a cette question : « comment cela peut arriver que des êtres humains décident d’éliminer totalement et massivement d’autres êtres humains uniquement a cause d’une histoire qu’ils se racontent sur eux ? » avait beaucoup d’importance pour moi. Peut-être que quand on comprend les choses, elles sont moins dangereuses, on peut les voir venir, avoir une sorte de contrôle sur elles, les prévoir à l’avance, leur trouver un sens, et éventuellement leur survivre ? Car c’est totalement absurde et donc totalement terrifiant, un génocide.

Un point d’orgue inattendu m’a été apporte juste avant mon départ par la splendide conférence de Chimamanda Adichie sur TED, point de départ possible en tout cas, d’une réflexion sur la façon dont les histoires uniques passent une camisole à l’identité de l’autre et comment la ponctuation permet de prendre le pouvoir et de s’arroger le droit exclusif de définir l’autre à sa place. Car c’est cela, le pouvoir : s’arroger le droit de définir l’autre.

Nous avons commencé par visiter Kigali Genocide Memorial Center et deux églises où des familles Tutsies terrifiées s’étaient réfugiées et où elles ont été massacrées en espérant vainement jusqu’au bout une intervention internationale.

Le pire, ce sont les crânes des enfants, alignés par dizaines on dirait des galets sur une plage de Normandie mais chaque galet est un petit crâne, fendu par un coup de machette ou de gourdin, traversé par un éclat de grenade ou juste explosé d’avoir été jeté sur le mur (à la fin, les miliciens Interhawme économisaient leurs machettes et écrasaient les bébés en les tapant violemment contre le mur ou contre un arbre), une petite tête aux fontanelles pas encore refermées, brisé comme une coquille d’oeuf. Dans chaque galet, il y a eu un petit cerveau plein d’amour et d’espoir, un petit cerveau qui n’a jamais pu comprendre pourquoi ces hommes avaient décidé de les chercher, et de les tuer, de violer leurs mamans et leurs sœurs avant de les empaler avec les bébés qu’elles portaient sur leur dos.

Des montagnes de vêtements tachés de sang et de tous les fluides humains liés à la terreur et au désespoir. Une banderole posée en travers de l’autel de cette petite église où dix mille personnes se sont réfugiées et ont été massacrées comme des « inyenzi » (des cafards), c’est ainsi que leurs bourreaux les « histoirisaient ». Une banderole mauve, couleur du deuil et blanche, couleur de l’espoir : « si tu m’avais connu comme tu te connais, tu ne m’aurais pas tué ».

Autour, la vie d’un dimanche tranquille suggère que toute horreur se surmonte et que la capacité humaine à faire que la vie continue est à l’exacte mesure de la capacité humaine à se transformer et bourreau et à massacrer celui qu’il a emprisonné dans une histoire unique et inique . Des gens vont à la messe, des femmes très jolies passent avec des fardeaux sur la téte, des enfants curieux viennent se faire photographier par mes compagnons.

Le Genocide Memorial Center, pour sa part, démonte implacablement et avec une précision d’horloger suisse les mécanismes qui conduisent à rendre les génocides possibles : au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie, en Arménie, et bien sûr la Shoah, qui n’a hélas aucun monopole particulier sur les génocides, mais obéit simplement aux mêmes règles que les autres : planification gouvernementale, contexte économique difficile, communauté minoritaire vivant au sein d’une communauté majoritaire, production d’un récit de déshumanisation de la communauté minoritaire, recrutement d’une avant-garde fanatique si possible de jeunes hommes ne possédant aucune possibilité de remettre en question l’histoire unique proposée sur l’autre, organisation industrielle de l’opération, accompagnement permanent par une propagande de renforcement, mise en danger des éléments modérés et non fanatisés de la communauté majoritaire en les assimilant à l’ennemi et en leur faisant subir un conflit de loyautés…

Je suis sorti de ce musée en sanglotant et j’ai eu besoin d’un long moment de solitude pour me retrouver, retrouver l’essence de ce que je suis et être capable de me poser la question de 1994 : où étais-je, que faisais-je ? À quoi avais-je la tête pendant que des bébés étaient projetés contre les murs des églises, pendant que des enfants tremblants réfugiés au fond d’une cuisine et croyant contre tout espoir à une intervention miraculeuse des Nations Unies laissaient pour toute trace de la promesse de leurs petites vies une large tache de sang contre le mur ? Qu’est ce que je faisais de ma vie à part organiser ma petite carrière et ma petite réussite ? 1994, ce n’était pas 1941. J’avais 34 ans et le monde entier savait ce qui se passait au Rwanda, à commencer par Mitterrand pour qui j’avais voté deux fois dans la bonne conscience du petit bourgeois de gauche ignorant par paresse ou par lâcheté alors que, plus que tout autre, j’aurais dû me sentir concerné.

Je ne dis pas que ces sujets ne soient pas importants. Il s’agit de nos vies et nous ne pouvons pas nous dissoudre dans le malheur du monde. Mais si tout le monde se met à penser comme ça, qui va entendre les hurlements des femmes violées et des enfants massacrés, l’humiliation des pères obligés de regarder cela sans rien pouvoir tenter, l’horreur des parents obligés d’assassiner leurs propres enfants ou de les voir massacrer sous leurs yeux ? Qui peut répondre aux sanglots du monde ? Que puis-je faire de tout cela ?

« Témoigner » : telle était la réponse tranquille de la jolie jeune femme qui nous guidait dans le premier mémorial quand je lui ai demandé pourquoi elle faisait cela. « Rentrer chez vous et rendre compte que ceci s’est vraiment passé sous le regard indifférent du monde entier, que vous avez vu les piles de vêtements tachés de sang, les tas de petits fémurs, les alignements de crânes éclatés. Ne pas laisser s’éteindre cette histoire sous les couches de cendres dispersées au vent par les révisionnistes qui, ici comme ailleurs, disent que tout cela a été bien exagéré et qu’il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. » Alors voilà, je témoigne.

Dans la dernière salle du musée, dite de « l’avenir perdu », il y a des photos : Justin, 3 ans, plat préféré : les frites, activité préférée : dessiner, personne préférée : sa maman, objet préféré : une petite voiture en métal, mort : d’un coup de machette dans le visage. Et il y en a plein, de tous les âges, le plus jeune a 3 mois, le plus âgé 12 ans. « Vous auriez pu être nos futurs héros » dit la pancarte. Avec ce qu’ils aimaient faire, leur caractère, leurs plats préférés, leurs petits yeux pleins d’intelligence et de désirs et la cruauté absolue avec laquelle la vie leur a été arrachée.

Qu’est-ce que je vais faire de ça ? Comment puis-je vivre avec ça, sinon dans une infinie gratitude de notre vie protégée, un immense respect de ce qui nous a été donné grâce aux efforts incessants de ceux qui nous ont précédés et qui ont tout sacrifié pour que nous puissions nous endormir tranquillement, le ventre plein, sans redouter le coup de sonnette à six heures du matin ou la porte d’entrée enfoncée à coups de crosse de fusil (fourni par l’industrie française) ?

Nous ne pouvons pas nous dissoudre dans le sanglot du monde. Mais si nous restons des spectateurs au lieu de faire l’effort de devenir des témoins, qui viendra à notre secours lorsque notre tour viendra ? Avoir mauvaise conscience, certes, c’est la preuve qu’on a une conscience. Mais est-ce suffisant pour faire une différence ? Que penseraient les petits enfants aux yeux crevés à coups de couteau s’ils pouvaient lire ces mots ? Se sentiraient t-ils un petit peu plus honorés, ou un petit peu plus trahis ?

19 réflexions au sujet de « IBUKA : REQUIEM POUR UN MASSACRE »

  1. J’ai quelques idées sur les raisons pour lesquelles tu as du mal à approcher la Shoah et définitivement, ce voyage m’a permis de l’approcher après avoir soigneusement évité pendant 50 ans de trop y toucher, c’est pour cela que ça m’a tant fracassé j’imagine…

  2. Camille, merci pour ce commentaire fraternel. Accompagner les hommes un par un vers la découverte de leur propre humanité est en effet d’après mon expérience la seule solution, du moins dans notre occident fracassé par le modernisme et l’individualisme, car le bouddhisme semble avoir découvert de son coté d’autres voies intéressantes à explorer.

  3. Quand je suis allé au Japon en 2002, j’ai visité le mémorial d’Hiroshima. Toute la présentation explique clairement que tout aurait pu être évité. Mais était-il tellement plus fort, plus jouissif ?, de démontrer l’expérience en grandeur nature, et de pouvoir faire témoigner le monde de ses propres atrocités ?
    L’ego humain reste à travailler, (et le mien aussi !), c’est pourquoi dans des associations d’hommes à laquelle j’appartiens, notre vision est de « Changer le monde en changeant un homme à la fois ». Chacun de nous peut changer et changer le monde, chacun peut apporter sa contribution : chanter, danser, parler, aider, pardonner, témoigner, être dans la cérémonie de la vie … Pour les moines bouddhistes emprisonnés, la pire des choses pour eux est d’haïr un jour leurs tortionnaires… J’entends cette posture, comme un fil immobile en suspens dans l’air, le temps s’arrête…
    La chanson des survivants, qui parle de nos ancêtres, donne, pour moi, cette latitude d’honorer l’histoire tout en continuant à donner l’espoir d’un monde plus ouvert. Il y aura toujours des hommes debout pour traverser les atrocités et porter l’espoir de l’autre côté du miroir. Merci Pierre pour ce voyage au cœur de l’humain et faire partie de ces guerriers de l’espoir.

    PS : En plus de « L’hôtel Rwanda », il y a aussi « La chute du faucon noir », incontournable, sur les aides alimentaires et plus récemment « Lord of the War », un remake du film classique italien des années 60 de « Papa est en voyage d’affaire. » Bref, ça ne manque pas, sur plusieurs générations, malheureusement…jusqu’au jour où nous comprendrons peut-être que… Le voyage continue…
    Camille

  4. Merci pour ce partage, je suis bouleversé par tes mots.

    J’ai du mal à approcher la shoah et à lire des textes sur cette horreur ancienne. Je ne comprends pas, je ne veux pas laisser les émotions affleurer ; peut-être qu’il me manque une histoire pour me guider, que je ne veux pas laisser entrer cette histoire de souffrance dans mon histoire personnelle ?

    Ici, tes mots et les images qu’ils véhiculent me parlent, me permettent d’approcher le traumatisme que tu rapportes. Ce n’est pas la shoah, c’est une autre souffrance, une autre histoire, avec des communs et des différences.
    Et ces mots me conduisent à avoir envie d’écouter les vivants parler, d’écouter, d’entendre, de me laisser toucher puis de partager mes ressentis avec leur histoire, de faire des liens…

    Merci Pierre pour cette histoire de vie et pour l’espoir que tu donnes dans le post suivant, oui, il existe des personnes pour écouter, reconstruire, créer un avenir, de nouvelles histoires.

  5. Pierre, j’ai été bouleversé par ton témoignage et plus particulièrement par ta visite au Kigali Genocide Memorial Center et aux deux églises où des familles Tutsies s’étaient réfugiées.

    Ce qui m’a frappé c’est le mot témoignage qui résonne fortement en moi pour dire au monde :
    Témoigner pour ne pas oublier
    Témoigner pour parler des enfants, des femmes et des hommes qui vivent aujourd’hui de nouvelles histoires avec cette histoire là
    Témoigner pour parler du formidable courage et de cette immense générosité de tous ces compagnons qui les accompagnent
    Témoigner pour ne pas dire un jour je ne savais pas
    Témoigner pour ne pas banaliser l’existence de la cruauté humaine même si on ne la comprend pas
    Témoigner sur la capacité des gens à s’en sortir et à reconstruire leur vie et leur identité

    Alors je retiens l’espoir qui est au cœur de notre métier. L’espoir est un formidable compagnon de route dans nos vies ; il nous amène à traverser l’impossible. Mon rôle est de le maintenir en vie dans mon cœur et mon âme pour connecter et le faire scintiller comme source de lumière, de force et d’amour auprès de tous ceux que j’accompagne dans la vie.

    Chantal

  6. Pour poursuivre vos Temoinages auxquels je m’associe pour dénoncer l’horreur, vous pouvez aller sur me site la bas si j’y suis et écouter les 10 émissions de Daniel Mermet reportage fait au lendemain des atrocités.
    Bien a vous
    Jean louis

  7. J’ai bien sûr été bouleversé par le message de Pierre Blanc-Sahnoun, comme tu l’as été et comme l’ont été tous les participants à l’atelier d’initiation. Mais parmi les images qui nous ont été transmises, j’ai retenu les messages d’espoir et les moments qui expriment la fraternité humaine.

    Ainsi j’ai beaucoup aimé que Pierre ait composé une chanson et que les personnes qu’il accompagne lui aient demandé de la redonner encore et encore. J’ai apprécié également le message sur l’infinie aptitude de l’être humain à tout surmonter, allant jusqu’à se remettre à vivre en côtoyant ceux qui ont perpétré le génocide.

    Hélas, j’ai été moi-même amené à pratiquer cet exercice de surmonter le traumatisme d’une guerre civile. Cette guerre a ensanglanté mon pays d’origine, en faisant des victimes dans toutes les familles y compris la mienne. Il ne s’agissait pas de génocide, mais d’une manifestation tout à fait équivalente, puisque des chrétiens tuaient des musulmans et des musulmans des chrétiens, sans autre motif que leur appartenance religieuse. Ce pays, c’était le Liban. Cette guerre a duré de 1975 à 1991. Je crois être en mesure de revivre aujourd’hui. Néanmoins, hier, je n’ai pas réussi à retenir mes larmes.

    Je voudrais témoigner d’un épisode dont la notoriété a franchi toutes les frontières. Pourtant, je n’ai pas beaucoup entendu parler des répercutions de cet épisode sur les Libanais, du moins sur ceux d’entre eux qui ont réussi à ne laisser la haine de l’autre les envahir à aucun moment. Ceux-ci sont en effet bien plus nombreux qu’on ne le croit généralement.

    Lorsque fut perpétré par les phalangistes le massacre des camps palestiniens de Sabra et de Chatila, la faute en a été attribuée exclusivement à Ariel Sharon, car il commandait les forces d’occupation israéliennes. Celles-ci ont laissé le passage aux meurtriers, après avoir désarmé les camps. Cela se ramenait à considérer que les criminels n’avaient pas le choix de se comporter en être humain en refusant de massacrer aveuglément d’autres humains. La communauté internationale n’a donc pas jugé utile de leur demander des comptes. Il n’y a jamais eu de procès. Je me suis senti humilié, un peu comme si mes compatriotes n’étaient pas considérés comme des êtres humains à part entière, ayant l’obligation de rendre compte de leurs actes.

    Curieusement, mes pensées ensuite me mènent à évoquer le projet européen. Celui-ci semble être réduit à rester riche, à construire une union sans perdre l’identité des nations, à ne pas se fondre dans le monde. Un tel projet ne transmet aucun message aux autres peuples du monde. Se contentant de leur parler de démocratie et de droits de l’homme, l’Europe est à peine audible en raison de son histoire de violence interne et de destruction à grande échelle d’autres cultures.

    Or elle possède un message et elle tente un projet de portée universelle, celui d’avoir renoncé à la guerre pour résoudre les différents, celui de rechercher le consensus entre ses membres, celui d’avoir interdit aux états de donner la mort pour punir des citoyens ayant commis des crimes. En profondeur, ce message part de l’idée que l’affrontement est inutile, même dans ses manifestations les plus élémentaires, comme l’affrontement entre soi et soi-même. Ce dernier thème nous ramène d’ailleurs à nos pratiques.

    Si l’Europe se donnait le projet de réellement diffuser un tel message, elle retrouverait peut-être de la force et elle aurait moins tendance à régresser, comme on le voit aujourd’hui.

  8. Bonjour Pierre,

    Je prends à mon tour connaissance de ton témoignage dans son intégralité après en avoir partagé avec beaucoup d’émotions une partie en séminaire de la Fabrique la semaine dernière.
    J’en prends connaissance chez moi, dans le douillet d’une vie apparemment protégée de cette folie, je dis bien apparemment et au delà de ce que chacun a pu écrire et que je partage me viennent de loin les paroles de ces chansons
    – quand les hommes vivront d’amour,
    il n’y aura plus de frontières
    les soldats seront troubadours
    meis nous nous serons morts mon frère…
    Je pense à toi, Pierre,à ton témoignage et je chantonne rien que pour mettre du doux à tes oreilles ,même si face à l’horreur cela semble dérisoire.
    Marie

  9. Je t’ai lu et relu et laisser résonner et se poser au fond de moi la violence des images que tu nous livres. Elles ont rejoint celles que je sais engrammées en moi et la part que je sais être lorsque nous nous octroyons le droit d’enfermer l’autre dans les geôles de nos représentations, de notre définition de qui il est.
    Merci Pierre d’avoir rêv-eveillé ce temps de silence au delà du cauchemar et des mots.

  10. Comment l’homme peut-il tuer à cause d’une histoire qu’on raconte sur l’autre ?

    Ta question est cruciale et me taraude.

    Parce que l’histoire racontée sur l’autre est une histoire de sous-homme, de nuisible ?

    Je me souviens de ce juif à qui l’on avait demandé ce qui lui avait permis de tenir dans les camps de la mort.

    Il avait répondu : je voulais vivre pour raconter mon histoire, pour raconter ce qui s’est passé et rendre hommage à tous ceux qui ne reviendront pas.

    Il ne désirait pas prendre son fusil et massacrer les Allemands, non. Juste témoigner. Une histoire pour réparer, pour honorer, pour humaniser.
    C’est aussi ce que propose ta guide rwandaise.
    Ces histoires là ne naissent pour sauver, elles ne sont pas prophétiques.
    Elles vivent pour élever. Élever pour « plus jamais cela ». Élever pour « Ibuka».
    Élever l’homme.

    Alors merci Pierre de ce témoignage qui élève nos consciences et nous relie à la beauté de nos âmes humaines. Même si c’est vrai, la force de la haine et de l’ignorance sont terribles. Je crois profondément à la force de nos consciences et de nos pensées.

  11. Pierre, je suis bouleversée par ton témoignage…
    Mais…Une fois que j’aurai éteint mon ordinateur, quelle empreinte vais-je en garder?
    Quelle trace plus profonde va-t-il laisser, que les autres témoignages lus ou entendus depuis toutes ces années ?

    Et comme moi sans doute, tu en as lu et entendu de ces témoignages n’est-ce-pas?
    Donc quelle différence avec aujourd’hui, si ce n’est ton vécu?
    Si ce n’est la confrontation avec la réalité, c’est-à-dire toute l’horreur que tu décris?
    Vois-tu Pierre, je crois que ce qui nous manque c’est ça! C’est une espèce de face à face avec autre chose que l’image ou le son, avec autre chose que le virtuel.
    Nous avons tous, plus ou moins vaguement, une représentation de la pauvreté, de l’incarcération, de la violence…Et tout cela peut être décrit, avec force et détails.
    Il n’en reste pas moins vrai que cela reste une notion abstraite pour celui qui prend connaissance de cette description.
    Car la distance est trop grande, si grande…
    Voilà, c’est juste que je voudrais que cette culpabilité qui parfois nous colle à la peau, s’allège un peu, afin de laisser la place aux « Humains » que nous sommes, qui font ce qu’ils peuvent pour travailler « au Progrès de l’Humanité… »
    Avec leurs outils, leurs forces et leurs fragilités…mais avec sincérité.
    Merci pour eux Pierre, et merci de m’avoir réveillée par tes mots, toujours préférables au silence.
    Mais combien de fois aurais-je besoin d’être réveillée encore, c’est la question que je me pose…

  12. Très simplement. Pouquoi faut-il ces extrêmes pour que nous ayons cette légitime pensée de l’attention aux autres ? La misère ordinaire, celle qui se lit dans les yeux du voisin, dans la rue, elle, n’y suffit pas…c’est pour moi une vraie question, permanente…il n’y a pas de degré à mettre dans la souffrance….elle est partout inacceptable …..
    Amicalement

  13. Merci pour ces commentaires émouvants. Sachez que vous êtes lus là-bas, par des gens formidables qui s’occupent de réparer de leur mieux toute cette casse. Je vous conseille également trois films : « Quelques jours en avril », « Hôtel Rwanda » et « J’ai serré la main au Diable » basé sur l’histoire vraie du Général Dallaire, commandant de la MINUA et homme de coeur qui a essayé jusqu’au bout et sans succès d’obtenir des renforts, se heurtant au cynisme et à l’indifférence… et malgré tout a réussi à sauver des dizaines de milliers de vies. Sur le sujet de savoir ce que l’on peut faire concrètement, je publierai prochainement un autre post.

  14. ….. Pierre, que commenter sur ce que tu relates … En 1994, outre m’occuper de mes petites affaires comme tout un chacun, je travaillais à Bruxelles, à la Commission Européenne, institution technocratique, logique, et pourtant issue d’un viscéral « Plus jamais ça » que ses fondateurs n’avaient pas feint quelques années après l’abomination. « Plus jamais ça » pour l’Europe s’entend « Toujours encore ça »pour d’autres pays, sur d’autres continents.
    Merci Martine de rappeler que l’indifférence est le contraire de l’amour, et merci à toi Pierre d’ouvrir notre conscience.

    Florence

  15. Pierre,
    Tu as touché du doigt la folie humaine dans toute son horreur. je suis trés troublé de ton témoignage, de ce que tu as vu et entendu, des questions qui se bousculent dans ta tête.
    Ce retour émouvant que tu partage avec nous me renvoi en direct a une émotion que j’ai ressentis lorsque j’ai visité sur l’ile de Gorée, les caves qui servaient a entasser les esclaves. Pas le mémorial ou le musée, non, des caves dans une maison privée, des caves dans l’état, telle qu’elles étaient lors de ces drames. j’ai eu l’occasion de voir une mise en scène dérangeante, puissante, réalisée par N’Dary Lo sculpteur Sénégalais. Des corps, du sang, des os, des fers, pleins de fers, des corps partout, entassées, mélangés, sanguinolents, pendus. L’effroi, l’horreur, la bassesse humaine. Au fur et a mesure de mon avancée dans ce monde oublié (j’étais seul vivant a ce moment là) je commencais a entendre les bruits des fers, a voir les corps qui bougeaient, a sentir les odeurs pestilentielles des morts sous les presque vivants. J’ai hurlé, j’ai pleuré, j’étais complétement bouleversé, chamboulé. J’ai vomi en sortant.
    c’était aussi de l’histoire unique, celle qui existe encore aujourd’hui, que l’humain a un prix….
    Merci N’Dary Lo de la puissance de ton ressenti si bien exprimé dans ton art.
    Merci Pierre de m’avoir renvoyé 20 ans en arrière.
    Luc

  16. Larmes.
    Larmes pour l’horreur qui se reproduit.
    Probablement parce que je le vois trop personnel, je ne publierai pas ici
    « petite fille juive pendant la guerre »…
    Bien sûr ceci me ramène à mon histoire, ma famille et moi qui avons eu la chance que des Justes
    sauvent nos vies.
    Aujourd’hui envie, besoin viscéral d’aider ceux qui ont survécu.
    Peut être un hommage à ceux qui font que je suis en vie aujourd’hui,
    peut être…. croire que l’homme peut ne pas être qu’un bourreau…
    peut être donner un sens à ma vie,
    peut être m’asseoir sur les petites conneries et mesquineries quotidiennes
    qui ne méritent vraiment pas qu’on s’y arrête…
    Peut être grandir, aimer « mon prochain » autant que moi même, sans aucune connotation catho.
    Qu’est ce que je peux faire ?
    Françoise

  17. Merci, Pierre, pour ce témoignage. Peut-on dire que « le reste est silence »? Il m’arrive souvent de sentir que je ne peux rien faire… mais nous pouvons toujours dire. Et souhaiter que nos paroles soient transformées en actes par nos enfants…

  18. « L’indifférence tue plus que la haine »

    Merci Pierre de ton émouvant témoignage. Je trouve qu’il faut beaucoup de courage pour entreprendre un tel voyage. C’est peut-être ce qui nous manque parfois pour rester les « yeux ouverts » et « le coeur accessible ».

    En te lisant, il me revient en mémoire une phrase de Robert Hossein qui s’est imprimée en moi « L’indifférence tue plus que la haine »…
    Je crois que les artistes et les artisans de la narrative ont un rôle important à jouer dans ce « simple » régistre de témoins : témoins de sensibilité, de curiosité et de vigileance…
    Je ne sais si j’aurais eu le courage d’aller REGARDER ce qui s’est passé au Rwanda.
    Le virtuel des médias banalisent beaucoup d’évènements et de situations.
    La « posologie » que je m’applique : revenir dans le concret, dans des relations vraies et incarnées, faire du sport, pratiquer un art pour rester à l’écoute et en éveil, prier…et continuer à rêver que les « belles histoires » de l’humanité peuvent continuer à se développer….sans oublier (MERCI Pierre de me le rappeler) la gratitude pour la vie qui est la mienne.

    Bonne journée à chacun !
    Martine

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