Revenir dans son corps et écouter ses histoires

Par Laure Maurin

En avant-première de son atelier “Quand le corps raconte – Saison 2” des 4 et 5 mars à Bordeaux et des 19 et 20 mars à Paris, Laure Maurin nous propose une déconstruction de notre relation à notre corps et une renégociation de cette relation si essentielle.

Revenir dans son corps : une idée bizarre et saugrenue, vous ne trouvez pas ? Car à bien y réfléchir, ce corps et nous, nous évoluons ensemble depuis notre naissance. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire, ” revenir dans son corps” ? J’ai réfléchi à cette question car c’est un besoin que je rencontre chez beaucoup de personnes avec qui je travaille . Je ressens un déséquilibre chez la personne, avec un mental beaucoup trop présent et très peu de liens avec ses émotions et ses ressentis. Alors comment s’y prendre  ? Comment aider la personne  à  retrouver  l’écoute  de ses sens ? Qu’est ce qu’elle ressent, quand ces sens essayent de lui parler ?

En tout premier pour établir une relation, il faut rencontrer l’autre et l’écouter. Par exemple, prendre un petit moment chaque jour pour observer ses sensations, ses tensions, comment on respire, comment on est installé sur un fauteuil, sur une chaise, comment on se ressent quand on est debout dans cet équilibre sur nos deux pieds. Sans se juger, sans analyser, simplement par l’observation en position de spectateur.
Par exemple, si je te demande, là, de porter ton attention dans tes épaules, comment se sentent-elles ? détendues ? nouées ? raides ? joyeuses ? Pour certains, reprendre contact avec leur corps,  ça peut commencer par le toucher , se passer de l’huile ou de la crème, prendre soin de sa peau, ou se laver en conscience et non par automatisme en pensant déjà sous la douche à la journée qui nous attend, se faire masser, se masser les pieds. 

Notre premier sens est le sens du toucher , il est en correspondance avec l’organe de la peau. Quand on dit “se sentir bien dans sa peau”, qu’essaie t-on exactement d’exprimer ? 
Questionner le corps, c’est faire parler les sensations. Lorsqu’une personne n’est pas reliée à son corps, elle va “histoiriser” ses émotions d’une certaine façon, elle va mentaliser, expliquer, analyser, raisonner. La personne n’est pas dans la narration, elle est dans le récit. Elle vous raconte la situation par le détail : “Je lui ai dit… il m’a dit… je lui ai répondu…” Par exemple quand elle va ressentir de la colère, vous allez sentir tout au long de son récit que la colère est présente sans qu’elle en parle vraiment.  Elle va vous expliquer le pourquoi, ce qui l’a mise en colère, c’est son mental qui parle. Mais l’émotion est toujours là, toujours présente mais muette.
Lorsqu’on questionne le corps, on demande  à la personne de ressentir, d’observer, de décrire. On peut s’apercevoir parfois que l’émotion ressentie est disproportionnée face à la situation vécue. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Qu’est-ce que la situation est venue réveiller comme émotions bloquées dans le corps ? Interroger la relation que l’on entretient avec son corps permet de mieux se connaitre, de vivre plus en conscience.

Il faut questionner cette relation régulièrement, la faire exister. Si je parle de travail, c’est qu’effectivement cela demande une certaine discipline. Une attention et une intention régulières portées à soi-même et à l’instant présent. Je ne vous cache pas que l’influence du yoga qui veut dire “relier corps et esprit” est à la base de cette réflexion. Cette philosophie du yoga, comment pouvais-je l’utiliser et l’intégrer dans ma pratique narrative ? Nous ne sommes pas dissociés, corps d’un côté et esprit de l’autre, comme le prétend la tradition religieuse, il n’y a pas de dualité, l’un ne domine pas l’autre à part dans notre société où l’on a transformé notre corps en objet de performance de consommation. On parle de ce fait de marchandisation du corps. 
Mais comme dans toute relation, nous pouvons retrouver l’équilibre dans cette relation corps et esprit.
Notre corps et notre mental, nous permettent de recevoir de grandes quantités d’informations pour nous adapter sans cesse au changement : impermanence des choses, vieillesse… Notre cerveau reçoit sans cesse les informations envoyées par nos sens afin de créer un ensemble cohérent qui décrit le monde dans lequel nous pouvons exister. Hélas, seulement 10 % de ces informations reçues par nos sens sont traitées par notre cerveau, le reste demeure ancré dans notre corps et ne remonte pas à notre conscience narrative histoirisée.

En rééquilibrant la relation corps-esprit nous permettons à la personne d’être plus consciente de qui elle est.  Ceci permet d’étoffer et de densifier son identité. Rééquilibrer cette relation corps esprit, c’est ouvrir des portes, nous permettre de nous redéfinir, de nous réinventer, et de réinventer le monde dans lequel nous vivons.

Une réflexion au sujet de « Revenir dans son corps et écouter ses histoires »

  1. Article très intéressant. Ça me donne vraiment envie de suivre les saisons 1 et 2. La reconnexion avec son corps est essentielle

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