De l’importance et
de la puissance des métaphores

Par Michèle Gauthier
http://www.michele-gauthier-coaching.fr/

Un bel extrait de conversation qui illustre la puissance du changement de métaphore comme point de départ de la renégociation du sens. Illustré par une splendide photo de Luc Pouyanne, reçue il y a quelques jours, et qui s’applique pour sa part à illustrer une métaphore collective née lors d’un exercice du dernier séminaire Initiation.

« Vous m’avez parlé du vinyl, la dernière fois. Moi je me voyais tranquille sur mon manège, à regarder le paysage. Mais ce n’était pas du tout ça. Vous m’avez parlé de disque rayé. C’était plutôt ça ! »

Je suis surprise, étonnée et émerveillée de ce que Brigitte a fait de la métaphore que je lui avais proposé. Lors de la précédente séance, j’ai donné l’image qui me venait, celle du « disque rayé » en parlant de sa relation avec son frère.

Elle me raconte alors qu’elle ne peut s’autoriser pas à être heureuse, car son frère vit des difficultés. Elle l’aide ou aide sa famille (sa fille notamment qui est gravement malade) mais il ne la remercie pas. Or malgré tout, elle me décrit le fait de ne pouvoir s’empêcher de l’aider. Cela se produit depuis plusieurs années. 
J’entendais dans son récit, la répétition à cette expérience d’où l’image de ce « disque rayé ».

D’un air léger, elle me dit, lors de cette première séance :
« C’est comme un manège ! »
Je lui fais part de l’image qui m’apparaît :
«  Brigitte, moi je vois plutôt un disque rayé, vous savez, les 33 tours. Le diamant qui retombe toujours au même endroit et n’arrive pas à en sortir »
Elle ne répond pas et nous poursuivons nos échanges sans y revenir durant la séance.

Lors de la séance suivante, elle me dit qu’elle est arrivée à dire « ça suffit» à son frère, et elle ajoute :
«  Mais c’est grâce au « Vinyl »  ! Moi je me voyais comme dans un manège, confortable, ouverte à l’extérieur. Mais en fait, c’était noir, complètement fermé, et je me suis dit : “ce n’est pas possible, ça doit s’arrêter. Ce n’est plus supportable ! “». Elle poursuit :
« J’ai pu dire à mon frère que, s’il estimait que je n’en faisais pas assez pour lui, que si telle et telle chose (j’ai énuméré), cela ne comptait pas pour lui, je ne voyais plus quoi faire d’autre. » Et Brigitte continue calmement : « Donc je lui ai dit que je ne viendrai l’aider que s’il le demande. » Je me sens bien avec cette décision ».

Pour en revenir à cette métaphore, dans cette image, je voyais juste le « disque rayé », le mouvement toujours identique qui se renouvelle. Elle y a vu le noir, l’enfermement, choses que je n’aurai jamais dites, car je ne les voyais pas. Et c’est ce qui lui a donné l’énergie de changer quelque chose pour elle.

Je me rends compte de la puissance des métaphores, des images par leur respect de chacun. Lorsque j’en propose une, mes interlocuteurs les utilisent comme c’est opportun pour eux, à ce moment-là ! Ca les aide à donner du sens à ce qu’ils vivent. Et c’est eux qui trouvent ce sens dans la métaphore proposée.

Et vous, avez-vous déjà remarqué ce genre de phénomène ?

8 réflexions au sujet de « De l’importance et
de la puissance des métaphores
 »

  1. Merci, Catherine, pour votre réponse,je suis heureuse de constater que je ne braque pas..il est vrai que je n’ai du soignant qu’un DE d’infirmière non psychiatrique. Mais c’est mon regard de malade qui cherche à parler et revendique plus d’efficacités.
    C’est la logique, la sagesse qui maitrise les sentiments nuisibles à l’équilibre mental, rien d’autre,ce que j’ai difficilement et lentement trouvé en moi dans l’écriture en partant de nulle part sans savoir ou aller,ne pouvait-on m’y diriger ? Trouver l’intérêt de chaque qualité pour les doser correctement en fonction des besoins, donc équilibrer notre psychisme, voilà l’unique travail qui n’est possible qu’à la condition de l’évacuation de nos rancunes, qui ne fait que grâce à la compréhension des attitudes qui les ont provoquées.
    De l’intérieur, quand c’est nettoyé, tout parait simple,et sans généraliser ,la souffrance humaine revient toujours à l’impression vraie ou fausse d’être mal aimé et donc mal compris.

  2. Ver00, vous posez là une problématique bien générale qui questionne chaque thérapeute qui est là pour “accompagner” son patient vers un territoire qui lui fait sens et qui pourrait le soulager. Peu importe l’école, la technique, le clean ou le pas clean, la narrative ou la psychanalyse, la systémie ou les TCC.
    Il me semble que ce blog est un lieu d’échanges autour des idées narratives où chacun y apporte son témoignage, se questionne, s’enrichit, se remet en question dans sa pratique pour grandir et travailler en harmonie avec qui il est.
    Je trouve intéressant de nous ouvrir à d’autres pratiques, d’aiguiser notre sens critique. Nous sommes tous en recherche et le chemin n’est jamais abouti.
    Reste que votre témoignage rappelle l’objet de notre travail, pour qui on le fait et pourquoi. Questions essentielles à ne pas perdre de vue dans les méandres théoriques.

  3. Métaphore me fait dire symbole qui parle, focalise davantage au subjectif.

    Je ne suis pas prof psy, au contraire,j’ai été malade,mais je ne peux m’empêcher de répondre au commentaire de Béatrice; si vous saviez ce que ça m’énerve d’entendre parler de laisser le malade cheminer seul, à ses propres représentations…..On voit bien que vous, les pro.vous n’avez jamais été malade.A quel point, on est perdu, incompétent et à quel point l’aide d’une logique saine pourrait nous soulager, au lieu de cette attente d’un déclic personnel qui tarde toujours pour notre plus grand malheur, ou qui ne se fait jamais. N’en avons nous pas assez de cette psychologie inefficace ? Quand sera t-il possible de tendre enfin vraiment la main, de se mouiller les uns pour les autres ? Les voisins,ou amis le font, mais mal, sans logique professionnelle ? Quand allez vous prendre le bon relais de l’humanité ? On peut rester général,si on craint trop de n’être pas excellent,mais il y a des évidences existentielles que le malades ne voit pas, et ne verra pas, si on ne l’aide pas réellement, au lieu de dire sans dire.

  4. Merci Michèle pour ce partage.
    (merci Luc pour Aigle Royal… photo prise en Inde ??)
    Qu’elle soit à l’initiative du thérapeute ou du client,
    la métaphore n’est-elle pas un “outil narratif”, j’allais dire nécessaire/indispensable ?
    L’image est parfois/souvent plus parlante que les mots.
    @ Lionel : “la médiation par la photo” : j’ai bien envie d’essayer !!

  5. J’ai la même expérience de questionnement direct à la métaphore depuis que je travaille avec un “assistant en peluche” (un petit ours) assis sur l’un des trois sièges de mon bureau. Sa présence crée une triangulation et ouvre une nouvelle “conversation dans la conversation”, au sujet de ce qu’il peut penser de ce qui est en train de se dire et de l’image qu’il peut avoir du client. c’est une sorte de témoin extérieur virtuel. Exemple (avec un client confronté à une histoire dominante de “je ne suis pas intelligent”) :
    PBS : est-ce que tu trouves que Michael (c’est le nom de l’assistant en peluche) a l’air intelligent ?
    Client : c’est une question idiote. Michael est une peluche, il ne peut pas avoir d’intelligence.
    PBS : alors tu dirais qu’il a l’air comment ?
    Client : euh… il a l’air mignon.
    PBS : donc c’est légitime pour toi de lui trouver l’air mignon, mais pas l’air intelligent. Qu’est-ce qui caractérise l’air intelligent qui fait qu’un ours en peluche ne peut pas l’avoir ? Et qu’est-ce qui caractérise l’air mignon qui fait qu’un ours en peluche est légitime à l’avoir ? (etc.)

    Ici, s’ouvre dans l’humour une piste de déconstruction du discours dominant sur l’intelligence qui permet au client de réexaminer son sentiment d’échec par rapport à ces catégories culturelles.

  6. Depuis des décennies, la métaphore fait un carton dans les professions d’accompagnement et de RH : d’abord chez les psychologues cliniciens avec les tests projectifs (Rorschach, TAT, Village). Elle a gagné ensuite les champs de la formation, du team building et de l’outplacement grâce au photo langage et à ses multiples déclinaisons à base de photos, dessins, pâte à modeler, collages et accessoires divers…
    Dans le domaine du coaching et de la thérapie, l’innovation majeure est venue, d’après moi, de David Grove avec le Clean Language et la Modélisation Symbolique : ici le praticien travaille directement avec les métaphores du client, les expressions imagées qui émaillent son récit, et en se gardant bien d’y ajouter ses propres inférences, interprétations, ou hypothèses. Quand il propose un support de projection à son client, il l’invite à dessiner ou lui tend un jeu de photos non figuratives.
    En effet, le guidage « clean » accompagne le client dans la découverte de son propre système de représentations. Les questions « clean » s’adressent directement à la métaphore et amènent la personne à modéliser son propre système, de façon à s’y repérer, explorer différents niveaux logiques dans l’abord de ses problématiques, et refaire une place pour ses propres intentions. Comme l’indique David Grove :
    « Je pose une question Clean à la métaphore et la métaphore peut répondre… Le client est souvent étonné de la réponse et il crée un discours avec sa métaphore, il devient un observateur passionné de ce qui se passe dans son univers. Il se modélise et il en apprend des choses significatives ».
    Plus de précisions sur les convergences et croisements entre les postures clean et narrative :
    http://www.croisements-narratifs.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=41&Itemid=83

  7. les métaphores en litterature, sont faites pour une meilleure compréhension de l’idée, pour agrémenter le discours, pour que le lecteur s’approprie l’histoire, et pour permettre aussi parfois de rebondir, pour continuer cette histoire.

    tIENT, CELA ME DIT QUELQUE CHOSE/rebondir, epaissir l’histoire,
    Si je comprends bien la métaphore en narrative donne la possibilité à un carrefour , de prendre une autre route, et donc de regarder ce qui se passe sur la première, ou de prendre le sens inverse, ou de fuire? QUELLE ROUTE? la narrative! j’ai hate d’être en septembre , et prendre ce chemin la. a bientot francoise

  8. Ce que tu dis des métaphores me fait penser à ce qui se passe avec la médiation par la photo (par exemple, choisir dans une collection de photos celle qui représente un objectif, une valeur, une ressource, ou une situation) : la même photo peut représenter des choses très différentes pour deux personnes différentes ! Ainsi, la photo d’un vieil homme assis sur un banc et qui jette des graines à des pigeons sera vue par l’un comme la représentation d’une solitude insupportable, et par l’autre comme la manifestation d’une sérénité et d’une compassion immenses…

    Au fond, la métaphore est un support projectif… virtuel, ce qui augmente encore son pouvoir d’évocation.

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