L’amour romantique, une forme de violence de genre ?

violence

Par Anne-Sophie Vernhes

En s’intéressant au travail de Leticia Uribe au Mexique, Anne-Sophie nous aide à renégocier la notion de violence dans le travail avec nos client.e.s

Leticia Uribe travaille sur le thème de la violence des genres, faite aux femmes, parce qu’elles sont nées femmes. La définition qu’elle donne de la violence est beaucoup plus pertinente que celle (inconscient politique ?) du Larousse : “La violence est une forme d’abus de pouvoir qui se présente lorsqu’une personne tente de soumettre et écraser la volonté d’une autre, sans respecter ses droits. Son objectif est d’infliger de la douleur ou une souffrance, et d’empêcher tout obstacle dans l’exercice de cette violence. La violence est une conduite qui peut prendre la forme d’actes, mots ou d’omissions”. Note à Larousse : j’attire votre attention sur l’importance de cette dernière phrase.

Leticia nous livre un constat : cette violence n’est pas identifiée et donc pas nommée comme telle. Or, ce qui n’est pas nommé reste invisible. La première étape est donc d’apprendre à reconnaître cette violence et à la nommer. Les raisons de cette violence invisible, et son acceptation, sont au nombre de trois :

1/ Les rôles de genre, dictés par l’héritage de nos sociétés patriarcales et stéréotypes en découlant : l’homme au turbin, dans l’action, et la femme à la maison, dans la parole, l’affectif et l’émotion,

2/ La violence symbolique, concept qui nous vient de Deleuze. Cette violence ne prend pas de forme physique, elle est insidieuse et là, sont visées les images créées par notre société: publicités, vidéos, clips. La femme instrumentalisée, “objetisée”,

3/ Le mythe de l’amour romantique : Ce troisième facteur, et non des moindres, est chargé de valeurs émotionnelles, et de ce fait, est le plus dur à cuire et faire fondre face aux changements. Ce mythe, une idéologie presque, sous-tend les lieux communs suivants :

  • Dévouement total au partenaire
  • Faire de l’autre l’unique élément important et fondamental de sa vie
  • Attitudes d’aides et de soutien à l’autre sans réciprocité ou reconnaissance
  • Désespoir ressenti, anticipé, à l’idée de perdre cet “autre”
  • Totale dévotion au moment de la rencontre
  • Moments d’intense bonheur ou malheur profond
  • Tout faire ensemble, tout partager, s’identifier
  • Idéaliser l’autre sans en voir les limites et défauts

La plupart du temps, ce qui mobilise les femmes qui viennent voir Leticia en consultation, c’est “une mauvaise communication” avec leur partenaire ou le fait qu’elles se sentent incomprises. Et elles s’en sentent souvent coupables.

La première étape de son travail consiste à :

– Mettre en évidence et déconstruire les discours culturels en jeu, tant au sein de le relation, qu’au sein de la construction identitaire de chacun.e

– Signaler et nommer la violence dès lors que nous la reconnaissons,

“La personne n’est pas le problème”, disait Michael White. Ce sont deux choses bien distinctes. Et nous avons tous, hommes et femmes, des capacités et ressources pour régler nos problèmes. J’adore l’image qui illustre cet article : à gauche, les problèmes et les ressources ; à droite, la personne.

Voici quelques unes des questions qui peuvent guider les conversations, dans le cadre de violence de genre :

– Tu sais que le fait de t’avoir pris de l’argent et d’avoir détruit tes documents est considéré par la loi comme un délit ?

– Dans une société dans laquelle nous sommes poussés à être numéro 1, il est probable que les hommes oublient leur responsabilité quant aux conséquences émotionnelles de leurs actes. Crois-tu que ce soit ce qui est en train de se produire, qu’il ne puisse pas faire face à cette responsabilité ?

– Se conduit-il de cette façon uniquement avec toi ? S’emporte-t-il ainsi avec son chef ou avec des hommes qu’ils considèrent comme plus forts ou puissants ?

La problématique pour les femmes qui subissent une telle violence n’est pas de parvenir à ce que leur partenaire cesse de l’exercer, il est de se responsabiliser.

Leur responsabilité s’exerce à deux niveaux :

1/ Rendre cette violence visible, la nommer, ne pas l’accepter, s’en protéger et s’éloigner

2/ Travailler pour se remettre des effets de cette violence

 

Une réflexion au sujet de « L’amour romantique, une forme de violence de genre ? »

  1. Superbe article ! Merci.
    La façon de nommer donne vie, texture, “épaissie” un fait, une situation.
    Comment faire advenir la fin de l’usage du masculin neutre ?
    Le genre étant un concept et un construit social, comment amener les femmes et mères à être le vecteur d’une autre construction sociale, moins violente ?
    Des questions qui me traversent et traversent mon rapport à l’Autre. Et peu de réponses à ma portée…

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