Du bon usage de la honte

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L’un des thèmes très intéressants développés dans la 2ème journée d’atelier de Rob , Shona et Maggie était sur l’utilisation narrative de la honte.

Quitter le territoire du problème pour créer de nouveaux paysages, célébrer la différence au lieu de contrôler et molester l’autre pour le rendre semblable. Tel est le but du voyage de l’homme qui utilise la violence, dont une étape essentielle consiste à devenir capable de se mettre dans les chaussures de l’autre afin de développer une compréhension plurielle de la vie, nourrie par des récits multiples

L’expérience de la honte joue un rôle important dans l’accompagnement des hommes qui utilisent la violence. La honte offre un point d’entrée pour des conversations sur l’absent-mais-implicite de la honte : “quel type d’homme as tu envie d’être et auquel cette honte te renvoie ?” Il y a là une porte qui peut s’ouvrir vers l’idée qu’être responsable n’est ni se reconnaître “coupable”, ni se vautrer dans le repentir, mais plutôt rester en contact avec le sentiment d’éthique (A. Jenkins), avec les effets de nos choix et de nos pratiques sur la vie de ceux qui nous entourent, et avec notre projet identitaire (qui nous voulons être).

Il ne suffit pas pour cela de s’installer dans une histoire préférée et de tourner crânement le dos aux abus et aux pratiques du passé : il faut que quelque chose ait lieu qui puisse reconnaître l’abus et ses effets dans la vie de la victime, cette reconnaissance étant possible dès lors qu’elle s’opère depuis une nouvelle plateforme située en territoire “solide”. Les pratiques de restitution / réparation dont je parlais hier font partie de ce processus. La honte aussi, bien qu’elle soit mal attribuée ; elle est souvent éprouvée par les victimes de violences plutôt que par leurs auteurs. “Qui devrait avoir honte ?” est une question souvent posée par Rob dans son travail avec ces auteurs. La honte peut fournir un point d’entrée vers des territoires préférés et vers une conversation sur ce qui est honorable, beaucoup plus que la culpabilité qui renvoie à une identité interne de “coupable” ou de “criminel”.

Devenir capable de ressentir de la honte est une étape importante dans ce travail (“qu’est ce que cela dit de toi que tu ressentes de la honte ?”). Ceci permet aussi de construire une histoire de force autour de la honte et du fait de faire face, alors que la honte est souvent associée par les définitions normalisatrices de la masculinité à une histoire de faiblesse : “Comment peux tu mettre la honte de ton côté et en faire une alliée ?”

Ce travail sur la violence en thérapie familiale trouve très naturellement des prolongements dans la violence institutionnelle, dans l’accompagnement de situations de harcèlement moral et sexuel en entreprise mais également dans le travail sur les valeurs et la culture des entreprises et la façon dont certaines formes de violences institutionnelles naissent de l’ignorance ou de l’occultation de ces valeurs.

Sinon, l’Euroconférence proprement dite, première du genre, commence demain. C’est déjà un succès avec plus de 230 délégués. Juste un petit regret ; que sur ces 230 personnes, la seule qui ait refusé de me serrer la main soit une collègue française. Dans un premier temps (et dans une première version de ce post), je me suis dit qu’on restait dans le sujet. Mais en réfléchissant, j’ai pensé aussi qu’il s’était peut-être produit quelque chose dans ma relation avec cette collègue qui se rattachait à de la violence et que son attitude parlait de sa propre façon de vivre cela,  pas forcément d’une intention négative qui m’aurait été spécifiquement destinée. J’en ai donc conclu qu’il fallait laisser la porte ouverte, accepter de voir sincèrement la situation par ses yeux… et donner du temps au temps. Que je sois capable d’avoir une idée pareille et d’en tirer cette conclusion est en soi un hommage au travail de ces 2 derniers jours.

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Une réflexion au sujet de « Du bon usage de la honte »

  1. A propos de la honte, je perçois qu’il faut un questionnement extrêmement bienveillant du Narrapeute pour permettre à la personne de comprendre si sa honte émerge en résistance à ses propres “valeurs” ou si elle existe en “écho” aux injonctions familliale, sociétale. Etc…

    Je crois que la honte productrice d’idée constructives c’est celle qui s’enracine sur l’histoire préférée intime et souvent inconnue de la personne. A ce titre, je pense qu’il est souvent très “accélérant” d’interroger la personne sur ses actes, pensées ou paroles dont elle ne peux pas se déclarer fière, à ses propres yeux, même si ce ne sont pas de actes mais parfois des intentions ou des non-actes…
    Et cela suppose que la personne a acquis la certitude de la position non jugeante, bienveillante et confidentielle de son accompagnant…

    Enfin, concernant ta Consoeur française, te souviens tu d’un des 4 accords Toltèque ?: ne rien prendre personnellement…

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