Il n'y a pas de guérison sans justice – Merci David Denborough #4

Les tribunaux Gacaca au Rwanda (source Rwandapedia)

Par Martine Compagnon

David Denborough a partagé avec nous la charte des droits narratifs des clients, qui se trouve aussi sur le site de la Fabrique Narrative.

Deux formulations, et une suite possible, ont attiré mon attention parmi ce qu'a partagé David…

Rendons aux enfants ce qui appartient aux enfants, et heureux les créatifs d'esprit !

La première remarque que je garde à l'esprit, c'est "l'hommage" rendu par David Denborough, à la contribution des enfants aux travaux de Michael White et de David Epston.

Je reprécise les articles de la charte des droits narratifs des clients auxquels je rattache cette remarque :

Les coachs narratifs mettent tout en œuvre pour permettre aux individus, aux groupes et aux communautés :

– Article 1 : de décrire leurs expériences et leurs problèmes à partir de leurs propres références culturelles ;

– Article 2 : d’être écoutés dans le cadre contextuel de leur propres histoire et mode de relations ;

En commentant ce point, David Denborough a aussi bien cité les références culturelles et histoires aborigènes, LGBT, que l'univers des enfants…

Nous avons, au cours des Master Class, assisté aux nombreuses vidéos / lu les divers articles de Justin et de son asthme (David Epston), de Richard et de ses peurs (Michael White), de Jeffrey et de son "THADA", et d'autres.

J'ai été touchée d'entendre combien la capacité enfantine de "croire à", de "plonger dans les univers", a permis probablement de tester, d'oser, de peaufiner les expériences d'externalisations. Voir Richard confier à Michael la boîte qui contient ses peurs…. Et observer Michael tomber de sa chaise, emporté par le gigotement effréné des peurs dans la boîte… reste un moment de grâce en termes d'accompagnement, de créativité et de puissance…

Ceci me rappelle combien l'art des clowns (vous savez peut-être que je participe des deux mondes !) doit : à l'adolescent atteint de trisomie qui, entendant ses collègues rire de son passage en ombre chinoise, sort de derrière l'écran pour se voir aussi ; à la personne atteinte de la maladie d'Alzheimer qui nous apprend à contempler durant de longues minutes un mur blanc ; à l'homme très âgé et soucieux de paraître dont le costume et la fierté à le porter nous donne une leçon d'habillement  !

A toutes et tous, merci de me nettoyer les lunettes !

Une histoire qui me rend fort sans affaiblir l'autre

L'autre remarque qui m'a tiré l'oreille, c'est le projet de charte éthique du storytelling qu'a cité David Denborough. Rapidement et en expliquant que cette charte, comme toutes les autres, serait probablement continuellement en chantier.

J'en ai retenu deux idées importantes pour ma pratique, moi qui accompagne plutôt des équipes en entreprises et en organisation** :

Nous nous engageons à :

  • Raconter nos histoires de façon à nous rendre plus fort.e.s, et à ne pas rendre d'autres plus faibles

  • Étudier les effets de nos histoires / conversations / actions, sur les autres, y compris ceux qui sont absents

J'apprécie ces deux points d'attention, alors que la solidarité des uns peut parfois se faire au détriment des autres…. Je pourrai partager demain ce critère avec mes interlocuteurs, en entreprise, au moment de signer leur version de l'histoire et de la partager.

Je serai sensible à ce que l'alliance se fasse bien "contre" ou "face" au problème et pas "contre" une autre équipe, culture, race, activité, etc.

Healing and justice together – la guérison et la justice sont associés

David l'a dit, et cette phrase se retrouve dans les principes de travail de l'équipe de conseillers narratifs rwandais (voir le document mis en ligne par La Fabrique Narrative autour du projet de conférence narrative au Rwanda en 2020)

7) Healing and justice together

In the work of Ibuka, we never separate healing from justice. These go hand-in-hand. Much of our work involves making it possible for survivors to seek justice through Gacaca hearings and to support them through this process. We see in our work how justice is a form of healing and how healing is a form of justice.

(Dans le travail d'Ibuka, nous ne séparons jamais la guérison de la justice. Celles-ci vont de pair. Une grande partie de notre travail consiste à permettre aux survivants de demander justice par le biais d'audiences Gacaca* et de les aider tout au long de ce processus. Nous voyons dans notre travail comment la justice est une forme de guérison et comment la guérison est une forme de justice.)

Cette dernière remarque m'a touchée.

Elle n'a pas encore de conséquences directes sur ma pratique en organisation ou auprès de particuliers. Mais il se pourrait qu'elle nourrisse ma façon d'aborder demain les situations de burn-out, ou autres difficultés personnelles liées à des pratiques sociales ou sociétales plus larges.

Comment puis-je contribuer au sentiment de justice ressenti par la personne. Vers quels autres aidants, institutions, puis-je orienter mon interlocteur.trice ?

Encore une fois, merci David Denborough de ces apprentissages !

*Gacaca, qui se prononce « gatchatcha », est le nom rwandais pour tribunal communautaire villageois. À l'origine, les gacaca permettaient de régler des différends de voisinage ou familiaux sur les collines. Elles étaient très éloignées des pratiques judiciaires modernes.

**Attention : notes incomplètes, prises rapidement à la volée, avec des approximations probables

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