“Merci pour la tendresse…”

C’est une immense artiste et une grande story-telleuse qui nous quitte avec Anne Sylvestre.

Elle maîtrisait à la perfection l’art de raconter une histoire qui remobilise nos émotions et notre humanité. Très reconnue pour ses chansons pour enfants, les “Fabulettes”, dont elle disait en rigolant que c’était “son assurance vieillesse”, elle a produit 400 chansons mainstream bouleversantes, autant d’histoires de vie à vif qui tapent au coeur du coeur. J’avais eu le privilège de passer une semaine avec elle il y a 2 ans, dans un village perché de la Drôme provençale où elle organisait chaque année une master class pour quelques jeunes (et moins jeunes 🤓) auteurs-compositeurs et compositrices. Féministe, anticolonialiste, avec son oeil vert perçant et ironique, elle n’avait rien perdu à 84 ans de son humour ravageur et de son humanité bourrue. Parolière exceptionnelle (même si elle détestait le surnom de “Brassens en jupons” qui la réduisait à son genre), elle avait décidé de s’affranchir de l’histoire dominante de sa famille pour s’inventer à travers la poésie. C’est le moment de réécouter ses chefs d’oeuvre et de lui dire bonjour à nouveau.

Projection au coin du feu

Par Catherine Tanitte

Voici un compte rendu très créatif de la soirée conférence du 5 novembre 2020 « quand l’approche narrative fait son cinéma ».

 C’est une soirée d’hiver, où la nuit prend ses quartiers. Le 5 novembre 2020 pour être précis. Dans le noir, tour à tour, des personnes prennent place et apparaissent dans la salle. On distingue le haut de leurs silhouettes assises dans la pénombre de la soirée. Quelques lampes ça et là caressant leurs visages ou épaules.  En arrière fond, Claude Nougaro nous chante son cinéma.

C’est la séance de 19h. Ou plutôt la conférence. La salle est virtuelle. Elle se prénomme Zoom.

Je vous parle ici d’une conférence que j’ai eu le plaisir d’animer dans le cadre de la Fabrique Narrative pour partager quelque chose qui m’est précieux et m’anime.

Ce qui était à l’affiche ce soir là, c’était : « Quand l’approche narrative fait son cinéma ! Les langages visuel, cinématographique et séquentiel comme accompagnements narratifs » Continuer la lecture de Projection au coin du feu 

Le sens des mots

Par Catherine Mengelle

L’autre jour, j’animais avec Fabrice une journée découverte des Pratiques Narratives.

Quand nous présentons les idées narratives, les personnes se raccrochent à ce qu’elles connaissent et font des liens avec d’autres approches. Parfois, ces liens me paraissent réels, d’autres fois beaucoup moins. Or si elles dépensent des sous pour s’informer ou se former à des idées nouvelles, ce n’est pas pour que nous les brossions dans le sens du poil. Je suis donc attentive à ces liens et cherche toujours à en vérifier le bien fondé. C’est ainsi qu’une participante a pensé « recadrage » lorsque nous parlions de l’histoire alternative, faisant référence à des choses déjà connues d’elle. Ce mot m’a heurté, je ne le trouvais pas juste. Je me suis retrouvée à recadrer (pour le coup) une collègue et je n’ai pas aimé le faire. Depuis, j’ai réfléchi à ma réaction, je me suis demandée pourquoi ce terme « recadrage » ne me convenait pas. Bien entendu, cela va bien au-delà de la seule posture narrative.

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Lors du deuxième confinement

Par Elizabeth Feld.

Lors du premier confinement, j’avais publié un article sur Errances sur les rites de passage par rapport au confinement1.

Force est de constater que nous sommes toujours quelque part dans ce passage, me semble-t-il.

Pour honorer ce deuxième confinement, et le bazar qui se passe dans mon pays d’origine, j’aurais aimé juste partager avec vous quelques lectures qui m’ont beaucoup parlé autour de la notion de passage , et de liminarité (l’état dans lequel on est quand on est en plein milieu d’un passage, l’entre-deux…)

Il s’agit de deux anthropologues contemporains : Björn Thomassen dans Liminality and and the Modern2, et Arpad Szakolczai dans Liminality and Experience3. Ils proposent quelques notions qui me semblent bien intéressantes et applicables à ce qui se passe aujourd’hui.

Thomassen, dans son excellent ouvrage propose que, dans notre société moderne, nous sommes, en fait, dans un état constant de liminalité, que nous recherchons justement ce qui fait partie de l’expérience liminaire, et que les valeurs contemporaines sont beaucoup axées là-dessus:

“Quelque chose de très différent s’est passé depuis le XVIè siècle : la liminalité s’est établie au coeur du projet moderne. Le jeu, la comédie, les jeux, la sexualité, la vie des loisirs, la violence – en bref tous les aspects les plus évidents de la liminalité, liés à l’expérience humaine – ont occupé le centre de la scène à l’intérieur de la modernité culturelle, politique et économique. En même temps, au niveau de la pensée, les sentiments humains de la peur, l’anxiété, le scepticisme et le doute (des sentiments liminaires par excellence) se sont établis comme les fondations anthropologiques. S’il ne s’agit pas de transition, il ne s’agit pas de liminalité.” 4

“… La liminarité a sa place dans une séquence. Aucune culture ne serait assez bête pour concevoir une séquence de rituel qui s’arrête au liminaire. Sans retour à la normalité et sans structure de fond sur lequel on peut compter (du moins jusqu’à ce qu’elle soit ré-ébranlée) les individus deviennent fous et les sociétés deviennent pathologiques. La vie humaine perd son sens dans une liminarité perpétuelle. Et pourtant, dans un certain degré, c’est exactement ce qui se passe est ce qui s’est passé dans une transition spécifique, celle qui est au coeur de toute théorisation sociale : La transition à la modernité.” 5

Et finalement ce qui m’a peut-être le plus interpellée dans leurs analyses, c’est que les passages et les rites de passage ont besoin d’un accompagnant. De quelqu’un de sage, d’expérimenté, de solide, qui accompagne les personnes dans leur passage et qui leur aide à trouver et à atteindre l’autre rive. Comme dit Szakcolczai:

“La liminarité sans maître de cérémonies peut facilement conduire au règne durable des escrocs / illusionistes. Une situation liminaire ne devrait jamais être induite sans la mise en place d’une forme correct qu’on impose à l’âme de ceux à qui les émotions sont en train d’être stimulées en faisant partie de la limite.” 6

Dans tous les rites de passage, il y a la présence de quelqu’un, à qui on fait appel, un-e maitr-esse de cérémonies, et si ce n’est pas un individu, il peut y avoir la communauté, et il faut une structure en place pour contenir et accompagner les personnes dans leurs passages.

Où sont ces personnes aujourd’hui ?

Où est le début, et quel sera l’étape d’incorporation, de fin et de célébration de notre passage ?

Notes :
1Article “Il y aura un avant et un après.”
2Liminality and the Modern, Thomassen, Björn, Ashgate publishing, 2015
3Liminality and Experience , Szakolczai, A.Dans :Breaking boundaries, varieties of liminality, Horvath, Thomassen, Wyland,editeurs; Berghanh, books 2015.
4iBid p. 15 “something very different has happened from the 16th century onwards: liminality became established at the core of the modern project. Play, comedy, gambling, sexuality, entertainment, violence – in short all the most evident aspects of liminality linked to human experience – took central stage within cultural, political and economic modernity. Simultaneously, at the level of thought, the human sentiments of fear, anxiety, skepticism and doubt (quintessential liminal sentiments) were established as anthropological foundations… If it’s not about transition, it’s not about liminality.”
5Thomassen P.216 Liminality has its place within a sequence. No culture would be foolish enough to devise a ritual sequence that stops at the liminal. Without a return to normality and background structures that one can take for granted (at least until they are shaken again), individuals go crazy and societies become pathological. Human life ceases to be meaningful in perpetual liminality. And yet, there is an extent to which this is exactly what is happening and what happened in one specific transition, the one that lies at the heart of social theorizing: the transition to modernity
6Szakcolczai, Arpad, p. 52, ”Liminality and experience, in Liminality and the search for boundaries “Liminality without master of ceremonies can easily lead to lasting rule by tricksters. A liminal situation should never be induced without a proper form in hand to impose on the soul of those whose emotions are being stimulated by being part of the limit.”

Par Elizabeth Feld.

Chapitre 2 du Journal de confinement de la communauté narrative

Bonjour à toutes et à tous,

Au printemps dernier nous avions ouvert un journal de confinement pour la communauté narrative, qui a été clôturé en juin. A l’époque, nous ne pensions pas qu’il s’agissait en fait du premier chapitre. Or depuis quelques heures nous sommes reconfinés, pas de la même façon parait-il, mais bon, reconfinés quand même…

Alors, ils nous est apparu que les mêmes envies et besoins d’expression libre, de soutien et de partage, allaient probablement connaître eux aussi une deuxième vague.

Nous vous proposons donc d’ouvrir le chapitre 2 du journal, à la suite du chapitre 1 écrit entre mars et juin dernier (laissé volontairement en ligne pour se souvenir et, pourquoi pas, faire écho à ces premiers récits).

Nous vous souhaitons une bonne santé et de garder aussi, autant que faire se peut, vos espoirs et rêves animés et contagieux.

Au plaisir de vous croiser dans cet espace partagé.

Myriam et Jean-Louis

Lien vers le journal (les demandes d’accès en écriture seront traitées dans la demi-journée) :

Journal de confinement

La magie des conversations narratives…

… Ou comment la puissance d’un simple exercice narratif s’est propagée bien au-delà de ce que j’avais pu imaginer.

Par Vanessa Humphreys.

Je voudrais ici vous conter une histoire de t-shirts… ou même encore mieux, une histoire de forêts de t-shirts, d’armoires pleines de t-shirts …. Et là vous vous dites sûrement “mais qu’est-ce qu’elle nous raconte ???”

Revenons au début de l’histoire…

Je suis intervenue auprès d’une équipe qui était rongée par des relations conflictuelles, l’une d’elles et la plus récente s’étant manifestée par une déferlante d’agressivité et de mots insultants et même grossiers de la part d’une personne que j’appellerai ici Arthur. Après avoir beaucoup travaillé avec cette équipe sur l’expression du conflit et la remontée des émotions, ainsi que sur une charte d’équipe sur leurs valeurs partagées et ce qu’ils s’autorisaient dans leur comportement et communication, me voilà en conversation individuelle avec le catalyseur de ces derniers évènements : Arthur.

Lors de notre entretien (via un outil à distance, Covid-19 oblige), Arthur se décrit comme quelqu’un qui manque de confiance en lui, ne se sentant pas valorisé voire se sentant dévalorisé par ses collègues et par son manager. Je le sens très fragile à ce moment-là, proche des larmes et de la résignation. Le personnage agressif et vulgaire avait laissé sa place à un homme doux, fragile et en souffrance, ne voyant aucune issue positive à son problème.

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Atelier “Visiter nos racines anthropologiques” en distanciel les 12-13 Nov.

Par Elizabeth Feld

Michael White avait dit que la meilleure formation pour un thérapeute était l’anthropologie et non la psychologie et David Epston lui-même a pratiqué d’abord en tant qu’anthropologue avant de virer vers l’accompagnement des communautés et des personnes…

Beaucoup d’entre nous avons déjà franchi le cap de proposer, plutôt que des “team buildings” classiques, des “cérémonies définitionnelles” (sous autres appellations) finement conçues pour y inclure les voix minoritaires, tout ceci grâce au travail et aux racines anthropologiques de Barbara Myerhoff. Nous tendons vers une considération de l’unité dans la diversité dans la lignée du “communitas” de Victor Turner.

Pour affiner et « affûter » vos pratiques narratives collectives et individuelles d’accompagnement des changements, il est enrichissant et apprenant de comprendre les origines qui ont profondément nourri, voire façonné, l’Approche Narrative : autant van Gennep et Turner, qui ont, entre autres, nourri les concepts de “migration d’identité” et de “consulter ses consultants”, que Myerhoff avec son apport sur les “rituels séculaires” et leur contribution au changement sociétal (cérémonie définitionnelle et bien plus encore)…

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Les grands courants de la psychologie

Par Catherine Mengelle.

J’ai réalisé ce document synthétique pour essayer d’aider les étudiants du master de coaching de l’IAE de Bordeaux à y voir un peu plus clair dans tout ce qui leur est proposé. Je n’ai rien trouvé de tel sur internet. Je me suis donc attelée à la tâche. Ce à quoi je suis arrivée n’est qu’une histoire parmi d’autres possibles, sans aucun doute. Ce n’est pas LA vérité. Mais je crois que c’est un peu structurant. Ce qui m’intéressait avant tout, dans la grande ligne de la déconstruction postmoderne, c’était de restituer chaque “invention” dans son époque. Je ne les ai pas vraiment situées géographiquement, à l’exception de Palo Alto, et je trouve que je devrais le faire, mais ça compliquait énormément mes tableaux déjà bien remplis. Ce qui m’intéressait également, c’était de montrer les évolutions et les inspirations croisées. J’ai évidemment oublié des choses et vous pouvez m’en faire part. Ce document peut progresser. Ce serait chouette qu’il le fasse.

Crédits : tellement nombreux… des recherches sur internet ou dans mes bouquins, des articles de Rodolphe Soulignac, de Nicolas de Beer et Isabelle Laplante, quelques oeuvres d’artistes illustrant leur époque et un immense merci à tous ceux qui font vivre wikipedia !

 

La médecine narrative, mode d’emploi

Le deuxième livre de Rita Charon traduit en français nous offre une méthode pratique consacrée à la médecine narrative.

Nous avions déjà consacré plusieurs articles à Rita Charon, en particulier il y a 4 ans lors de la parution en français de son ouvrage de référence sur la médecine narrative. Méthode de soins récente, la médecine narrative aide les professionnels de santé à mieux écouter les histoires complexes et singulières de la maladie que racontent les patients. Élaborée à l’Université Columbia en 2000, la médecine narrative puise ses racines dans les sciences humaines et les soins centrés sur le patient. Elle rassemble patients, médecins, soignants, thérapeutes et activistes de la santé pour réinventer un système de santé fondé sur la confiance, la modestie et la reconnaissance mutuelle. De nombreux établissements de soins (la France n’est pas en avance) ont adopté cette méthode et enseignement sa pratique.

Aujourd’hui,  la fondatrice de cette discipline qui relie médecine et littérature,  professeur de médecine clinique et titulaire d’un doctorat de littérature consacré à Henry James, revient avec un nouvel opus qui passionnera tous les accompagnants qui ont un pied  (ou les deux 😄) dans les idées narratives…

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L’Équipe de Vie pour adresser les troubles de la conduite et les troubles scolaires

Par Catherine Mengelle

Une expérience concrète menée dans le contexte des classes intégrées du Centre Pédagogique de Malvilliers dans le Cercle scolaire de Val-de-Ruz en Suisse par Samuel Frochaux.

Samuel Frochaux est étudiant à la Haute École de Travail Social et de la Santé (EESP) à Lausanne. Il est aussi un passionné de foot ! Il nous a adressé son travail de diplôme, décrivant une intervention inspirée par la lecture du livre de David Denborough : L’approche narrative collective, et plus particulièrement le chapitre sur l’Équipe de Vie. Ayant traduit cet ouvrage à l’époque, j’ai été extrêmement touchée de lire ce qu’il a permis de réaliser dans ce centre.

En cliquant sur le lien, vous trouverez le récit de ce travail de longue durée auprès de quatre ados, dont les vies bosselées expliquent sans doute les comportements en situation de classe. Quatre ados qui réussissent également des prodiges (en tout cas à mes yeux) avec un ballon de foot. Samuel a imaginé avec eux un processus mélangeant l’activité sportive et le questionnement narratif. Cela donne des moments d’immense fierté et des réponses émouvantes, retranscrites à la fin du document, fines traces d’un début de re-authoring.

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