Ma rencontre avec “le mode de vie dans le coin”

Par Denis Foltran.

Une mise en bouche, un petit apéritif pour vous présenter une lecture et un commentaire personnel de l’article de Michael White : “FAMILY THERAPY & SCHIZOPHRENIA: Addressing the ‘in-the-corner’ lifestyle publié sur le Wiki des Pratiques Narratives.

En 2020, je me suis inscrit à la formation de praticien narratif à La Fabrique Narrative.

J’ai été convaincu, assez rapidement, durant la formation et à ma lecture progressive des travaux de Michael White et de diverses publications, de la force, de la puissance et de l’efficience de cette approche dans le champ de la santé mentale auprès de personnes “qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme”1 de “leur folie” transformée en maladie par le discours médical.

Psychologue de formation, j’avais jusqu’ici, qu’une orientation très structuraliste, moderne, de psychologue orienté par la découverte freudienne de l’inconscient et l’invention par FREUD S., de la psychanalyse. Il en est peut-être autrement aujourd’hui…

Bref, au départ de ma formation, mes questions de départ étaient simples :

  • Comment « utiliser » l’approche narrative auprès de personnes qui souffrent de pathologies psychiatriques diagnostiquées sans pervertir la délicatesse de la philosophie et de la dimension politique de l’approche narrative de Michael White ?
  • Comment promouvoir l’utilisation des approches narratives en santé mentale
  • Quelles sont les différentes pratiques envisageables ?

Bien sûr, je voyais bien, au moment où j’ai commencé à m’intéresser à cette problématique, que la formulation de ces questions mériterait d’être plus affûtée !

Parler de pathologie mentale ou de maladie c’est déjà, en soi, être pris dans les filets d’une histoire saturée par le problème, l’histoire d’un problème créé par le discours médical. Utiliser uniquement un vocabulaire psychiatrique, c’est déjà, pour le praticien, « collaborer »2 aux enjeux de pouvoir de ce discours.

Il me fallait affiner narrativement ces questions.

Je me suis donc donné comme objectif, d’étudier dans les articles publiés par la communauté narrative, les références quant à l’utilisation de l’approche narrative en santé mentale.

J’ai donc choisi de commencer mon travail de recherche par la lecture et le commentaire de l’article de Michael White “FAMILY THERAPY & SCHIZOPHRENIA: Addressing the ‘in-the-corner’ lifestyle” publié sur le site Dulwich Centre White, M. (1987).3

J’ai alors rencontré « Le mode de vie dans le coin »

Le « mode de vie dans le coin », cela a été pour moi, une rencontre avec « un moment étincelant »4. Il s’agit, en fait, d’une délicate et subtile nomination, un délicat et subtil vocabulaire utilisé par Michael White , pour parler à la fois des symptômes principalement dits « négatifs » et des effets concrets du « récit de la schizophrénie » dans le quotidien de la vie des personnes et de leur entourage.

Dans cet article, par sa poésie, par ses métaphores langagières, par l’affûtage averti de ses questions, Michael White enseigne. Il nous montre dans une intention « po-éthique »5 comment être au plus près de l’expérience des personnes qu’il rencontre, comment ne pas contribuer aux enjeux de pouvoir culturel véhiculés par le discours courant et psychiatrique.

Par son approche, Michael White libère, il nous libère, de l’enfermement des murs de cette institution primordiale qu’est la langue. Il crée du possible là où le discours commun et médical emprisonne.

Puisque le travail d’un praticien narratif n’est pas de garder pour lui ses notes. Le praticien narratif n’est pas là pour jouir du pouvoir et du savoir qu’il croit avoir recueilli de la rencontre avec ce frère de discours, la personne qu’il accompagne, j’ai voulu partager ma lecture et mes commentaires personnels sur l’article de Michael White à la communauté narrative.

Merci encore à Catherine Mengelle et Fabrice Aimetti pour leur accompagnement et leur retour précieux.

Pour lire l’article complet : Rendez-vous sur le Wiki des Pratiques Narratives

Notes :

1« La guérison, c’est une demande », « une demande qui part de la voix du souffrant, d’un qui souffre de son corps ou de sa pensée. L’étonnant est qu’il y ait réponse, et que de tout temps la médecine ait fait mouche avec des mots” cité in Lacan, J., & Miller, J.-A. (2003). Jacques Lacan, télévision.
2Comme le soulignait le Docteur J.LACAN dans une interview télévisée :
* “Les psychologues, les psychothérapeutes, les psychiatres, tous les travailleurs de la santé mentale — c’est à/a base, et à la dure, qu’ils se coltinent toute la misère du monde. Lui l’analyste, pendant ce temps ?
* Il est certain que se coltiner la misère, comme vous dites, c’est entrer dans le discours qui la conditionne, ne serait-ce qu’au titre d’y protester.
* Rien que dire ceci, me donne position — que certains situeront de réprouver la politique. Ce que, quant à moi, je tiens pour quiconque.
* Au reste les psycho — quels qu’ils soient, qui s’emploient à votre supposé coltinage, n’ont pas à protester, mais à collaborer. Qu’ils le sachent ou pas, c’est ce qu’ils font”, Lacan, J., & Miller, J.-A. (2003). Jacques Lacan, télévision.p. 26.

3White, M. (1987). Family therapy and schizophrenia: Addressing the “in-the-corner” lifestyle. Dulwich Centre Newsletter, 1, 14-21.
4Pour reprendre une formulation habituelle de Michael White.
5Po-éthique: Il y a de l’éthique dans cette poétique narrative !

Bibliographie :

  • Lacan, J. (1974). Télévision.
  • White, M. (1987). Family therapy and schizophrenia: Addressing the “in-the-corner” lifestyle. Dulwich Centre Newsletter, 1, 14-21

5 réflexions au sujet de « Ma rencontre avec “le mode de vie dans le coin” »

  1. Merci Denis pour cet article (celui dans le wiki) qui illustre bien qu’une maladie psychiatrique possède le pouvoir de s’amplifier dans la systémique d’un contexte qui prend le diagnostic comme une fatalité.
    Peut-être ne peut-on pas guérir de ce genre d’affection, mais avoir la croyance que c’est impossible, me semble être la meilleure manière de tomber dans une spirale autoréalisatrice sans issue.
    Sans prôner une bisournoussie de la pensée positive automatique, je crois que ce qui fait notre humanité est de conserver l’espoir que Pandore laissa heureusement enfermé dans la fameuse boîte et qui depuis, donne à chacun et chacune, la force et le courage de surmonter les épreuves de la vie.
    Jeter l’espoir avec le diagnostic, ce serait comme jeter le bébé avec l’eau du bain.

  2. Merci pour cet article Denis. Je me rappelle m’être demandé comment traduire ce “in the corner lifestyle” de White. Ceux qui vivent dans une marge , là où peu les rejoignent et d’où ils rejoignent peu de monde. Il faut être soi-même un peu “in the corner” pour écrire ou apprécier de tels articles, et intervenir humblement d’une façon qui ne cherche pas à ramener les personnes “au milieu de la pièce” mais qui en éclaire les coins.

  3. Merci.
    Ma première rencontre avec «  la narrative »fut , il y a quelques années avec Julien betbeze sur
    2journeesd initiation sur les pratiques narratives .
    C est exactement ce qui m a plu et interpelle, ce monsieur est psychiatre et pourtant il ne parlait plus de diagnostic, de pathologie psychiatrique comme je l entends habituellement dans mon métier .
    Quelle ouverture !

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